12 Mai 2026
Louise // De Nicolas Keitel. Avec Diane Rouxel, Cécile de France et Salomé Dewaels.
Avec Louise, Nicolas Keitel se lance dans le grand bain du long-métrage en s’attaquant à un sujet casse-gueule : le poids des traumatismes d’enfance et la reconstruction de soi. On y suit Marion, une femme qui a littéralement évaporé sa vie pendant quinze ans après un drame familial. Elle revient aujourd'hui sous les traits de "Louise", une étrangère qui infiltre son ancienne famille, approchant sa mère et sa sœur sans jamais dire qui elle est vraiment. Il faut être honnête, le point de départ demande un petit effort d'imagination. L'idée qu'une mère ne reconnaisse pas sa propre fille après une décennie et demie peut faire tiquer.
Suite à un incident, la jeune Marion décide de fuguer du domicile familial. Elle démarre alors une nouvelle vie sous une autre identité : Louise. Quinze ans plus tard, "Louise" retrouve la trace de sa sœur et de sa mère. Petit à petit, elle réapprend à les connaître sans leur dévoiler son identité. Alors qu'elle renoue avec son passé, un dilemme s'impose à elle : rester Louise ou redevenir Marion…
Pourtant, si l'on accepte de mettre de côté ce manque de réalisme pur, le film nous embarque ailleurs. Ce n'est pas tant la crédibilité qui compte ici, mais l’émotion brute qui se dégage de cette confrontation impossible. Le film s'ouvre sur une scène de violence domestique vue à travers les yeux de deux petites filles cachées dans un escalier. C’est violent, sec, et ça pose immédiatement les bases du récit. Keitel ne cherche pas le spectaculaire ou le glauque gratuit, il veut montrer l'onde de choc. Comment ces quelques minutes de terreur finissent par définir toute une existence. Quinze ans plus tard, Marion est devenue cette Louise silencieuse, presque spectrale.
Diane Rouxel incarne ce personnage avec une retenue qui confine parfois à la froideur, mais c’est justement là que réside la justesse de son jeu. Elle joue une femme qui a appris à ne plus exister, une femme qui avance comme un fantôme dans sa propre vie. Face à elle, Cécile de France est impeccable en mère dévastée, oscillant entre une culpabilité dévorante et un besoin vital d’affection. Elle évite le piège du mélo dégoulinant, même quand les dialogues se font un peu trop explicites. L’intérêt du film réside aussi dans sa structure. On n'est pas seulement dans le drame familial classique, il y a une vraie patte de thriller psychologique. Le réalisateur joue sur l’attente et le malaise.
On se demande constamment quand le masque va tomber, et cette tension porte le récit, même lors des passages un peu plus lents. Le montage, qui jongle entre les souvenirs d’enfance et le présent, illustre bien cette idée que le passé n'est jamais vraiment derrière nous. Parfois, le procédé est un peu lourd, certains flashbacks reviennent en boucle et cassent un peu le rythme, mais l'intention reste lisible. Visuellement, le film a une vraie gueule. La photo est froide, les ambiances sont tamisées, presque étouffantes par moments. On sent que Louise est enfermée dans sa propre peau. La musique de Superpoze vient habiller tout ça avec une mélancolie qui reste en tête bien après le générique. C’est discret, élégant, et ça évite d’en faire des tonnes.
Sans parler de Vivo Per Lei qui vient ouvrir et conclure le film, me laissant avec un karaoké chez moi. Le vrai bol d’air du film, c’est Salomé Dewaels dans le rôle de la sœur, Jeanne. Elle apporte une énergie, une lumière qui manque cruellement au personnage de Louise. Leurs scènes ensemble sont sans doute les plus belles, car elles touchent à quelque chose de simple et d'universel : le lien fraternel que même le temps et les mensonges ne peuvent pas totalement briser. Alors oui, Louise n’est pas sans défauts. Le film hésite parfois trop entre deux chaises, le thriller pur et le drame larmoyant. Le dernier acte manque un peu de finesse et force parfois le trait pour arracher une larme. Mais malgré ces maladresses de premier film, il s’en dégage une sincérité qu'on ne peut pas lui enlever.
Nicolas Keitel a quelque chose à dire sur les cicatrices invisibles et sur la difficulté de pardonner, à soi-même autant qu’aux autres. C'est un film imparfait, mais habité. Un drame qui préfère explorer les silences plutôt que de donner toutes les clés, et rien que pour la performance de ses actrices, le voyage en vaut la peine. C’est le portrait d’une femme qui tente de se réparer dans le regard des autres, et c’est, au fond, assez bouleversant.
Note : 6/10. En bref, oui, Louise n’est pas sans défauts. Le film hésite parfois trop entre deux chaises, le thriller pur et le drame larmoyant. Le dernier acte manque un peu de finesse et force parfois le trait pour arracher une larme. Mais malgré ces maladresses de premier film, il s’en dégage une sincérité qu'on ne peut pas lui enlever.
Sorti le 10 décembre 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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