The Capture (Saison 3, épisodes 5 et 6) : une fin de course sous tension entre manipulation et perte de contrôle

The Capture (Saison 3, épisodes 5 et 6) : une fin de course sous tension entre manipulation et perte de contrôle

C’est un sacré tour de force que nous propose la conclusion de cette troisième saison de The Capture. On quitte enfin les zones d’ombre un peu floues du début pour entrer dans le vif du sujet avec les épisodes 5 et 6. Le récit ne s’embarrasse plus de faux-semblants et décide de mettre cartes sur table, quitte à nous bousculer un peu dans nos certitudes. On navigue entre une tension qui vous prend aux tripes et quelques moments où l’on se gratte un peu la tête face à certains choix narratifs. L’épisode 5 donne le ton d’entrée de jeu avec un huis clos étouffant dans les entrailles des tunnels londoniens. C’est un choix de mise en scène audacieux qui paye vraiment. 

 

En isolant les personnages dans cet environnement souterrain, la série crée un sentiment d’urgence immédiat. C’est là que les masques tombent, notamment pour Noah Pierson. On découvre enfin qui il est vraiment, et son passé militaire change radicalement la donne. On ne parle plus seulement de caméras de surveillance ou de petits trucages vidéo pour gagner un procès, mais de technologies de guerre utilisées pour manipuler des nations entières. Ça donne une épaisseur morale au récit qui faisait un peu défaut jusque-là, même si on sent parfois que la série insiste lourdement pour nous faire comprendre l’importance du message.

Ce qui frappe aussi, c’est le passage à la vitesse supérieure concernant l’intelligence artificielle. Jusqu’ici, The Capture jouait avec la manipulation d'images, ce qui était déjà flippant. Là, on franchit un cap : l’IA prend désormais des décisions opérationnelles toute seule. On bascule dans un monde où l’humain est mis sur la touche. Si l’idée est brillante et s’inscrit parfaitement dans l'époque actuelle, son traitement à l’écran flirte parfois avec la science-fiction un peu poussée. Cette IA semble tellement omnisciente qu’elle en devient presque irréelle, ce qui peut parfois nous sortir un peu de l’histoire par manque de crédibilité.

 

Pendant que Noah tente désespérément de reprendre les rênes de sa propre vie, Rachel Carey, elle, semble un peu plus en retrait ou, du moins, plus difficile à suivre. Son personnage reste le pilier de la série, mais son écriture manque de fluidité dans cette dernière ligne droite. Elle passe de la vulnérabilité à une autorité de fer sans qu’on comprenne toujours pourquoi. On a parfois l'impression qu'elle agit ainsi parce que le scénario en a besoin pour avancer, plutôt que par une évolution naturelle de son caractère. C’est dommage, car cela crée une petite distance émotionnelle avec elle au moment où l’on devrait être le plus investi.

Le grand final de l’épisode 6 accélère encore la cadence. Tout se télescope : les enjeux politiques, les magouilles militaires et le rôle des médias. La série nous rappelle brutalement que dans ce monde-là, la vérité n’a plus aucune valeur. Même avec une preuve sous les yeux, on peut vous faire croire au contraire en une fraction de seconde. C’est le cœur du sujet et c’est là que la série brille le plus, en nous montrant que la manipulation ne sert plus à cacher la réalité, mais à la remplacer totalement. Cependant, à vouloir trop en dire en trop peu de temps, ce dernier épisode finit par devenir un peu confus. 

 

Les rebondissements tombent comme de la grêle et on n'a pas toujours le temps de digérer l'impact d'une révélation qu'une autre nous tombe déjà dessus. Certains personnages secondaires sont évacués un peu vite, et les motivations de Noah sur le long terme restent floues. Sa trajectoire reste touchante — celle d'un homme broyé par une machine trop grande pour lui — mais il manque peut-être un petit quelque chose pour que sa fin nous marque vraiment durablement. Le plus troublant reste le choix final de Rachel. En décidant d’utiliser elle-même les outils de manipulation qu'elle a combattus pendant trois saisons, elle franchit une ligne rouge. Elle ne cherche plus à détruire le système, elle cherche à le dompter. 

C’est une conclusion assez amère et inconfortable, mais elle est diablement cohérente avec l'univers cynique de la série. On ne finit pas sur un "happy end" classique, mais sur une note d'incertitude totale. En fin de compte, cette fin de saison 3 est à l’image de The Capture : ambitieuse, parfois un peu désordonnée et profondément paranoïaque. La série n'a pas peur de sacrifier un peu de réalisme pour nous forcer à regarder en face les dérives de notre monde hyper-connecté. C'est imparfait, c'est parfois frustrant, mais c'est diablement efficace pour nous faire réfléchir à ce qu'on accepte de voir comme la "vérité". On ressort de là avec une petite pointe d'inquiétude la prochaine fois qu'on croisera le regard d'une caméra de surveillance dans la rue.

 

Note : 6/10. En bref, cette fin de saison 3 est à l’image de The Capture : ambitieuse, parfois un peu désordonnée et profondément paranoïaque. La série n'a pas peur de sacrifier un peu de réalisme pour nous forcer à regarder en face les dérives de notre monde hyper-connecté. 

Prochainement en France

BBC n’a pas encore renouvelé The Capture pour une saison 4 à l’heure où j’écris ces lignes.

 

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