Kevin (Saison 1, 8 épisodes) : un chat dans l'impasse

Kevin (Saison 1, 8 épisodes) : un chat dans l'impasse

Le pitch de Kevin laissait espérer une nouvelle pépite de l'animation pour adultes. Un chat domestique, Kevin, se fait jeter à la rue suite au divorce de ses maîtres et doit apprendre la survie en refuge. C’est le terreau idéal pour parler de crise existentielle et de reconstruction. Sauf qu’en pratique, la série n'arrive jamais à décoller. On se retrouve face à un projet qui semble avoir peur de ses propres ambitions, restant coincé entre deux eaux sans jamais vraiment choisir son camp. Le point de départ est pourtant d’une efficacité redoutable. Kevin est un chat d’appartement, le genre de créature qui n’a jamais connu d'autre horizon que le rebord d'une fenêtre et une gamelle bien remplie. 

 

Après la séparation inattendue de ses "propriétaires" humains, Kevin, un chat domestique au pelage noir et blanc, se retrouve dans un refuge animalier du quartier d’Astoria, dans le Queens. Entouré de compagnons hauts en couleur aussi paumés qu’attachants, il va tenter de découvrir ce qu’il veut vraiment dans la vie. Une impulsion soudaine le pousse à quitter le confort, pour plonger dans l’aventure — aussi excitante qu'effrayante — d’une nouvelle vie en solo en pleine jungle urbaine.

 

Quand ses propriétaires divorcent et décident qu'il n'a plus sa place dans leurs nouvelles vies respectives, le choc est brutal. C'est un moteur narratif puissant : comment se reconstruit-on quand on perd son identité de "protégé" ? La série nous embarque alors dans un refuge pour animaux, un lieu de transit qui devrait servir de catalyseur à l'évolution du personnage. Le problème, c’est que Kevin ne bouge pas. Il reste enfermé dans une passivité qui, si elle est compréhensible au début, finit par devenir le principal frein de l'intrigue. Un héros qui ne prend jamais de décision, qui subit chaque dialogue et chaque situation sans jamais proposer de résistance ou de réflexion, finit par lasser. 

 

On attend une prise de conscience, un sursaut de dignité animale ou même une colère noire, mais Kevin traverse la saison comme un fantôme, spectateur de son propre désastre. Cette inertie contamine malheureusement le reste de la galerie de personnages. Le refuge est peuplé de figures qui auraient pu être iconiques avec un peu plus de travail sur l'écriture. On y trouve le chien autoritaire aux velléités militaires, le chat de race déchu qui joue les aristocrates de caniveau, ou encore des animaux brisés par des années de cage. Le potentiel comique et dramatique est immense. Pourtant, les interactions entre eux sonnent souvent faux. 

 

On a l’impression que les scénaristes ont écrit des monologues qui se croisent plutôt que de véritables échanges. Les dialogues cherchent constamment l’effet de style, la réplique cinglante ou la provocation gratuite, mais ils oublient de poser les bases d’une empathie réelle. On ne croit pas à ce groupe, on ne sent pas de lien se tisser. Chaque personnage reste dans sa case, fonctionnant comme un ressort comique prévisible plutôt que comme un individu complexe. L’humour, justement, est l’autre point de friction de cette saison 1. La série semble incapable de trouver son rythme de croisière. Elle alterne entre un registre très cru, parfois inutilement vulgaire, et des tentatives de poésie mélancolique sur la solitude urbaine. 

 

Le passage de l’un à l’autre se fait sans aucune transition, ce qui crée un sentiment de malaise permanent. On rit à moitié d’une blague un peu lourde avant d’être sommé de ressentir de la tristesse pour un personnage secondaire dont on ne sait rien. Ce déséquilibre permanent empêche de s'investir dans les enjeux de la série. Pour que l’humour noir fonctionne, il faut qu’il soit ancré dans une vérité émotionnelle. Ici, on a l’impression que l’humour est utilisé comme un bouclier pour éviter d’aller trop loin dans le drame, ou inversement, que le drame sert à justifier des moments de creux narratifs. Sur le plan technique, l’animation ne vient malheureusement pas compenser ces lacunes d’écriture. 

 

Si le design global est propre, il manque cruellement de ce "petit truc" qui rend une œuvre mémorable. On est dans une zone de confort visuelle très standardisée, très "plateforme de streaming". Les décors du refuge sont gris, froids, ce qui est cohérent avec le propos, mais la mise en scène ne parvient jamais à utiliser cet espace pour créer de la tension ou de l’intimité. Dans une série où les expressions faciales des animaux devraient être le moteur de l’émotion, on se retrouve avec des animations assez rigides qui limitent la portée des interprétations. C’est d’autant plus regrettable que le casting vocal est loin d’être mauvais. 

 

On sent que les comédiens essaient de donner de l’épaisseur à leurs personnages, de leur insuffler une âme, mais ils se heurtent souvent à un texte qui tourne en rond. Pourtant, malgré toutes ces critiques, il reste des éclairs de ce que Kevin aurait pu être. Certains épisodes, plus centrés sur le passé des animaux avant le refuge, touchent parfois juste. La thématique de la loyauté trahie est un sujet universel qui résonne forcément chez le spectateur. Il y a aussi une critique sous-jacente de l'égoïsme humain, vue à travers les yeux de ceux qui en subissent les conséquences sans pouvoir s'exprimer. Ces moments-là sont les plus réussis, car ils sortent enfin de la caricature pour nous confronter à une réalité plus brute. 

 

Mais ces fulgurances sont trop vite étouffées par le besoin de revenir à un schéma de sitcom plus classique, avec son lot de quiproquos forcés et de gags répétitifs. Au bout des huit épisodes, le constat est amer. On a le sentiment d’avoir suivi un pilote géant qui n’en finit pas de s’installer. La structure de la saison manque de relief, avec des arcs narratifs qui s'ouvrent et se ferment sans vraiment laisser de trace. Il n’y a pas de montée en puissance, pas de climax qui nous ferait trépigner d’impatience pour la suite. La série semble avoir peur de son propre sujet : la déchéance sociale et psychologique d'un animal domestique. 

 

En voulant rester accessible et "cool", elle lisse son propos et finit par perdre son identité. Kevin est typiquement le genre de projet qui bénéficie d'un concept fort mais qui s'essouffle faute de direction artistique et narrative claire. Si une saison 2 voit le jour, elle devra impérativement sortir de cette zone de confort. Il faudra oser la méchanceté réelle, ou au contraire, une vulnérabilité totale. Mais rester dans cet entre-deux tiède est le meilleur moyen de finir dans les oubliettes des catalogues de streaming. Pour l'instant, Kevin est un chat qui cherche sa voie, et nous, on cherche encore la raison pour laquelle on devrait continuer à le suivre. 

 

La balle est dans le camp des créateurs : soit ils assument le côté sombre et viscéral de leur pitch, soit ils acceptent de faire une comédie légère. Mais le mélange actuel ne prend pas, laissant une impression de gâchis pour une idée qui méritait tellement mieux.

 

Note : 2/10. En bref, malgré un concept prometteur sur l'abandon, cette première saison de Kevin s'embourbe dans une narration statique et un humour hésitant qui empêchent tout véritable attachement au héros. Entre cynisme gratuit et séquences émotionnelles mal amenées, la série manque cruellement d'une direction artistique et d'une écriture assez solides pour transformer son essai initial en réussite.

Disponible sur Amazon Prime Video

 

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