6 Mai 2026
No Ordinary Heist // De Colin McIvor. Avec Eddie Marsan, Éanna Hardwicke et Michelle Fairley.
Sur le papier, le pitch de No Ordinary Heist envoie du lourd : un braquage massif inspiré d'une histoire vraie à Belfast, des familles prises en otages, et un casse organisé de l'intérieur par des employés de banque sous pression. On imagine déjà la tension grimper, les gouttes de sueur et les dilemmes impossibles. Pourtant, une fois devant l'écran, l'excitation retombe un peu. Ce n'est pas un mauvais film, loin de là, mais il reste terriblement sage. Le film nous plonge dans le quotidien de Richard Murray (interprété par Eddie Marsan), un directeur de banque déjà bien stressé par un plan de licenciements massifs.
Deux employés de banque sont contraints d'orchestrer un vol de 26,5 millions de livres sterling (33,8 millions de dollars) pour sauver leur famille.
Sa vie bascule quand des malfrats enlèvent sa femme pour le forcer à vider ses propres coffres. Il se retrouve coincé dans la même galère que Barry, un collègue avec qui il ne s'entend pas vraiment, mais dont la famille est aussi sur la sellette. L'idée de transformer des sacs de billets en sacs de déchets pour les sortir de la banque juste avant Noël, c’est malin. C’est le genre de détail qui donne tout de suite du cachet à un scénario. Les premières minutes sont d'ailleurs plutôt réussies. On sent bien l’ambiance pesante de l’époque, les tensions sociales au sein de l’agence et la peur du chômage qui plane. On se dit que le film va utiliser ce terreau social pour nous offrir un thriller nerveux.
Le problème, c'est que dès que l’action démarre, le rythme s'essouffle. Là où un film de braquage devrait nous tenir en haleine avec des imprévus ou une mise en scène millimétrée, No Ordinary Heist choisit la voie de la linéarité. Les consignes tombent par téléphone, les protagonistes s'exécutent, et on attend la suite sans que le palpitant ne s'emballe vraiment. Cette structure répétitive finit par créer une distance. On comprend assez vite que les rails sont posés et que le train ne va pas dérailler. C’est dommage, car le danger semble toujours un peu lointain, presque théorique. On regarde Richard et Barry faire leur job de braqueurs malgré eux, mais l'urgence ne transpire pas à l'écran.
Le film se déroule quelques années après les accords de paix en Irlande du Nord. C’est une période fascinante, pleine de cicatrices et de zones d'ombre. Le scénario effleure le sujet en parlant de groupes paramilitaires, mais il n'en fait rien de concret. Cette toile de fond aurait pu donner une dimension politique et viscérale au film, lui offrir une identité propre. Au lieu de ça, on reste sur un film de genre assez générique qui aurait pu se passer n'importe où ailleurs. Eddie Marsan est un acteur solide, c'est indéniable. Mais ici, son jeu très sobre, presque effacé, n'aide pas forcément à s'attacher à son personnage. Il subit les événements avec une passivité qui finit par déteindre sur le spectateur.
Heureusement, Éanna Hardwicke apporte un peu de relief et d'énergie. Le duo fonctionne par moments, surtout quand leurs rancœurs passées remontent à la surface, mais là encore, le script semble avoir peur de trop en faire. Même constat pour les méchants : ils font le job, ils sont menaçants, mais ils manquent cruellement de personnalité. Ils sont là parce qu'il faut des antagonistes, sans jamais vraiment devenir des figures marquantes du cinéma de braquage. Visuellement, la réalisation est très (trop) discrète. On ne demande pas forcément des explosions toutes les cinq minutes ou une caméra qui tourbillonne, mais un peu de point de vue n'aurait pas fait de mal.
Le film manque de cette étincelle, de cette vision qui transforme un fait divers intéressant en un grand moment de cinéma. La fin arrive un peu comme le reste : sans grand éclat. Elle essaie de boucler les thèmes abordés, mais l'émotion ne prend pas. On ressort de la séance avec l'impression d'avoir vu un téléfilm de luxe plutôt qu'un long-métrage de cinéma mémorable.
Note : 4.5/10. En bref, No Ordinary Heist n'est pas une honte, c'est juste un film trop poli. Si vous aimez les histoires de casses et que vous voulez découvrir cet épisode méconnu de l'histoire irlandaise, ça se regarde. Mais ne vous attendez pas au grand frisson. C’est correct, propre, mais ça manque cruellement de tripes.
Prochainement en France
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog