11 Mai 2026
The Moment // De Aidan Zamiri. Avec Charli xcx, Rosanna Arquette et Alexander Skarsgård.
Avec The Moment, Charli XCX tente un virage serré vers le cinéma. Le pitch avait de quoi rendre curieux : un faux documentaire (ou mockumentary pour les intimes) qui filme la chanteuse en pleine explosion médiatique. On s’attendait à une plongée brute dans l’envers du décor, entre la pression des ventes, le chaos d’une tournée mondiale et cette fameuse quête de liberté créative qui semble s'évaporer dès que le succès frappe trop fort. Sur le papier, l'idée est solide. Mais une fois devant l'écran, le constat est plus mitigé : le film brasse beaucoup d'air et finit par tourner à vide.
Ce faux documentaire suit la vie d'une pop star à l'approche de sa première tournée.
Le concept du faux documentaire est un exercice de style périlleux. Pour que ça marche, il faut soit une dose massive de satire, soit une émotion tellement réelle qu’elle nous fait oublier le dispositif. Ici, The Moment semble avoir le cul entre deux chaises. Le récit hésite sans cesse. On passe d’une chronique intime à une parodie du show-business, avant de bifurquer vers un drame un peu nerveux qui voudrait imiter le style sous pression des frères Safdie. Le problème, c’est qu'à force de courir tous les lièvres à la fois, le film ne rattrape aucune direction claire. L’intrigue nous parachute dans la vie d’une version romancée de Charli XCX, juste après le raz-de-marée de son album Brat.
On assiste au montage d’une tournée gigantesque où tout le monde veut sa part du gâteau. Les agents, les producteurs et les sponsors tournent autour d’elle comme des vautours. C’est le portrait classique d’une artiste devenue une marque malgré elle. Pourtant, malgré tout ce tumulte, ce qui se passe à l’écran reste désespérément en surface. On nous montre le stress, mais on ne le ressent pas vraiment. Le film insiste lourdement sur cette agitation permanente, cet épuisement de chaque instant. Mais les scènes finissent par se ressembler. On passe un temps infini dans des réunions sur le merchandising ou sur des partenariats pour une carte bancaire. Si l’idée était de dénoncer l'absurdité du business, c’est raté : le film reste trop sage.
Là où on attendait une critique acide et mordante, on se retrouve avec des séquences qui s'étirent sans jamais vraiment décoller. Ce qui manque le plus, c’est sans doute une connexion émotionnelle. Le format se veut immersif, mais il nous tient à distance. Charli XCX joue une version d'elle-même assez froide, presque robotique. C’est peut-être un choix délibéré pour souligner son détachement face à la célébrité, mais le résultat est qu’on se fiche un peu de ce qui lui arrive. Derrière les néons et les crises de nerfs, on n'arrive jamais à percer la carapace pour comprendre ce qu'elle ressent vraiment. C’est d’autant plus dommage que le parcours de Charli XCX est fascinant.
Elle a réussi à naviguer entre les tubes radio des années 2010 et une scène underground beaucoup plus pointue pour redevenir une icône pop mondiale. Le film effleure ce sujet, mais ne creuse rien. Il parle de la célébrité comme d'un concept abstrait sans jamais montrer comment elle transforme réellement un être humain de l’intérieur. Visuellement, le réalisateur tente de masquer ce manque de fond par une mise en scène hyper nerveuse. C’est filmé à l’épaule, le montage est haché, les couleurs sont saturées. On essaie de nous vendre une urgence permanente, mais cette énergie semble artificielle. Au bout d'une heure, cette agitation devient monotone, voire fatigante.
Le rythme lui-même est assez décousu : il ne se passe pas grand-chose de concret et l’histoire avance sans véritable but dramatique. On a parfois l’impression de regarder des séquences improvisées qui n’apportent rien au récit global. Heureusement, quelques seconds rôles sauvent les meubles. Alexander Skarsgård s'en tire très bien en réalisateur opportuniste. Il apporte une touche d'humour et un malaise bienvenu dans un film qui se prend parfois un peu trop au sérieux. Les apparitions de Kylie Jenner, Rachel Sennott ou Arielle Dombasle ressemblent malheureusement plus à des caméos de luxe qu’à de vrais personnages. Ils font acte de présence, mais leurs rôles n’ont aucune épaisseur.
Au final, The Moment manque de mordant. On sent que le film a peur de bousculer le système dont il fait partie. C’est là tout le paradoxe : il essaie de critiquer une industrie tout en utilisant les mêmes ficelles marketing. Le plus surprenant reste l’absence totale de plaisir. Charli XCX incarne d'habitude une pop festive et provocatrice. Ici, tout est lourd et froid. Le film installe une tension constante mais ne libère jamais l'énergie qu'on attendait.
Note : 4/10. En bref, pour les fans inconditionnels, cela restera peut-être un objet de curiosité à collectionner. Pour les autres, c’est un projet un peu creux qui ne justifie pas vraiment son passage au cinéma. The Moment aurait pu être une satire mémorable sur notre époque. À l'arrivée, ce n'est qu'un long making-of un peu terne qui tourne en rond autour de son sujet sans jamais réussir à le saisir.
Sorti le 10 mai 2026 directement en VOD
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