15 Mai 2026
Carissa // De Devon Delmar et Jason Jacobs. Avec Gretchen Ramsden, Herchell Cloete et Woudine Dirkse.
Il y a des films qui misent tout sur l’ambiance et le silence, et Carissa pousse le curseur très loin. On se retrouve dans les montagnes du Cederberg, en Afrique du Sud, au sein d’une communauté rurale dont le quotidien est menacé par un projet immobilier de luxe. Sur le papier, le sujet de cette jeunesse coincée entre traditions et modernité est fort. À l'écran, c'est une autre histoire : le film avance avec une lenteur extrême qui cherche la profondeur mais trouve surtout l'ennui. L’intrigue est minimaliste. Carissa, une jeune femme qui se sent à l'étroit dans son village, rêve d'un ailleurs. Autour d'elle, les terres de rooibos risquent de laisser place à un complexe touristique.
Une jeune femme qui rêve de quitter la vie d'un petit village pour vivre en ville s'éloigne de la maison de sa grand-mère pour se laisser entraîner dans la plantation de rooibos de montagne de son grand-père.
Le film a le mérite d'éviter le manichéisme en montrant que le progrès est aussi une nécessité économique pour certains. C'est crédible, certes, mais le traitement reste beaucoup trop plat pour captiver sur la durée. S'il y a un point fort à retenir, c'est la performance de Gretchen Ramsden. Elle incarne cette jeune femme tiraillée avec une vraie justesse. On lit sur son visage toute la confusion d'une génération qui ne sait plus à quoi se raccrocher. Sa relation avec sa grand-mère, marquée par un fossé générationnel infranchissable, apporte quelques moments de sincérité, mais le récit reste trop en surface pour qu'on s'attache réellement aux personnages. La réalisation de Jason Jacobs et Devon Delmar lorgne vers le documentaire.
C'est filmé à l'épaule, de façon très naturelle, avec des dialogues qui semblent pris sur le vif. Si cette approche donne une certaine authenticité aux scènes de village, elle finit par plomber la dynamique globale. À force de vouloir capter chaque silence et chaque moment du quotidien, le film s'étire inutilement. Malgré une durée très courte de 85 minutes, le temps paraît long, la faute à des séquences contemplatives qui n'en finissent plus. Visuellement, on ne peut pas nier que c'est réussi. Les paysages du Cederberg sont magnifiques et la lumière naturelle donne un cachet indéniable à l'image. On sent que les réalisateurs sont fascinés par ce territoire.
Le problème, c'est qu'ils semblent avoir privilégié la photographie au détriment de la narration. Les plans de montagnes et de couchers de soleil se succèdent, mais ils finissent par casser le peu d'élan dramatique qui existait. La deuxième partie, plus introspective, n'arrange rien à l'affaire. En partant rejoindre son grand-père dans les hauteurs, Carissa s'enfonce dans une méditation qui laisse de côté tous les enjeux sociaux évoqués au début. Les tensions économiques et les conséquences du projet immobilier passent au second plan pour laisser place à de longues scènes d'observation. C'est poétique pour certains, mais pour moi, c'est surtout un manque de direction qui finit par créer une distance polie avec le spectateur.
Au final, Carissa est une œuvre qui semble se regarder filmer. Si l'on découvre une facette peu connue de l'Afrique du Sud rurale, on en ressort surtout avec une sensation de flottement permanent. Alors, faut-il tenter l'expérience ? Si vous êtes sensibles aux beaux cadres et que vous n'avez pas peur des récits qui ne racontent pas grand-chose, pourquoi pas. Mais pour les autres, l'ensemble risque d'être une déception. Carissa est un film joli à regarder, porté par une actrice convaincante, mais qui manque cruellement de souffle et de rythme pour nous sortir de la torpeur.
Note : 4.5/10. En bref, Carissa est une œuvre qui semble se regarder filmer. Si l'on découvre une facette peu connue de l'Afrique du Sud rurale, on en ressort surtout avec une sensation de flottement permanent.
Prochainement en France
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