13 Mai 2026
Avec ses deux premiers épisodes, la nouvelle série M.I.A. ne fonce pas tête baissée dans l'action. Elle préfère d'abord poser son décor : une Floride moite, entre marécages poisseux et ports de plaisance, avant de basculer dans une mécanique de vengeance brutale. On y suit la chute d’Etta, une héroïne dont la transformation semble organique, loin des clichés de la métamorphose artificielle pour les besoins du script. Derrière ce projet, on retrouve Bill Dubuque. Si le nom ne vous dit rien, c’est le cerveau derrière Ozark et les films Mr. Wolff. On reconnaît vite sa patte : ce mélange de drame familial et de criminalité organisée où la tension monte doucement mais sûrement.
Le trafic de drogue est une affaire de famille pour Etta Tiger Jonze. Lorsque l'entreprise familiale est menacée, celle-ci est contrainte d'user de son intelligence pour sillonner et survivre dans les bas-fonds de Miami.
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Comme dans ses précédents travaux, chaque décision prise par les personnages finit par déclencher un effet papillon incontrôlable. L’épisode 1 s’articule autour d’une idée simple : une seule erreur peut bousiller une vie. Pourtant, la série prend son temps. Avant de nous balancer des cartels et des règlements de comptes, elle nous montre une famille avec ses petites habitudes. Etta travaille à la marina familiale, gère des tours touristiques et semble parfaitement à sa place dans cet univers un peu sauvage. Sa proximité avec les alligators dit d'ailleurs tout d'elle : c'est une instinctive qui aime le risque et garde toujours une petite distance avec les autres.
Le conflit central est terriblement humain. Sa mère, Leah, rêve de la voir faire des études et quitter ce milieu, tandis qu’Etta semble incapable de s'imaginer ailleurs. Ce n'est pas du grand mélo avec des dialogues pompeux, ce sont des disputes de cuisine, maladroites et familières, qui donnent l'impression que ces tensions durent depuis quinze ans. La révélation du trafic de drogue arrive sans forcer. La marina sert de couverture, mais la série évite de transformer les personnages en gangsters de cinéma. Daniel, le père, essaie même de garder une boussole morale malgré l'illégalité de ses activités. Mais tout vole en éclats après la mort d'Isaac, le pilier du cartel local. Sans lui, le système se fragilise.
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Les héritiers, Mateo et Samuel, veulent passer à la vitesse supérieure, prendre plus de risques et surtout, se lancer dans le trafic humain. C’est là que le récit bascule. Le malaise est palpable, non pas à cause d'une violence graphique gratuite, mais par le simple regard des jeunes femmes transportées. Pour Etta, c'est la ligne rouge. Sa décision d'aider les victimes à s'enfuir ne ressemble pas à un acte héroïque sorti de nulle part, c'est juste le prolongement logique de ce qu'elle est : une femme qui n'a jamais totalement adhéré à la cruauté du milieu. La suite est une longue séquence de fuite où la série trouve enfin son identité. On quitte la chronique familiale pour entrer dans un récit de survie pur et dur.
La disparition de la famille d'Etta fait mal, précisément parce qu'on a eu le temps de s'attacher à eux. Le deuxième épisode, intitulé "Orphans", change de braquet. Après l'adrénaline du pilote, le rythme ralentit pour filmer les conséquences du massacre. Etta n'est plus seulement une proie, c'est une femme qui tente de comprendre ce qu'il reste d'elle après avoir tout perdu. Elle forme un trio atypique avec Lovely et Stanley. Il n'y a pas de grande amitié soudaine ici, juste trois solitudes qui se percutent. La relation passe par des non-dits, des silences dans la voiture ou des moments de débrouille, comme lorsqu'Etta utilise des astuces vues dans un documentaire pour gérer un contrôle de police tendu.
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Ce sont ces petits détails qui rendent le récit crédible. Pendant ce temps, chez les Rojas, le vernis craque. Mateo est dépassé, Caroline tente de sauver les apparences de respectabilité de l'empire, et Elias veut rester fidèle à la méthode forte. C’est une lutte de pouvoir silencieuse, étouffante, qui montre bien que le vide laissé par Isaac est impossible à combler. L'influence de Dubuque est flagrante dans cette gestion de l'urgence. Les personnages agissent sous pression et ramassent les pots cassés plus tard. Visuellement, Miami et ses environs ne sont pas des décors de carte postale. La chaleur, l'humidité et les zones industrielles nocturnes renforcent cette sensation d'asphyxie.
La caméra reste sobre, ce qui rend les scènes brutales encore plus percutantes. Pour l'instant, M.I.A. réussit son pari : elle ne transforme pas son héroïne en machine de guerre dès le deuxième épisode. On assiste plutôt à la naissance d'une obsession. La vengeance d'Etta est encore floue, presque une réaction par défaut quand il ne reste plus rien à sauver. C’est ce cheminement psychologique, un peu lent et douloureux, qui rend ce début de saison vraiment solide.
Note : 7/10. En bref, loin des séries d'action jetables, M.I.A. réussit à poser une ambiance étouffante et humaine où chaque mauvaise décision se paie au prix fort. Porté par la plume de Bill Dubuque, ce début de saison troque le spectaculaire pour une tension psychologique solide, transformant une tragédie familiale en une quête de survie brutale et crédible.
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