Critique Ciné : Odyssey (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Odyssey (2026, direct to SVOD)

Odyssey // De Gerard Johnson. Avec Polly Maberly, Guy Burnet et Kellie Shirley.

 

Gerard Johnson nous balance avec Odyssey dans un Londres qui n’a rien à voir avec les cartes postales de Big Ben. Ici, la ville est poisseuse, électrique et profondément nocturne. On y suit Natasha Flynn, une agente immobilière qui sprinte après un succès qui lui échappe. Elle est ambitieuse, instable, et surtout en train de couler complètement. Entre ses dettes qui s’accumulent, sa consommation de drogue et ses mensonges à répétition, le film s’installe d’abord comme un thriller nerveux, quelque part entre la satire sociale acide et le drame psychologique pur. Le départ est vraiment réussi et donne le ton tout de suite. 

 

Une femme est entraînée dans la pègre de Londres lorsqu'on lui propose de l'argent pour cacher un agent kidnappé.

 

Natasha sort de chez le dentiste et se barre de la clinique sans payer parce que sa carte est refusée. C’est une scène presque gênante, un peu absurde, qui pose parfaitement le personnage : une femme qui vit totalement au-dessus de ses moyens, mais qui garde un aplomb incroyable. Elle parle vite, elle ment encore plus vite, et elle est persuadée que sa prochaine magouille va éponger l’ardoise. Pendant une bonne partie du récit, le film tient debout grâce à ce portrait de femme en roue libre totale. Natasha gère sa petite agence immobilière avec un mélange de charisme et de chaos complet. Elle vend du vent, promet des fusions improbables et organise des fêtes pour ses employés alors que les huissiers frappent déjà à la porte.

 

C’est assez fascinant de voir comment Gerard Johnson rend l’univers de l’immobilier captivant. Il nous montre l’envers du décor, là où les appartements médiocres deviennent cosy par la magie du verbe, alors que la vie de celle qui les vend part en lambeaux. Il faut dire que Polly Maberly est monumentale. Elle porte littéralement le film sur son dos. Elle insuffle à Natasha une énergie électrique, une tension qu'on sent prête à exploser à chaque seconde. Derrière l’arrogance et les coups de sang, l’actrice laisse entrevoir une fatigue immense, un épuisement qui finit par transpercer l’écran. C’est vraiment sa performance qui permet de rester accroché, même quand son personnage devient franchement insupportable. 

 

Sans elle, le film aurait sans doute perdu le spectateur bien plus tôt. Le vrai souci, c'est que le film finit par s’emmêler les pinceaux. Après un début solide, on a l’impression que Johnson ne sait plus trop quelle histoire il veut raconter. Le récit bascule d'un coup dans un thriller criminel beaucoup plus classique, presque générique. Natasha se retrouve mêlée à l’enlèvement d’un concurrent, et là, on quitte le terrain passionnant de la chute psychologique pour tomber dans une histoire de gros bras et de menaces de bas étage. Cette rupture est brutale et, honnêtement, un peu dommage. 

 

On passe d’un portrait tendue sur l'addiction et la pression sociale à un film de gangsters avec des types patibulaires, des séquestrations et un méchant qu'on appelle "The Viking". On a presque le sentiment de changer de film en plein milieu. Le réalisateur tente de brasser trop de genres à la fois : la comédie noire, le drame urbain et le polar ultra-violent. Mais la sauce ne prend pas totalement. Certaines explosions de violence gratuite dans le dernier acte semblent arriver de nulle part, comme si elles étaient là juste pour choquer sans être vraiment justifiées par ce qu'on a vu avant. Le rythme n'aide pas non plus à digérer le tout. Avec deux heures au compteur, Odyssey s’étire un peu trop. 

 

Le découpage par jours de la semaine est une bonne idée au départ pour montrer l'effondrement mental de Natasha, mais le film finit par se répéter. On enchaîne les rails de coke, les engueulades et les coups de fil de créanciers jusqu'à tourner en rond. C’est frustrant, car visuellement, le film a une vraie gueule. Johnson filme Londres avec une identité forte. Les clubs saturés de néons, les bureaux froids, les rues trempées... l’ambiance est pesante à souhait. Le montage, parfois chaotique pour mimer l’état de défonce de Natasha, fonctionne super bien, tout comme la BO électro de Matt Johnson qui renforce ce malaise permanent. Au final, Odyssey laisse un goût d’inachevé. 

 

Le film cherche à expliquer les traumas de Natasha pour justifier sa descente aux enfers, mais ces révélations cassent un peu le mystère et rendent l'intrigue plus banale. C’est un beau gâchis de potentiel : la première moitié laissait espérer une réflexion acide sur l'illusion de la réussite et le monde du travail moderne. Au lieu de ça, le film choisit des sentiers battus qu'on a déjà vus cent fois. C’est visuellement superbe et porté par une actrice incroyable, mais cette odyssée urbaine aurait gagné à rester plus simple, plus centrée sur son héroïne plutôt que de vouloir jouer la carte du polar sanglant.

 

Note : 4.5/10. En bref, porté par la performance électrique de Polly Maberly, Odyssey captive d'abord par son portrait nerveux d'une chute sociale sous tension dans un Londres poisseux. Le film finit malheureusement par s'égarer dans un virage criminel trop classique et violent, gâchant ainsi son potentiel initial de grand thriller psychologique.

Prochainement en France en SVOD

 

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