23 Mai 2026
Project Y // De Hwan Lee. Avec So-Hee Han et Seo Jung-hun.
Le cinéma coréen nous a habitués à des polars urbains d'une efficacité redoutable. Quand le projet d'un thriller néo-noir réunissant Han So-hee et Jeon Jong-seo a été annoncé, l'excitation était bien réelle. Sur le papier, les ingrédients avaient tout pour plaire : un casse de lingots d’or, l’univers sombre des bas-fonds de Séoul, une ambiance nocturne hyper soignée et deux des actrices les plus bankables du moment. Pourtant, après visionnage, le soufflé retombe un peu. Project Y donne surtout l’impression d’être un film qui fait passer son esthétique bien avant son histoire.
Deux femmes sont amies et ont le même âge. Elles élaborent un plan audacieux pour voler 6 millions de dollars américains en lingots d'or et fuir la région.
Pour planter le décor, on suit Mi-seon et Do-gyeong, deux amies qui galèrent pour survivre dans les recoins les moins reluisants de Gangnam. L’une travaille comme hôtesse dans des bars privés, tandis que l’autre joue les chauffeuses pour des clients fortunés et franchement louches. Le point de bascule arrive lorsqu'elles se font arnaquer et perdent toutes leurs économies. Dos au mur, elles décident de braquer une cache contenant des montagnes de cash et des lingots d’or. Le problème ? Cet argent appartient à des criminels qui gèrent des paris truqués dans le milieu du basket-ball. Visuellement, le réalisateur ne rigole pas.
Dès les premières minutes, le film coche toutes les cases du néo-noir moderne. On plonge dans des rues inondées de néons colorés, des karaokés enfumés et des appartements baignés de lumières froides. La photographie est léchée, et la bande-son colle parfaitement à cette atmosphère urbaine étouffante. Certaines scènes nocturnes ont une vraie gueule et installent une identité visuelle forte. Mais une fois que l'on a admiré les images, on se rend vite compte que le scénario a du mal à suivre le rythme. La première partie du film tient plutôt bien la route, principalement grâce à l’énergie du duo d’actrices. Han So-hee et Jeon Jong-seo partagent une vraie alchimie à l’écran.
Leur complicité apporte une touche d'humanité bienvenue dans un monde où tout le monde se trahit pour un billet. Même quand leurs personnages prennent des décisions complètement stupides ou dangereuses, on comprend leur détresse. Han So-hee crève l’écran au début du film. Elle dégage un charisme naturel sans jamais donner l'impression de forcer. Le réalisateur s’appuie énormément sur elle, parfois même un peu trop, au point de construire des séquences entières juste pour la mettre en valeur au détriment de l'intrigue. Les choses se gâtent franchement dès que le casse est lancé. L’histoire commence à s’éparpiller et perd en cohérence.
Le scénario ouvre plein de pistes secondaires pour les abandonner en cours de route. Plusieurs personnages secondaires sont introduits avec insistance comme s'ils allaient jouer un rôle crucial, avant de disparaître de la circulation sans explications. De plus, les liens entre certains protagonistes restent flous trop longtemps, ce qui crée une confusion qui n'apporte absolument rien au récit. Le montage n'aide pas non plus. Le film essaie d'avancer à cent à l'heure, enchaînant les conflits et les rebondissements sans jamais laisser le temps aux scènes de respirer. À force de courir après le temps, le réalisateur dilue la tension.
C'est dommage, car une histoire de cavale et de survie au milieu de la pègre coréenne avait tout pour offrir un suspense insoutenable. C’est le gros point noir de Project Y : le film ne fait jamais vraiment peur. On nous montre des gangsters violents et une menace constante, mais on ne ressent jamais l’urgence ou la paranoïa propre aux grands thrillers. Les scènes de violence sont brutales, certes, mais elles semblent orchestrées pour le plaisir des yeux plutôt que pour bousculer le spectateur. Heureusement, le personnage de l’exécutrice en cuir noir, campé par Jung Young-joo, vient relever le niveau. Avec son crâne rasé et son calme terrifiant, elle apporte enfin le danger qui manquait tant, éclipsant des méchants masculins assez clichés.
On trouve quand même de bonnes idées de mise en scène par-ci par-là. Une séquence marquante autour d’une fosse remplie de goudron liquide montre ce que le film aurait pu être avec un script plus rigoureux. C’est dans ces moments-là que la frustration grandit, car on voit le potentiel gâché. Dès que Project Y tente de creuser ses thématiques profondes comme la précarité ou l’exploitation, il reste en surface. Pire, les héroïnes réagissent parfois comme des adolescentes perdues, ce qui colle assez mal avec la maturité que dégagent les actrices.
Le final confirme malheureusement cette sensation de gâchis. Alors que l'enjeu principal repose sur l'argent volé et la traque des mafieux, le scénario choisit de replacer le basket-ball au centre de l'intrigue lors d'un climax Censé être dramatique. Comme cet élément avait été survolé pendant deux heures, cette conclusion tombe complètement à plat et semble déconnectée du reste.
Note : 5/10. En bref, Project Y a voulu courir plusieurs lièvres à la fois. Il veut être un film de braquage, un drame social, un règlement de comptes mafieux et le portrait de deux femmes brisées. En refusant de choisir sa voie, il survole tout. Le film reste regardable pour sa beauté plastique et son duo d'actrices, mais il manque cruellement de fond pour marquer les esprits. C'est un joli emballage qui tourne malheureusement à vide.
Prochainement en France
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