Critique Ciné : Histoires parallèles (2026)

Critique Ciné : Histoires parallèles (2026)

Histoires parallèles //. De Asghar Farhadi, Avecn Saeed Farhadi Avec Isabelle Huppert, Virginie Efira et Pierre Niney.

 

J’attendais beaucoup du nouveau projet d’Asghar Farhadi. C’est logique. Le cinéaste iranien nous a habitués à des sommets de tension psychologique avec des chefs-d'œuvre comme Une séparation. Il possède ce don rare pour disséquer l’âme humaine et transformer un simple conflit de voisinage en tragédie grecque. Mais avec son dernier film, Histoires parallèles, le réalisateur semble avoir perdu sa boussole en plein Paris. Ce qui devait être un jeu de piste fascinant entre la réalité et le fantasme se transforme rapidement en un labyrinthe un peu trop complexe pour son propre bien.

 

En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous.

 

L'idée de base est pourtant accrocheuse. On suit une écrivaine solitaire, interprétée par Isabelle Huppert, qui passe ses journées à épier ses voisins depuis son appartement. Elle observe leurs vies, leurs engueulades, leurs moments de tendresse, et s'en sert comme carburant pour ses romans. Très vite, la fiction commence à déborder sur le réel. Les personnages qu'elle invente semblent prendre vie, tandis que ses propres souvenirs se mélangent à ses écrits. C’est un concept qui rappelle forcément le voyeurisme de Fenêtre sur cour d’Hitchcock, mais traité avec une approche beaucoup plus cérébrale. Malheureusement, c’est précisément là que le bât blesse.

 

Le scénario de Farhadi cherche constamment à être malin. Il multiplie les mises en abyme et les jeux de miroirs jusqu'à l'excès. Pendant plus de deux heures, le film tourne en rond. On assiste à une succession de scènes qui se ressemblent, où les dialogues s'étirent sans vraiment faire progresser l'intrigue. À force de vouloir brouiller les pistes et de charger son récit de mystères artificiels, le réalisateur finit par lasser. On a parfois l'impression qu'il essaie de copier le style métaphysique d'un Kieślowski, mais sans la poésie naturelle qui allait avec. Là où d'autres cinéastes parviennent à créer du trouble avec un simple regard, Farhadi surcharge chaque plan d'intentions pesantes.

 

Côté casting, on est face à une véritable armée de stars : Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Vincent Cassel, Virginie Efira, Pierre Niney. Sur une affiche, c'est le casting de l'année. À l'écran, c'est plus compliqué. La plupart de ces acteurs talentueux semblent un peu perdus dans des rôles qui manquent de chair. Isabelle Huppert incarne une femme volontairement glaciale, déconnectée de son époque, qui tape encore ses manuscrits à la machine. Si l'intention était de montrer son isolement, le résultat est surtout un personnage qui paraît très artificiel, presque une caricature d'intellectuelle parisienne. Vincent Cassel est étrangement effacé, tandis que Pierre Niney semble faire ce qu'il peut avec un rôle assez flou. 

 

Au milieu de cette distribution un peu compassée, Virginie Efira et Adam Bessa apportent heureusement un peu d'air frais. Efira possède ce naturel qui manque cruellement au reste du film, et Bessa propose une interprétation plus ancrée, moins théâtrale. Catherine Deneuve fait une apparition éclair, une petite respiration bienvenue dans un ensemble qui manque globalement de vie. Car c’est sans doute le plus gros reproche qu’on puisse faire à Histoires parallèles : le film est froid. Farhadi semble tellement concentré sur son dispositif intellectuel qu’il en oublie de nous raconter une histoire humaine. On ne s’attache à personne. Les personnages sont des pions dans un jeu de construction trop rigide. 

 

Le film se déroule dans une sorte de bulle hors du temps, quasiment sans technologie, sans smartphones, avec des situations qui semblent dater d'une autre époque. Ce refus de la modernité finit par nuire à la crédibilité du récit. On a du mal à croire à ces enjeux dans le Paris des années 2020. Il reste bien sûr quelques fulgurances. Farhadi n’a pas perdu tout son talent de metteur en scène. Une discussion dans un café entre Cassel et Efira nous rappelle par moments la force de ses précédents films. L'ambiance visuelle est également soignée, avec de jolis jeux de reflets et une lumière nocturne qui donne à Paris un aspect mélancolique assez séduisant. Mais ces quelques points positifs ne suffisent pas à compenser la lourdeur d’un scénario qui s’écoute parler

.

Au final, Histoires parallèles ressemble à un film qui se regarde le nombril. C'est une œuvre ambitieuse, certes, mais qui tourne à vide. Farhadi a voulu traiter du pouvoir de la fiction et de la manière dont on projette nos propres névroses sur les autres. C'est un beau sujet, mais il est ici traité de façon trop prétentieuse pour réellement toucher le spectateur. On sort de la salle avec une sensation de fatigue plutôt que d'émotion. C’est d'autant plus frustrant que l’on sait de quoi le réalisateur est capable quand il reste simple et sincère. Ici, l’exercice de style a pris le pas sur le cinéma.

 

Norte : 3/10. En bref, Histoires parallèles ressemble à un film qui se regarde le nombril. C'est une œuvre ambitieuse, certes, mais qui tourne à vide. Farhadi a voulu traiter du pouvoir de la fiction et de la manière dont on projette nos propres névroses sur les autres. C'est un beau sujet, mais il est ici traité de façon trop prétentieuse pour réellement toucher le spectateur.

Sorti le 14 mai 2026 au cinéma

Histoires parallèles est présenté en compétition du Festival de Cannes 2036.

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article