6 Mai 2026
The Criminals // De David Mackenzie. Avec Aaron Taylor-Johnson, Theo James et Gugu Mbatha-Raw.
Le film de braquage, c'est un genre qu'on connaît par cœur. On a tous en tête les classiques du genre, alors quand un petit nouveau comme The Criminals pointe le bout de son nez, on l’attend au tournant. Sur le papier, la proposition est plutôt excitante. On nous promet un cocktail explosif à base de bombe, de vol de haut vol et de manipulations en série dans une ville qui respire la tension. Le film nous vend une mécanique de précision, un truc qui sort des sentiers battus pour nous surprendre. Et honnêtement, sur une bonne partie du trajet, le contrat est rempli. Le souci, c’est qu’il finit par caler avant d’atteindre la ligne d’arrivée.
La découverte d'une bombe non explosée de la Seconde Guerre mondiale dans un chantier de construction londonien, provoque une évacuation massive soit l'opportunité parfaite pour un hold-up.
Tout commence très fort. Le décor est posé en quelques minutes : une bombe est trouvée sur un chantier, c'est la panique, la police évacue tout le quartier. C'est le chaos parfait, le rideau de fumée idéal. Pendant que les gyrophares s'excitent d'un côté, une équipe de braqueurs avance ses pions de l'autre, dans le plus grand des calmes. Cette idée de détournement d'attention est super efficace. Ça crée une tension immédiate, on se demande comment ils vont réussir à se faufiler dans les failles du système alors que tout le monde regarde ailleurs. Ce qui est vraiment intéressant au début, c’est la façon dont le film est construit.
On n’est pas sur une narration toute tracée, bien sage. The Criminals avance par petits morceaux, en mélangeant les points de vue. En tant que spectateur, on n'est pas juste passif devant son écran. On doit faire l'effort de recoller les morceaux, de comprendre qui fait quoi et pourquoi. Ça donne un côté puzzle assez dynamique qui fait vraiment l’identité du film. On a l’impression d’être un peu dans le secret des dieux, ou au moins de participer activement à l’enquête. Le problème, c’est que cette ambition finit par se retourner contre le film. À force de vouloir être trop malin, de multiplier les pistes et les fausses directions, le scénario s'embrouille tout seul.
On finit par perdre ce fil conducteur qui nous tenait en haleine. Il y a des sous-intrigues qui débarquent de nulle part et qui repartent sans avoir été vraiment exploitées. Le rythme en prend un coup. On passe de moments très intenses à des phases de creux où le récit semble hésiter, comme s'il ne savait plus trop sur quel pied danser. Ce déséquilibre devient flagrant vers le milieu du film et casse l'immersion. Heureusement, le casting tient la route. On sent que les acteurs sont investis et ils ont des gueules de cinéma qui impriment bien l’écran.
Les confrontations entre les personnages principaux fonctionnent vraiment bien, il y a une électricité entre eux qui sauve pas mal de scènes où l'écriture est un peu plus faible. C’est juste dommage que tous les rôles ne soient pas traités avec le même soin. Certains personnages secondaires font un peu de figuration intelligente, on sent qu’il y avait de la matière pour creuser plus profond, mais le film préfère rester en surface pour ne pas perdre de temps. Visuellement, le réalisateur a choisi la sobriété. Pas de fioritures, pas d'effets de style inutiles, on mise sur l'efficacité pure. C’est un choix qui se respecte, surtout pour un thriller qui veut jouer la carte du réalisme et de la tension froide.
Mais du coup, le film manque un peu d’identité. On a parfois cette sensation de déjà-vu, avec des scènes d'action très propres mais un peu trop formatées. Il y avait sans doute moyen de prendre quelques risques visuels pour rendre l’ensemble plus mémorable, pour nous mettre une petite claque visuelle en plus du suspense. Au fond, le vrai souci de The Criminals, c’est son identité. Il oscille entre le pur film de braquage, le thriller psychologique et la réflexion sur la stratégie pure. Cette indécision se ressent tout au long du visionnage. Quand le film reste concentré sur son idée de base, il est vraiment solide. Mais dès qu’il essaie de devenir plus grand que son sujet, il s'éparpille.
C'est d'ailleurs flagrant avec les twists. Le film adore les retournements de situation, il y en a partout. Certains sont très bien vus et relancent la machine juste au moment où l'on commençait à décrocher. D’autres sont beaucoup plus téléphonés. Et le problème, c'est que quand on en fait trop, l'effet de surprise finit par s'user. Le dernier acte, qui devrait être l’apothéose, laisse un goût d'inachevé. On voit l'idée, on voit où ils voulaient en venir, mais l'exécution manque de ce petit grain de folie ou de cette précision chirurgicale qui fait les grands films. Même au niveau du rythme, c’est un peu les montagnes russes. Le film est assez court, ce qui est une bonne chose en soi, mais il parvient quand même à avoir des longueurs.
Certaines scènes s'étirent alors qu'on a déjà compris le message, tandis que des moments cruciaux sont expédiés en deux minutes. Ce manque de fluidité empêche d'être totalement happé par l'histoire du début à la fin. Alors, faut-il passer son chemin ? Pas forcément. The Criminals n'est pas un mauvais film, loin de là. Il y a une vraie envie de proposer autre chose, de bousculer un peu les codes du genre, et rien que pour ça, il mérite le coup d’œil. Le concept de départ est béton et on ne s’ennuie jamais vraiment. Il y a un côté ludique à regarder tous ces engrenages se mettre en place. Le constat final est un peu frustrant : on sent qu’on est passé à côté d’un grand thriller.
Note : 5/10. En bref, The Criminals avait tout ce qu’il fallait pour devenir une référence, mais il reste bloqué à l'étape du film sympa. On passe un bon moment, on apprécie l'audace de la structure, mais on sait déjà qu'on ne s'en souviendra plus forcément dans six mois. C’est un divertissement correct, une tentative intéressante qui manque juste d'un peu de maîtrise pour transformer l'essai. Si vous aimez les histoires de casses et les intrigues à tiroirs, ça fera le job pour une soirée, mais n'en attendez pas beaucoup plus.
Sorti le 6 mai 2026 au cinéma
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