1 Août 2026
Les Spécialistes // De Guy Ritchie. Avec Jake Gyllenhaal, Henry Cavill et Eiza Gonzalez.
Guy Ritchie est de retour aux affaires avec Les Spécialistes, un thriller d'action qui coche à première vue toutes les cases du bon divertissement du vendredi soir. Le pitch a de quoi donner l'eau à la bouche : une bande de mercenaires hyper entraînés, des histoires d'extorsion de fonds, un milliardaire véreux intouchable et une mission d'infiltration hautement risquée sur une île privée tirée à quatre épingles. Sur le papier, la formule a tout pour plaire. Pourtant, une fois l'écran allumé, le résultat s'avère un peu plus mitigé. Le film se regarde sans déplaisir, aidé par un casting très à l'aise, mais il manque cruellement de punch pour rivaliser avec les meilleurs coups d'éclat du réalisateur britannique.
Quand un baron du crime dépouille une firme puissante, une avocate déploie ses deux meilleurs "fixers", Sid et Bronco, pour récupérer le magot. Mais sur cette île corrompue, les alliances volent en éclats. Entre trahisons et manipulations, la chasse est ouverte. Le plus dur ne sera pas de reprendre l'argent... ce sera d'en sortir vivant.
L'histoire tourne autour de Rachel, qui dirige un groupe très privé spécialisé dans la récupération de dettes d'un genre bien particulier. Comprenez par là que la légalité est le cadet de leurs soucis. Leur nouvelle cible s'appelle Salazar, un homme d'affaires implacable qui refuse catégoriquement de rendre la monnaie et élimine proprement quiconque essaie de lui réclamer son dû. Pour réussir à s'en approcher sans finir au fond de l'eau, Rachel et son équipe montent une opération au millimètre, en plein cœur du domaine ultra sécurisé du bonhomme. Le point de départ tient la route. Ritchie est un habitué des récits choraux où chaque pion s'avance prudemment avant le grand chaos, et c'est une mécanique qu'il maîtrise généralement très bien.
Toute la première partie consacrée à la préparation de l'infiltration fonctionne d'ailleurs plutôt bien. On suit les différents membres de l'équipe, tous experts dans leur domaine, alors qu'ils mettent au point une stratégie qui semble imperméable. Cette montée en puissance progressive laisse espérer un affrontement tendu comme un arc. C'est précisément là que le bât blesse. La tension attendue met un temps infini à s'installer. Au lieu de nous scotcher à notre siège, le film prend son temps, un peu trop même. Les scènes s'enchaînent, les dialogues défilent, les agents fignolent leur plan, mais le sentiment de danger reste totalement aux abonnés absents. L'intrigue donne l'impression de tourner au ralenti, attendant gentiment son propre déclic sans jamais vraiment créer d'urgence.
Ce problème est accentué par la simplicité du scénario. Le chemin est balisé dès les premières minutes et l'histoire avance exactement là où on l'attend, sans le moindre écart ni la moindre vraie surprise. Même si les enjeux semblent importants pour la bande, on ne craint à aucun moment pour leur sécurité. Rien n'arrive à briser cette sensation désagréable d'invulnérabilité. Voilà sans doute le regret principal face à Les Spécialistes. Malgré les risques théoriques de l'opération, l'équipe surmonte les imprévus avec une facilité presque déconcertante. Les obstacles tombent les uns après les autres sans générer de réels dégâts, ce qui retire d'emblée une grande partie du suspense.
Heureusement, le plaisir de voir ces acteurs évoluer ensemble reste bien réel. Henry Cavill fait du Cavill avec ce calme olympien qui lui va si bien, tandis que Jake Gyllenhaal apporte une touche de décontraction bienvenue à la bande. La dynamique entre eux fonctionne tout de suite, même si le texte ne leur demande pas de faire de grands miracles dramatiques. De son côté, Eiza González apporte une présence bienvenue, même si son personnage souffre lui aussi d'un écriture un peu trop sommaire. C'est d'ailleurs le travers récurrent du long-métrage : on aimerait passer plus de temps avec cette équipe, mais le film s'obstine à rester en surface. Les liens entre les protagonistes sont à peine esquissés, à tel point que certaines scènes paraissent coupées au couteau.
Par moments, le montage donne le sentiment bizarre qu'on a sauté des étapes au milieu pour aller plus vite à la suite. Sur le plan visuel, la patte de Guy Ritchie reste lisible. La mise en scène est soignée, la photographie propre, et l'île privée sert de décor très agréable à l'action. Le réalisateur sait filmer ses acteurs pour les mettre en valeur et livre des cadrages toujours impeccables. Mais il manque cette étincelle visuelle, ce brin de folie et cette nervosité qui faisaient le sel de ses premières œuvres. Les répliques balancées çà et là conservent parfois une touche d'ironie bienvenue, mais beaucoup d'échanges restent assez génériques. Quant aux antagonistes, ils frôlent la caricature : Salazar ressemble plus à une figure de méchant théorique sur une feuille de papier qu'à une vraie menace menaçante et incarnée.
Il faut attendre le dernier acte pour que le film sorte enfin de sa torpeur. Quand la bagarre éclate pour de bon, Ritchie retrouve ses réflexes et propose des scènes de fusillade et d'infiltration très bien découpées et faciles à suivre. Les trente dernières minutes montent clairement d'un cran en termes d'intensité et sauvent le visionnage de la monotonie. En somme, Les Spécialistes avait de sérieux atouts à faire valoir : un casting d'enfer, un décor de carte postale et une idée de départ classique mais efficace. Le problème vient d'une écriture qui refuse de prendre des risques, d'un manque de véritables rebondissements et de choix d'actions parfois difficiles à comprendre.
On peine donc à trembler pour les personnages, dont le passé reste vague et les motivations assez floues. L'alternance entre de longues phases de bavardage et des accès de violence arrive un peu tard pour équilibrer l'ensemble. Avec une demi-heure de moins ou un rythme plus serré, l'impact aurait pu être tout autre.
Note : 5.5/10. En bref, Les Spécialistes n'est pas un mauvais film pour autant. C'est un divertissement honnête qui fait le travail le temps d'une soirée, essentiellement grâce au charme de ses têtes d'affiche et à son final nerveux. Mais une fois le générique terminé, le résultat s'oublie aussi vite qu'il a été consommé. On repassera pour le grand thriller d'action marquant.
Sorti le 30 juillet 2026 directement sur Amazon Prime Video
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