31 Mars 2026
L’Ultime Héritier // De John Patton Ford. Avec Glen Powell, Margaret Qualley et Jessica Henwick.
Sur le papier, L’Ultime Héritier avait tout pour intriguer. Une histoire d’héritage, une famille riche et dysfonctionnelle, un personnage prêt à tout pour récupérer sa part… et même une mécanique assez simple : pour toucher l’argent, il faut éliminer les autres héritiers. Difficile de faire plus direct. Le film suit donc Becket, fils illégitime d’une grande famille, décidé à forcer le destin. Une idée qui rappelle des récits anciens, déjà explorés au cinéma, mais qui reste efficace si elle est bien traitée. Et au début, il y a effectivement quelque chose qui fonctionne.
Becket Redfellow n’a qu’une obsession : se venger de la famille richissime qui a renié sa mère, coupable d’être tombée enceinte trop jeune… et surtout d’un homme beaucoup trop fauché pour eux ! À la mort de sa mère, Becket décide d’exécuter son souhait : récupérer l’héritage qu’il estime lui revenir. Le problème ? Sept membres de la famille se dressent entre lui et cette fortune. Qu’à cela ne tienne : pour mener à bien son projet, Becket est prêt à les éliminer un par un… jusqu’au dernier.
L’introduction pose les bases, installe le personnage, et laisse entrevoir une comédie noire un peu mordante. Mais très vite, une impression s’installe : celle d’un film qui ne sait pas vraiment ce qu’il veut être.
Thriller ? Pas vraiment. Le suspense est quasi absent. Les événements s’enchaînent sans réelle tension, comme si le film refusait d’exploiter son propre concept. Comédie noire ? Peut-être, mais l’humour reste timide, souvent trop sage pour marquer. Résultat, L’Ultime Héritier flotte entre plusieurs genres sans jamais en assumer un. Le plus frustrant reste le traitement des meurtres, pourtant au cœur du récit. L’idée de voir Becket éliminer les membres de sa famille pouvait donner lieu à des situations inventives, voire grinçantes.
Mais ici, ces moments manquent de relief. Certains passent presque inaperçus, d’autres semblent expédiés. Il y avait pourtant matière à aller plus loin, soit dans l’ironie, soit dans le côté plus sombre. Le scénario pose aussi un problème de crédibilité. Pas dans le sens où tout devrait être réaliste à la lettre, mais dans le sens où rien ne paraît vraiment logique. Les situations s’enchaînent avec des raccourcis, les personnages prennent des décisions difficiles à suivre, et certaines scènes donnent l’impression d’avoir été écrites sans véritable réflexion sur leurs conséquences. Becket lui-même devient difficile à cerner.
Au départ, il apparaît comme un outsider, presque attachant dans sa volonté de s’en sortir. Mais plus le film avance, plus il devient un personnage distant, enfermé dans une logique qui ne laisse plus beaucoup de place à l’émotion. Le problème, c’est que le film ne semble jamais vraiment vouloir creuser cette ambiguïté. Le casting, pourtant solide, ne suffit pas à rattraper l’ensemble. Glen Powell fait ce qu’il peut avec ce qu’on lui donne. Il joue sur son charme, parfois un peu trop, au point que cela devient presque mécanique. Ce sourire constant, presque figé, finit par desservir le personnage au lieu de le rendre intéressant. En face, certains seconds rôles auraient mérité plus de place.
Le grand-père incarné par Ed Harris, par exemple, apporte une présence intéressante, mais reste sous-exploité. Même chose pour d’autres personnages qui apparaissent brièvement sans véritable impact. La mise en scène, elle, reste assez classique. Propre, sans faute majeure, mais sans réelle prise de risque. Là encore, le film semble rester en surface. Rien ne vient vraiment marquer visuellement ou donner une identité forte à l’ensemble. Le rythme pose aussi question. Après un début qui accroche, le film ralentit progressivement. Certaines scènes s’étirent, d’autres semblent répétitives. L’histoire avance, mais sans véritable montée en puissance. Il manque ce moment où tout bascule, où la tension devient palpable.
Et puis il y a cette sensation persistante de déjà-vu. Le film s’inspire clairement de Noblesse oblige, et cela se ressent. Le problème, ce n’est pas l’inspiration en soi, mais le fait de ne pas réussir à apporter un regard nouveau. Là où le sujet pouvait permettre une critique sociale ou un ton plus acide, le film reste en retrait. Même les thèmes abordés — l’argent, la famille, la réussite — restent assez superficiels. Le film effleure ces idées sans jamais vraiment les développer. Il montre, mais ne creuse pas. Et à force, l’ensemble donne une impression de survol. Pourtant, tout n’est pas à jeter. Le film se laisse regarder.
Il y a quelques rebondissements, certains passages fonctionnent, et l’ensemble reste accessible. Mais cela ne suffit pas à en faire une expérience marquante. Le dernier acte tente de relancer l’intérêt, avec quelques twists et un final un peu plus affirmé. Mais cela arrive tard, trop tard pour vraiment changer la perception globale.
Note : 4/10. En bref, L’Ultime Héritier ressemble à une occasion manquée. Une idée forte, un casting solide, mais une exécution trop timide. Ni assez drôle, ni assez tendu, le film reste entre deux eaux. Une comédie noire qui manque de mordant, un thriller sans tension… et un film qui, malgré son potentiel, risque de ne pas rester dans les mémoires.
Sorti le 25 mars 2026 au cinéma
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