5 Mai 2026
Aventures croisées // De Nathan Greno. Avec la voix de Michael B. Jordan, Juno Temple et Tracy Morgan.
Quand j'ai lancé Aventures croisées, j'avais franchement envie d'y croire. Dans le paysage de l'animation actuelle, voir débarquer un univers qui ne ressemble pas à une énième copie d'un grand studio, ça fait toujours un petit quelque chose. Sur le papier, le contrat est hyper séduisant : on nous promet des créatures bizarres, un monde organique et une aventure qui sort des sentiers battus. Et dès que les premières images défilent, on prend une sacrée dose de couleurs. C’est beau, c’est riche, et on sent que les artistes se sont éclatés à dessiner chaque feuille et chaque bestiole.
Une petite créature des bois et un oiseau majestueux échangent soudainement leurs corps et doivent faire équipe pour survivre à l'aventure la plus folle de leur vie.
Le problème, c'est qu'une fois que l'œil s'est habitué à ce spectacle, on commence à chercher le reste. Et c'est là que ça coince un peu. Le concept de base est pourtant solide. On suit deux personnages que tout oppose, forcés de faire équipe parce que leur monde est en train de basculer. C’est un grand classique du genre, le fameux duo improbable, mais ça marche toujours si on y met du cœur. L'idée, c'est d'apprendre à voir à travers les yeux de l'autre pour s'en sortir. Sauf que dans le film, cette thématique reste un peu en surface. On comprend l'idée, on voit où ils veulent en venir, mais le scénario ne va jamais vraiment au bout de ses ambitions.
C’est comme si les créateurs avaient eu peur de bousculer le spectateur. Parlons des "Pods", ces plantes mystérieuses qui servent de moteur à l'intrigue avec leurs pouvoirs de transformation. C'est l'élément qui aurait dû tout changer, apporter cette touche de magie ou de bizarrerie qui rend un film culte. Mais leur utilisation est assez frustrante. Ils apparaissent, ils font un truc impressionnant, puis on les oublie pendant vingt minutes avant qu'ils ne reviennent comme par magie pour débloquer une situation. On a l'impression que les règles de cet univers changent selon les besoins du script, ce qui empêche de vraiment se sentir impliqué dans les enjeux.
Le rythme pose aussi question. Normalement, un film d'aventure, ça doit galoper. On doit avoir le souffle court en même temps que les héros. Ici, on est sur une sorte de faux rythme. Certaines scènes contemplatives durent des plombes sans apporter grand-chose, tandis que des moments qui auraient mérité une vraie tension dramatique sont bouclés en trois coups de cuillère à pot. On avance, certes, mais on a parfois l'impression de faire du surplace. C'est dommage, parce que le décor, lui, nous donne envie de l'explorer. Le design des créatures est d'ailleurs le gros point fort. Elles ont un côté très naturel, presque tactile, avec des textures qui rappellent le bois mort ou la mousse.
Visuellement, l'identité est là, et c'est ce qui sauve le film de l'ennui. La relation entre les deux héros sauve aussi les meubles. Leur dynamique fonctionne, il y a une vraie alchimie et l'échange de corps amène des situations assez drôles. C’est dans ces moments-là, quand le film se lâche un peu sur l'humour et la découverte, qu'on passe les meilleurs moments. On sent un vrai potentiel, une envie de raconter quelque chose sur la tolérance et la différence, mais le traitement reste très (trop) simple. Dès qu'une menace plus globale pointe le bout de son nez, on retombe dans des rails très classiques. Les obstacles s'enchaînent de façon un peu automatique, et on ne tremble jamais vraiment pour eux.
Le film reste dans sa zone de confort alors qu'il avait tout pour être une pépite mémorable. C'est un joli voyage, mais on en ressort avec l'impression d'avoir vu une magnifique coquille qui manque un peu de substance à l'intérieur. On passe un bon moment, mais on ne sera pas forcément marqué à vie par cette aventure qui manque un peu de coffre.
Note : 6/10. En bref, Aventures croisées n'est pas un mauvais film, loin de là. C'est une œuvre honnête, visuellement superbe, que les enfants regarderont avec plaisir parce que c'est coloré et facile à suivre. Mais pour moi, qui cherche parfois un peu plus de profondeur ou un grain de folie supplémentaire, il reste un goût d'inachevé.
Sorti le 1er mai 2026 directement sur Netflix
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