Critiques Séries : Elsbeth. Saison 3. Episode 19.

Critiques Séries : Elsbeth. Saison 3. Episode 19.

Elsbeth // Saison 3. Episode 19. Catch and Kill.

 

On commence à bien connaître la chanson avec Elsbeth. La recette est désormais gravée dans le marbre : un décor luxueux, une coupable qui se croit intouchable et notre héroïne qui déniche le petit détail insignifiant que tout le monde a raté. Cet épisode 19 ne cherche pas à réinventer la roue, mais il réussit à capter l’attention grâce à un ingrédient précis : la présence de Tully et le talent de Tracey Ullman. L'intrigue nous plonge dans le quotidien de Betty, une chroniqueuse mondaine aussi sophistiquée en apparence qu'insupportable en coulisses. Le personnage coche toutes les cases de la cible parfaite pour la série. 

 

C'est le profil type que la production adore égratigner depuis le début de cette saison 3 : quelqu'un d'influent, persuadé que son carnet d'adresses et son statut social servent de bouclier contre la justice. Si l’on regarde un peu en arrière, après s’être attaquée aux ultra-riches ou à la mouvance des tradwives, la série continue son exploration des élites new-yorkaises. C'est un terrain de jeu efficace, mais je commence à me demander si on ne tourne pas un peu en rond. Betty est un bon personnage, mais elle ressemble énormément à ce qu’on a déjà vu. On sent que la série aime observer ces milieux privilégiés, mais à force de recycler les mêmes profils, le risque est de finir par lasser.

Le vrai bémol de cet épisode, c'est la subtilité. Ou plutôt son absence totale. Dès les premières minutes, Betty est tellement suspecte qu'on ne se demande jamais si elle est coupable. On sait qu'elle l'est. C’est le principe même de l’héritage de Columbo, donc ce n’est pas un défaut en soi, mais le jeu du chat et de la souris doit être béton pour compenser. Ici, l’enquête pure est assez linéaire, presque prévisible. Heureusement, l’intérêt se déplace ailleurs, et c’est là que l’épisode gagne en épaisseur : la confrontation avec Tully. Depuis quelques épisodes, il s'installe comme un vrai grain de sable dans l'engrenage bien huilé d'Elsbeth. 

 

Contrairement aux autres détectives qui finissent par l’accepter comme une mascotte géniale, Tully a un réel pouvoir de nuisance administrative. Pour une fois, un personnage pose la question que tout spectateur censé finit par se poser : mais que fiche une avocate au milieu de scènes de crime du NYPD avec autant de liberté ? J’ai beaucoup aimé ce moment de lucidité de la part des scénaristes. En questionnant la légitimité d’Elsbeth, la série assume enfin son côté un peu absurde. On accepte le concept parce que le personnage est attachant, mais voir quelqu'un lui tenir tête avec des arguments rationnels apporte une tension bienvenue. 

Tully n’a aucune raison de lui faire confiance, et ce scepticisme est beaucoup plus crédible que les doutes répétitifs des collègues habituels de Wagner. Cependant, j’ai une petite pointe de déception sur la résolution de ce conflit. J'ai trouvé que Tully baissait les bras un peu trop vite. À peine commence-t-il à poser des problèmes sérieux qu’il finit par admettre qu’Elsbeth a vu juste. C’est gratifiant pour l’héroïne, bien sûr, mais c’est un peu dommage pour le récit. Un tel adversaire mériterait de durer, de pousser Elsbeth dans ses retranchements sur plusieurs épisodes. Vu la façon dont la saison avance vers son final, on peut espérer que ce n’était qu’un round d'observation et que Tully reviendra à la charge.

 

Le dénouement de l’enquête remonte un peu le niveau. Le piège tendu à Betty est malin. Elsbeth ne gagne pas grâce à une preuve scientifique tombée du ciel, mais en utilisant les propres travers de la chroniqueuse. En lui injectant une fausse information pour la faire craquer, elle s'appuie sur la psychologie pure. C’est là que la série est la meilleure : quand Elsbeth prouve qu’elle comprend l’humain mieux que n’importe quel expert en balistique. Betty perd par pure arrogance, persuadée de maîtriser l'information alors qu'elle est en train de se noyer. La scène finale reste légère et ironique, fidèle à l'ADN de la série. Si je devais faire un reproche global, c’est cette obsession pour les milieux huppés. 

Entre les milliardaires et les influenceuses de luxe, j’aimerais bien voir Elsbeth sortir un peu de Central Park pour aller traîner ses sacs à main colorés dans des environnements un peu plus terre-à-terre. La mécanique Columbo fonctionne partout, pas seulement dans les penthouses.

 

Note : 7.5/10. En bref, cet épisode 19 est un bon divertissement. Ce n’est sans doute pas l’enquête dont on se souviendra dans deux ans, mais le rythme est là et le duel de personnalités fait le job. Il sert surtout de tremplin pour la fin de saison, en installant définitivement Tully comme l'homme à surveiller. Et pour l’instant, c’est suffisant pour me donner envie de voir la suite.

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