9 Mai 2026
Pour le plaisir // De Reem Kherici. Avec Alexandra Lamy, François Cluzet et Mitty Hazanavicius.
On a souvent l’habitude de voir le cinéma français s'enfoncer dans deux extrêmes dès qu'il s'agit de cul : soit c'est la grosse farce bien grasse qui tache, soit c'est le drame psychologique pesant où personne ne sourit. Avec Pour le plaisir, Reem Kherici tente un entre-deux courageux. Elle s’attaque à un sujet dont on parle finalement assez peu sur grand écran, ou alors par le petit bout de la lorgnette : le plaisir féminin au sein d’un vieux couple. Dit comme ça, on pourrait craindre la suite de gags gênants, mais le résultat est une vraie bonne surprise, à la fois drôle et franchement touchante.
Et si on vous racontait l’invention du siècle ? Un couple, une vérité qui explose. Fanny et Tom sont mariés et heureux depuis 20 ans. Mais un jour un secret éclate : Fanny n’a jamais eu d’orgasme. Tom, ingénieur, décide alors de relever un défi audacieux : créer l’objet qui révolutionnera le plaisir féminin. Ensemble, ils se lancent dans cette quête aussi déjantée qu’émouvante qui va transformer leur couple. Jusqu’où iront-ils ? Loin, très loin.
Le film nous présente Fanny et Tom, mariés depuis deux décennies. Ils ont la routine confortable, les habitudes qui rassurent et une complicité qui semble évidente. Tout va bien, jusqu'au jour où Fanny lâche une bombe : elle n'a jamais eu d'orgasme. Pour Tom, c’est la douche froide. Son ego en prend un coup, mais au-delà de la blessure d’amour-propre, c’est toute la structure de leur relation qui vacille. Le film s’inspire librement de l’histoire derrière l’invention du Womanizer, ce petit jouet qui a révolutionné pas mal de tables de chevet, pour raconter la reconstruction d’un couple qui doit réapprendre à se parler. Ce qui frappe tout de suite, c’est le naturel d'Alexandra Lamy.
Elle incarne Fanny avec une justesse folle. Elle n’est pas la "femme frustrée" cliché qu’on voit partout ailleurs. Elle est simplement une femme qui réalise qu’elle est passée à côté de quelque chose d’essentiel et qui décide de ne plus faire semblant. Face à elle, François Cluzet est parfait dans son rôle de mari un peu largué. On connaît son talent pour jouer les types qui bougonnent, mais ici, il y apporte une vulnérabilité intéressante. Il est vexé, certes, mais il est surtout maladroit parce qu’il aime sa femme et qu’il réalise qu’il ne la connaissait peut-être pas si bien que ça. L’alchimie entre les deux est le moteur principal du film. Leurs échanges sonnent vrai, jusque dans les moments de malaise ou de disputes.
On sent que Reem Kherici a laissé de la place à la vie dans ses dialogues. On ne regarde pas une énième comédie romantique formatée, on observe deux personnes essayer de réparer les pots cassés après vingt ans de non-dits. La grande force de cette comédie, c’est d’aborder la sexualité avec une simplicité déconcertante. Le film n'est jamais vulgaire. Il y a des scènes drôles, comme ce fameux dîner de famille où tout manque de déraper, ou les moments de solitude de Tom qui tente de comprendre techniquement ce qui lui échappe. Mais le rire ne se fait jamais au détriment de la dignité des personnages.
Reem Kherici filme l'intimité avec une certaine pudeur, préférant se concentrer sur les visages et les réactions plutôt que sur la provocation gratuite. C'est aussi un film qui fait réfléchir sur la communication. On comprend vite que le problème n'est pas uniquement mécanique, mais qu'il est lié à la honte et aux attentes qu'on s'impose. Sans jamais tomber dans le discours militant ou la leçon de morale, Pour le plaisir montre comment les tabous peuvent finir par user un amour pourtant sincère. C'est une réflexion universelle sur le couple de longue durée, sur la nécessité de se réinventer pour ne pas finir par vivre à côté de l'autre plutôt qu'avec lui.
Côté réalisation, on reste sur quelque chose de très classique pour le genre. C’est propre, la lumière est chaude, les décors sont soignés. On ne vient pas chercher une révolution esthétique ici, mais une ambiance. Le film est confortable, presque rassurant, ce qui crée un contraste intéressant avec la tension du sujet. On peut regretter que la dernière partie du film soit un peu plus convenue, avec une baisse de rythme quand l’émotion prend le pas sur l’humour. Certains seconds rôles manquent aussi un peu d’épaisseur, même si Reem Kherici elle-même s'en sort très bien en sexothérapeute.
Note : 7/10. En bref, Pour le plaisir est une réussite parce qu’il traite ses personnages avec une immense bienveillance. On ressort de la salle avec le sourire, mais aussi avec l’envie de discuter. C’est un film populaire au meilleur sens du terme : il est accessible, généreux et profondément humain. Une comédie qui ose dire les choses sans oublier que l'essentiel, au bout du compte, reste la tendresse.
Sorti le 6 mai 2026 au cinéma
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