Critique Ciné : Buffet Infinity (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Buffet Infinity (2026, direct to SVOD)

Buffet Infinity // De Simon Glassman. Avec Kevin Singh, Ahmed Ahmed et Brandon Vanderwall.

 

Il y a des films qu'on ne sait pas par quel bout prendre. Buffet Infinity, le dernier projet de Simon Glassman, fait partie de cette catégorie à part. Oubliez la structure narrative classique avec un début, un milieu et une fin bien rangés. Ici, l'expérience ressemble plutôt à une vieille cassette VHS que vous auriez retrouvée au fond d'un carton dans un grenier poussiéreux, enregistrée un soir de 1994. Pendant 1h40, le film nous bombarde d'une succession de fausses publicités locales, de bulletins météo bricolés et d’infopublicités lunaires. Au premier abord, c'est un joyeux bordel. Mais très vite, on sent que quelque chose ne tourne pas rond derrière ce défilé de pixels délavés.

 

Faisant écho au classique de la comédie canadienne SCTV, recoupant des publicités télévisées originales à petit budget pour raconter l'histoire sinistre de deux restaurants qui s'affrontent dans la ville fictive de Westridge County.

 

Le point de départ est presque absurde : dans une petite ville canadienne tout ce qu'il y a de plus banale, l’ouverture d’un restaurant nommé « Buffet Infinity » déclenche une hostilité immédiate avec la sandwicherie du coin. Ce qui commence comme une petite guéguerre de voisinage se transforme en une escalade publicitaire totale. Les deux enseignes s'envoient des punchlines par écrans interposés, avec des spots de plus en plus agressifs et bizarres. On pourrait croire à un sketch du Saturday Night Live qui durerait trop longtemps, mais Glassman nous emmène ailleurs. Le premier quart d'heure est un pur exercice de style. C’est le royaume du cheap volontaire. 

 

On y croise des vendeurs de bagnoles en plein délire, des avocats véreux aux slogans gênants et des présentateurs météo qui semblent annoncer la fin du monde entre deux prévisions de pluie. Le travail sur l'image est bluffant de précision. Le grain de la vidéo, les sautes de tracking et les couleurs baveuses nous replongent instantanément dans l'esthétique télévisuelle des années 90. C’est nostalgique, c'est drôle, et c'est surtout très troublant. Puis, le malaise s'installe pour de bon. Le rire laisse place à une forme de paranoïa sourde. 

 

On remarque des détails qui n'ont rien à faire là : des messages cryptiques qui s'affichent une fraction de seconde, un immense trou qui s'ouvre mystérieusement près d'un centre commercial, ou encore une vibration sonore qui semble sortir directement de vos enceintes pour vous irriter le cerveau. Le film glisse alors vers l’horreur cosmique. On pense forcément à David Lynch ou à l'univers de Lovecraft, où l'épouvante ne vient pas d'un monstre dans un placard, mais d'une distorsion de la réalité quotidienne. L'audace de Simon Glassman, c'est de réussir à faire exister de vrais personnages à travers ces fragments de pubs. 

 

On finit par s'attacher à ces commerçants locaux qui luttent, avec leurs pauvres moyens, contre l'invasion de la chaîne « Buffet Infinity ». Derrière l'absurde, le film raconte en creux la mort des petits commerces et l'uniformisation de nos vies par la grande consommation. Le buffet à volonté devient une sorte d'entité dévorante, une machine qui avale l'identité de la ville et de ses habitants. Visuellement, c'est une claque pour quiconque est sensible à l'image rétro. Le soin apporté aux textures et au montage approximatif renforce l'immersion. On n'est plus devant un écran en 2026, on est coincé devant un vieux téléviseur cathodique en pleine insomnie. Le casting aide beaucoup à tenir le cap. 

 

Les acteurs jouent ces rôles grotesques avec un premier degré total, ce qui rend les situations encore plus décalées. Allison Bench, en patronne de sandwicherie prête à tout, est particulièrement solide. Tout n'est pas parfait pour autant. Buffet Infinity est un film exigeant qui demande une certaine dose de patience. Tenir 100 minutes sur un concept de fausses pubs peut s'avérer épuisant pour certains. Le rythme s'essouffle un peu au milieu du film, quand les séquences commencent à tourner en boucle. On se dit parfois que l'idée aurait été plus percutante en format court ou en moyen-métrage. Mais la dernière partie remet les pendules à l'heure. Le ton bascule franchement dans le sombre, voire le violent. 

 

L'humour disparaît au profit d'images dérangeantes qui restent gravées dans la rétine bien après le générique. C'est ce qui sauve le film d'être un simple gadget nostalgique : il y a un vrai propos, une vraie descente aux enfers. Au final, qu’est-ce qu’on retient de ce Buffet Infinity ? C’est une œuvre imparfaite, parfois trop longue, mais d'une personnalité folle. C’est un risque de mise en scène comme on en voit peu aujourd'hui. Glassman nous offre une plongée sensorielle dans un cauchemar cathodique qui ne ressemblera à rien de ce que vous verrez cette année. Si vous aimez le cinéma expérimental, les projets un peu fous qui sortent des sentiers battus et l'ambiance des vieux creepypastas du web, cette cassette VHS venue d’une autre dimension mérite largement votre attention.

 

Note : 7.5/10. En bref, Buffet Infinity détourne l'esthétique VHS des années 90 pour transformer une rivalité publicitaire absurde en un cauchemar cosmique aussi hypnotique que dérangeant. Malgré quelques longueurs dues à son format expérimental, le film de Simon Glassman s'impose comme une œuvre radicale et fascinante sur la déshumanisation par la consommation.

Prochainement en France en SVOD

 

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delromainzika

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G
coucou toi<br /> sympa pour ton article<br /> un film que je veux découvrir :OP<br /> bonne soiré
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