M.I.A. (Saison 1, épisodes 5 et 6) : adieu la survie, place au chaos

M.I.A. (Saison 1, épisodes 5 et 6) : adieu la survie, place au chaos

On sentait le vent tourner, c’est désormais confirmé. Avec ces épisodes 5 et 6, M.I.A. laisse tomber la pudeur. Jusqu'ici, on suivait une Etta un peu paumée, guidée par ses traumatismes et un instinct de survie qui tournait à vide. Mais là, les choses sérieuses commencent. Sa quête de justice se transforme en une spirale de vengeance beaucoup plus concrète, et surtout, beaucoup plus moche pour son entourage. C’est une évolution logique. Après avoir passé les premiers chapitres à ramasser les pots cassés suite au massacre de sa famille, Etta décide enfin de rendre les coups. Sauf que dans ce monde-là, frapper fort a un prix, et les épisodes 5 et 6 se chargent de nous présenter la facture.

 

Le gros morceau de l'épisode 5, c'est évidemment les retrouvailles avec Juan Acuña. C’est l’homme lié au cartel qui hante les nuits d'Etta depuis le début. La série nous vendait ce moment comme une étape symbolique, le passage du statut de victime à celui de prédatrice. Mais la réussite de la série, c’est justement de ne pas en faire une scène de film d'action hollywoodien. Etta n’est pas une tueuse à gages. Elle n’a pas de plan millimétré, pas de sang-froid légendaire. Quand elle piège Juan dans le club de Carmen, c’est le bordel. C’est de l’impro totale, c’est maladroit, et c’est ça qui rend le personnage crédible. Elle transpire, elle hésite, et quand elle passe à l’acte, c’est la colère qui tient le flingue, pas la stratégie.

Le vrai drame ici, c’est Lovely. Elle qui servait de boussole morale et de garde-fou se retrouve aspirée dans le sillage destructeur d'Etta. En acceptant de servir d'appât, elle franchit une ligne dont on ne revient pas vraiment. La complicité de meurtre, même pour une bonne cause, ça laisse des traces. Et c’est là que M.I.A. tape juste : chaque petite victoire d'Etta lui coûte un morceau d'âme. Une fois Juan éliminé, il n’y a pas de musique triomphante. Il ne reste que du sang sur les mains, une culpabilité étouffante et un fossé qui se creuse avec ceux qu’elle aime. Au milieu de ce chaos, Carmen s’impose de plus en plus. Elle est le miroir inversé d'Etta : ce qu’elle aurait pu devenir, ou ce qu’elle risque de devenir. 

 

Leur relation est tout sauf simple. Pas de réconciliation larmoyante ici, on est sur de la méfiance pure, du non-dit et des blessures familiales qui n’ont jamais cicatrisé. La scène où Carmen aide à faire disparaître le corps est ultra révélatrice. Elle déteste ce que fait Etta, elle désapprouve chaque seconde de cette violence, mais le sang reste le sang. Elle intervient pour protéger la petite, malgré elle. C’est ce genre de contradictions qui rend la série vraiment intéressante et humaine. On n’est pas dans une BD avec des bons et des méchants, on est dans une cuisine poisseuse à gérer des cadavres par loyauté familiale. Pendant ce temps, chez les Rojas, l'ambiance n'est pas franchement à la fête. 

Le cartel se fissure de l'intérieur. Mateo perd les pédales, sa gestion de l'organisation est de plus en plus chaotique et ses lieutenants, Samuel et Elias, commencent à regarder ailleurs. Elias reste d’ailleurs le personnage le plus intrigant de ce côté de la barrière. Sa loyauté envers Isaac est son seul pilier, mais on sent que les rencontres avec Pedro et les Russes ont planté une graine de doute. On n'attend plus seulement le choc entre Etta et le cartel, on attend que le cartel explose tout seul. L’épisode 6 casse le rythme de façon assez brutale. On quitte l’action immédiate pour plonger dans le passé de Daniel, Leah et Carmen. Alors, ça va forcément diviser. 

 

Certains y verront une pause bienvenue pour approfondir les personnages, d'autres auront l’impression que la série freine alors qu’elle venait de passer la cinquième. Personnellement, je trouve que ce détour permet de comprendre pas mal de choses sur le tempérament d'Etta. On réalise que le drame n’est pas né le jour du massacre à la marina. Les mensonges, les liens avec le crime et les tensions familiales étaient déjà là, bien avant. Leah, avec son goût pour l'argent facile, et Carmen, qui essayait de s’en sortir, sont les deux faces d’une même pièce qui continue de hanter le présent. On sent l'ombre de Bill Dubuque planer sur l’écriture. Comme dans Ozark, le cœur du récit, ce ne sont pas les flingues, ce sont les familles qui s'autodétruisent. 

L’action n’est que la conséquence de décisions prises bien des années auparavant. Heureusement, l'épisode 6 ne se finit pas que sur des souvenirs. L’arrivée de Kincaid chez Carmen et la scène finale avec Lena remettent un coup de pression nécessaire. Les documents cachés, l’attaque au taser... les dernières minutes ouvrent des pistes narratives qu’on n’avait pas forcément vu venir et qui promettent une suite bien tendue. Au final, après ce diptyque, M.I.A. semble avoir trouvé son rythme de croisière. Ce n'est pas parfait, il y a encore quelques longueurs et des intrigues secondaires qui s'éparpillent un peu, mais le passage de "victime" à "vengeuse maladroite" donne un vrai coup de fouet à l'histoire. Etta n'est pas prête pour la guerre qu'elle a déclenchée, et c'est précisément ce qui rend la suite si imprévisible.

 

Note : 7/10. En bref, en éliminant Juan, Etta franchit un point de non-retour qui transforme enfin sa dérive traumatique en une quête de vengeance brute et désordonnée. La série gagne en épaisseur psychologique en montrant que chaque coup porté au cartel coûte d’abord l’innocence de ceux qui l’entourent.

Prochainement sur Paramount+

 

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