Critique Ciné : An Enemy Within (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : An Enemy Within (2026, direct to SVOD)

An Enemy Within // De John Michael Kennedy. Avec William Moseley, Patrick Baladi et Tristan Gemmill.

 

Quand on regarde l'affiche d'An Enemy Within, on s'attend clairement à prendre une bonne dose d'adrénaline de Direct to SVOD. Des armes partout, du sang, des explosions suggérées... Bref, la panoplie complète du gros thriller d'action bien tendu, violent et rythmé. Sauf qu’il y a un fossé énorme entre ce que le film vend et ce qu'il propose réellement. Derrière cette promo assez agressive se cache en vérité un huis clos hyper bavard, assez lent et franchement frustrant. Le réalisateur John Michael Kennedy avait une super idée de départ, mais il passe totalement à côté de son sujet. Pourtant, le concept de base donne vraiment envie. 

 

Caleb Wingate doit choisir qui vivra et qui mourra le jour de son mariage par un assassin connu sous le nom de The Wolf.

 

Imaginez un mariage au sein d'une famille richissime, un sniper planqué dans les bois autour du domaine, et un futur marié qui reçoit un coup de fil anonyme : il a jusqu'à minuit pour tuer son beau-père, sinon sa femme meurt. Présenté comme ça, on se dit qu'on va avoir droit à un thriller paranoïaque super efficace, un truc nerveux dans la lignée de Wedding Nightmare ou une sorte de Red Wedding de Game of Thrones moderne où la tension ne retombe jamais. Malheureusement, le film choisit une tout autre direction et préfère s'embourber dans des discussions interminables au lieu de faire grimper la pression. 

 

L'histoire se concentre sur Caleb, un jeune homme ordinaire sur le point d'épouser Julia, la fille de Robert Foresight, un homme d'affaires richissime et influent. Alors que tout le monde s'active pour les préparatifs de la cérémonie, Caleb commence à recevoir des appels d'un mystérieux mercenaire qui se fait appeler "The Wolf". Ce dernier, posté à l'extérieur avec un fusil de précision, lui impose un choix impossible : exécuter Robert avant les douze coups de minuit ou voir sa nouvelle épouse se faire abattre. C'est un point de départ en or pour un scénario de thriller. Le problème, c'est que l'intrigue met un temps infini à avancer. Au lieu de préciser le suspense pur, le réalisateur opte pour une approche très théâtrale. 

 

Les personnages passent les trois quarts du temps enfermés dans de grandes pièces luxueuses à débattre de questions de pouvoir, d'argent, d'ego et de vieux conflits familiaux. Si les dialogues étaient percutants, ça aurait pu fonctionner. Mais ici, les répliques manquent cruellement de punch pour captiver sur la longueur. On tourne en rond, les scènes répètent souvent les mêmes dynamiques et la situation n'évolue pas. Le danger, qui devrait être palpable à chaque seconde, reste abstrait et lointain. Même quand le sniper décide enfin de passer à l'action, la mise en scène manque tellement de force et d'impact qu'on ne tremble jamais vraiment pour les personnages. 

 

La tension monte d'un petit cran par moments, avant de s'effondrer aussitôt. La plus grande déception vient finalement de ce décalage entre le marketing et la réalité du film. An Enemy Within essaye de se faire passer pour un film d'action explosif, mais l'action concrète arrive super tard et reste extrêmement limitée. Pendant de longues séquences, le rythme est totalement statique. On assiste à des disputes de famille, des suspicions mutuelles et des révélations de secrets d'alcôve, mais visuellement, il ne se passe rien. Même après une heure de visionnage, lorsque les armes sortent enfin des étuis, le réalisateur continue de privilégier les confrontations verbales et les longs discours au détriment du spectacle ou de la survie pure. 

 

Avec une écriture plus incisive, ce choix aurait pu donner un thriller psychologique sympa, mais ici, on ressent surtout des longueurs. On a aussi la désagréable impression que le format du huis clos a été choisi pour compenser un budget un peu serré. L'action reste confinée dans une poignée de pièces, ce qui donne un effet pièce de théâtre filmée assez pauvre visuellement alors que l'intrigue appelait une mise en scène beaucoup plus large et ambitieuse. Pour ne rien arranger, le film a beaucoup de mal à rendre ses personnages attachants ou simplement intéressants. La famille Foresight est dépeinte comme une bande d'héritiers froids, hautains et méprisants. 

 

C'est évidemment fait exprès pour qu'on adore les détester, mais le résultat, c'est qu'on se fiche pas mal de ce qui peut leur arriver. Caleb, incarné par William Moseley, traverse le film de manière assez transparente. C'est un personnage fade qui subit les événements du début à la fin sans jamais prendre les choses en main ou montrer un vrai éclair de génie. De plus, son couple avec Julia manque totalement d'alchimie à l'écran, ce qui affaiblit énormément l'enjeu dramatique principal : on a du mal à croire à cet amour pour lequel il est censé risquer sa vie. Heureusement, les seconds rôles sauvent un peu la mise. 

 

Patrick Baladi s'en sort plutôt bien et apporte une vraie présence à Robert Foresight, ce patriarche autoritaire habitué à tout régenter, même les pires crises. Alexander Lincoln, dans le rôle du frère jaloux, en fait parfois un peu trop mais il a le mérite d'apporter une vraie dose d'énergie et de folie douce au milieu de scènes un peu monotones. Malgré ces quelques efforts, le scénario s'enfonce dans les clichés habituels du genre avec des trahisons prévisibles et des secrets de famille qu'on voit venir à des kilomètres. Les rebondissements tombent à plat parce que le spectateur a souvent trois coups d'avance sur l'intrigue. Tout n'est pas totalement à jeter pour autant. 

 

Le film réussit par moments à créer une atmosphère de crise assez nerveuse, surtout quand les masques tombent et que les membres de la famille commencent à se soupçonner les uns les autres. Cette paranoïa collective devient presque mais plus intéressante que la menace extérieure du sniper. On ressent bien cette panique des gens riches qui réalisent d'un coup que leur argent ne leur servira à rien pour se sortir de ce piège. C'est malheureusement trop court et trop rare pour redresser la barre. An Enemy Within souffre d'un vrai problème de rythme et manque de scènes marquantes, de celles qui restent en tête après le générique. Avec une idée pareille, il y avait de quoi faire un survival ultra-tendu, méchant et percutant.

 

Note : 4/10. En bref, An Enemy Within est un thriller qui passe à côté de son potentiel. Le film passe son temps à hésiter entre le drame familial bourgeois et le film de genre pur, sans jamais trouver le bon équilibre ni choisir son camp. Les dialogues répétitifs, le manque de scènes d'action et des personnages globalement antipathiques rendent l'expérience assez frustrante. On ne s'ennuie pas au point de couper le film, mais on reste sur notre faim face à tant d'occasions manquées. En l'état, ça reste un petit huis clos très moyen qui parle beaucoup trop et n'agit pas assez.

Prochainement en France en SVOD

 

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