9 Mai 2026
La pire mère au monde // De Pierre Mazingarbe. Avec Louise Bourgoin, Muriel Robin et Florence Loiret Caille.
On se retrouve face à un projet qui, sur le papier, avait tout pour plaire. L’idée de départ de Pierre Mazingarbe est plutôt solide : prendre une magistrate un peu trop ambitieuse, la muter de force dans un petit tribunal de province après une faute pro, et la forcer à bosser avec sa propre mère, qui y officie comme greffière. Elles ne se sont pas parlé depuis quinze ans. C’est le terrain parfait pour une comédie acide sur les non-dits et les rancœurs familiales qui nous collent à la peau. Malheureusement, le résultat final ressemble plus à un grand écart permanent qu'à une réussite totale. Le souci majeur, c'est que le film semble incapable de choisir son camp.
Louise de Pileggi, brillante substitut du procureur, a toujours eu des relations compliquées avec sa mère Judith qu’elle n’a pas vue depuis 15 ans. Quand elle se retrouve mutée au petit tribunal où Judith est greffière, Louise devient la cheffe de sa mère. Et pire encore : elles vont devoir collaborer dans une affaire à première vue banale, mais qui va mettre leurs nerfs à vif.
Un coup on est dans la satire sociale, un coup dans l'humour absurde, puis on bifurque sur un drame familial plus profond. Et au milieu de tout ça, une enquête policière sur un trafic de chiens et de drogue tombe comme un cheveu sur la soupe. On sent bien que cette intrigue n'est là que pour donner un peu de mouvement au récit, mais elle finit surtout par éparpiller l'intérêt du spectateur au lieu de le captiver. Le vrai cœur du sujet, c'est cette relation électrique entre Louise, la fille froide jouée par Louise Bourgoin, et Judith, la mère envahissante incarnée par Muriel Robin. C’est dans les moments où le réalisateur oublie de vouloir être drôle à tout prix que le film touche juste.
Quand le silence s'installe ou que les piques fusent avec une méchanceté calme, on reconnaît cette fatigue émotionnelle propre aux familles qui ne savent plus comment communiquer. Il y a une forme de violence douce, faite de reproches étouffés, qui est assez bien vue. Muriel Robin s'en sort d'ailleurs très bien. Elle n'en fait pas un monstre, mais une femme blessée qui tente de raccrocher les wagons avec une fille qu'elle ne comprend plus. De son côté, Louise Bourgoin assume un rôle plus ingrat, celui d'une femme rigide et pas forcément sympathique. C’est un choix courageux qui fonctionne plutôt bien, mais qui finit par tourner un peu en rond faute de renouvellement dans l'écriture des scènes.
L’autre point noir, c’est la réalisation. Pierre Mazingarbe a opté pour un style très chargé, presque théâtral. On a des gros plans partout, une musique qui ne s'arrête jamais et des couleurs saturées qui donnent une impression de "trop". Tout paraît forcé, comme si le film avait peur du vide et cherchait à nous attraper par le col toutes les deux minutes. À force de vouloir être visuellement percutant, le film en oublie de laisser ses personnages respirer. Le montage n'aide pas vraiment. Le rythme est assez haché : certaines scènes s’étirent en longueur sans raison, alors que d’autres, qui auraient mérité plus de profondeur, sont expédiées en un clin d’œil. Ce manque de fluidité rend l’ensemble un peu brouillon.
Et ce n'est pas la galerie de personnages secondaires, souvent réduits à de simples caricatures de collègues de bureau ou de policiers maladroits, qui va arranger les choses. Pourtant, on ne peut pas dire que le film soit un naufrage complet. Il y a une vraie complicité entre les deux actrices principales qui crève l'écran quand on leur laisse un peu d'espace vital. Leurs échanges les plus simples, sans artifices sonores ou visuels, sont souvent les plus réussis. On sourit devant leurs caractères opposés et on finit par s'attacher à ce duo improbable, malgré les défauts de l’intrigue. Au final, cette comédie noire laisse un goût de rendez-vous manqué.
On sent qu'il y avait un grand film à faire sur la toxicité familiale et les regrets, mais le traitement trop lourd et l'humour inégal empêchent l'émotion de vraiment décoller. C'est un film qui a de bonnes intentions, porté par un duo d'actrices au top, mais qui se perd en chemin à force de vouloir faire trop de choses en même temps. C'est regardable, parfois touchant, mais ça manque cruellement de naturel pour rester gravé dans les mémoires.
Note : 3.5/10. En bref, cette comédie noire laisse un goût de rendez-vous manqué. On sent qu'il y avait un grand film à faire sur la toxicité familiale et les regrets, mais le traitement trop lourd et l'humour inégal empêchent l'émotion de vraiment décoller.
Sorti le 24 décembre 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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