7 Mai 2026
Mi querida señorita // De Fernando González Molina. Avec Elisabeth Martínez, Anna Castillo et Paco Leóna.
« Qui suis-je vraiment ? » C’est avec cette interrogation toute bête, presque enfantine, que le film nous plonge dans le grand vertige d'Adela. Imaginez un peu : vous avez 26 ans, vous avez grandi dans un cocon espagnol hyper traditionnel, bercé par la religion et les conventions sociales, et d'un coup, on vous explique que tout ce que vous pensiez être est faux. Adela découvre qu'elle est née avec une identité biologique différente de celle qu'on lui a assignée. À partir de là, le film ne se contente pas de raconter une transition, il suit une véritable réappropriation du corps et de l’existence.
Dans l'Espagne ultraconservatrice du général Franco, une jeune femme issue d'un milieu traditionnel apprend son intersexualité. Commence alors un parcours où se mêlent découverte de soi, identité de genre et amour inattendu.
Le début du film est assez prenant. On sent tout de suite cette ambiance un peu étouffante, cette routine où chaque geste semble dicté par le qu'en-dira-t-on. Adela est une jeune femme discrète, effacée derrière des règles qu’elle n’a jamais vraiment questionnées. Le basculement se fait en douceur, sans gros effets de manche ni drame inutile. Ce qui touche, c'est l'attention portée à ses silences, à sa gêne et à ce besoin vital de comprendre enfin qui elle est. Le réalisateur prend vraiment le temps de poser ce trouble intérieur, et ça fonctionne très bien parce qu'on s'attache immédiatement à cette fragilité. Le sujet central est assez rare pour être souligné, surtout traité de cette manière : l’intersexualité.
Le film choisit une approche très accessible, limite pédagogique. En apprenant que sa biologie ne colle pas aux étiquettes qu’on lui a collées à la naissance, Adela voit son monde s'effondrer. C'est le signal du départ. Elle quitte tout pour chercher des réponses ailleurs, entamant un voyage qui est autant géographique qu’intime. On apprécie cette volonté de ne pas faire dans le spectaculaire ou le glauque, mais de rester dans une forme de tendresse constante. Le rythme, par contre, est un vrai sujet de débat. Le film privilégie le calme et les moments de respiration. C'est un choix qui renforce l'intimité du récit, mais qui demande aussi un peu de patience.
On est loin d'un rythme nerveux, et par moments, cette lenteur peut faire décrocher. C'est d'ailleurs là que le film perd un peu de sa superbe. Passé la première partie qui pose bien les enjeux, l'intrigue commence à s'étirer un peu trop. On sent que le scénario a parfois peur de ne pas être compris. Résultat, les dialogues deviennent par moments un peu trop explicites, comme si on voulait nous guider par la main pour être sûr qu'on saisisse bien le message. C’est dommage, car la force du film résidait justement dans ses non-dits et sa subtilité du départ. En voulant trop expliquer, le récit perd un peu de cette émotion pure qu'il avait réussi à installer. Heureusement que le personnage d'Adela est là pour tenir la baraque jusqu'au bout.
C'est elle le moteur de tout, et on suit son évolution avec une vraie curiosité. Sa trajectoire n'est pas toute tracée ou parfaite : elle doute, elle s'énerve, elle tâtonne. C’est justement ce côté un peu brouillon qui rend son parcours crédible. Elle ne devient pas une autre personne par magie, elle essaie juste de se reconnecter à elle-même, morceau par morceau. Autour d'elle, les seconds rôles font le job sans faire d'ombre. Que ce soit le prêtre étrangement compréhensif ou cette amie plus moderne, ils servent de miroirs aux différentes facettes de la société espagnole de l'époque. Ils ne sont pas forcément ultra développés, mais ils permettent de voir comment le monde extérieur réagit face à la quête d'Adela.
Visuellement, le film joue la carte de la sobriété. On est dans les années 90, et l'esthétique accompagne l'histoire sans jamais chercher à en mettre plein la vue. Les décors sont simples, les couleurs assez douces. Cette mise en scène presque invisible renforce le côté réaliste et humain de l'histoire. On n'est pas devant un grand spectacle, mais devant un portrait de vie, avec tout ce que ça implique de banal et de profond à la fois. Le film tape aussi juste quand il aborde le poids de la religion et du regard social. Ce n'est pas juste une question de biologie, c'est une question de survie dans un environnement conservateur. Le film montre bien comment la pression des autres finit par s'infiltrer à l'intérieur de soi, au point de déformer sa propre image.
C'est ce combat pour se libérer du regard d'autrui qui est sans doute le thème le plus fort de l'œuvre. Au bout du compte, Mi querida señorita n'est pas un film sans défauts. Entre ses problèmes de rythme et ses dialogues parfois un peu trop appuyés, il peut laisser une impression d'inachevé. Mais il y a une telle sincérité dans la démarche qu'on lui pardonne volontiers ses maladresses. C'est un film qui cherche avant tout à faire comprendre et à émouvoir, sans jamais chercher à choquer gratuitement. C'est un drame touchant sur l'acceptation de soi et la liberté de définir son identité au-delà des cases imposées. Ce n'est peut-être pas un chef-d'œuvre technique, mais c'est une proposition honnête et humaine qui mérite qu'on s'y arrête, ne serait-ce que pour la justesse de son personnage principal.
Note : 6.5/10. En bref, malgré quelques maladresses de rythme et des dialogues parfois trop explicites, Mi querida señorita réussit à dresser le portrait touchant d'une quête d'identité sincère face au poids des traditions. C'est une œuvre imparfaite mais nécessaire qui traite de l'intersexualité avec une grande pudeur, portée par une héroïne en quête de vérité.
Sorti le 1er mai 2026 directement sur Netflix
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