21 Mai 2026
Timestalker // De Alice Lowe. Avec Alice Lowe, Jacob Anderson et Nick Frost.
Dans le paysage cinématographique actuel, trouver un film qui sort vraiment des sentiers battus devient un petit exploit. Timestalker fait indéniablement partie de cette catégorie d'œuvres bizarres qui ne laissent personne indifférent. Réalisé par Alice Lowe, ce long-métrage mélange romance, réincarnation et comédie noire dans un délire visuel totalement assumé. Le pitch donne tout de suite envie : une femme se retrouve condamnée à revivre plusieurs vies à travers les siècles, systématiquement attirée par le même homme, et toujours destinée à mourir à cause de cette obsession dévorante.
Du dix-septième siècle au vingtième siècle, Agnès se réincarne de lieu en lieu et d’époque en époque en commettant toujours la même erreur : tomber amoureuse du même homme.
Sur le papier, le concept avait tout pour accoucher d'un chef-d'œuvre pop et culte. Dans la réalité, le résultat final s'avère beaucoup plus mitigé, malgré une personnalité évidente et de vraies bonnes idées. L'histoire s'articule autour d'Agnes, jouée par Alice Lowe elle-même. Après chaque mort violente, elle se réincarne à une autre époque. À chaque fois, son chemin croise celui d'Alex, incarné par Aneurin Barnard, et une fascination immédiate s'empare d'elle. Peu importe le siècle ou le contexte social, cet amour toxique et obsessionnel cause sa perte. Au départ, ce principe de boucle temporelle historique fonctionne plutôt bien.
Les premières séquences, situées dans l'Écosse du dix-septième siècle, installent une ambiance étrange et décalée. La réalisation s'amuse avec l'absurde, les dialogues grinçants et les morts outrancières. Le film réussit alors à jongler habilement entre humour noir et sensation de malaise. Le vrai problème du film réside dans sa structure. Passé la surprise des premiers chapitres, le scénario répète la même mécanique en boucle sans jamais faire évoluer les enjeux dramatiques. Agnes rencontre Alex, tente une approche, la situation dérape, elle meurt, puis le cycle redémarre un siècle plus tard. À force de répétitions, le procédé s'épuise et le film perd progressivement toute sa force émotionnelle.
Heureusement, Alice Lowe porte littéralement le projet sur ses épaules. Même quand le rythme s'essouffle, l'actrice insuffle une énergie brute à son personnage, oscillant en permanence entre fragilité, douce folie et détermination maladive. Agnes n'est pas forcément attachante au sens classique du terme, mais elle reste fascinante à observer. Les habitués du cinéma d'Alice Lowe, notamment ses précédents travaux comme Prevenge ou Sightseers, reconnaîtront immédiatement cette touche britannique si particulière, à la fois absurde et volontairement inconfortable. Le reste du casting ne démérite pas. Nick Frost enchaîne les apparitions dans des rôles secondaires bizarres et apporte une légèreté bienvenue.
Jacob Anderson crève l'écran et possède une présence magnétique, parfois plus intrigante que les enjeux principaux de l'intrigue. On regrette d'ailleurs que plusieurs rôles manquent cruellement de profondeur. Le scénario effleure des relations prometteuses sans jamais prendre le temps de les développer. On a parfois la sensation désagréable d'un film qui veut aborder mille sujets à la fois sans en approfondir aucun. Visuellement, Timestalker s'en sort très bien malgré un budget visiblement serré. La direction artistique constitue l'un des points forts de l'œuvre. Chaque époque historique possède sa propre identité visuelle, portée par des costumes soignés et une esthétique bien définie.
Le film tente constamment de proposer des images fortes, notamment lors des segments historiques ou des séquences plus psychédéliques. La photographie donne une vraie signature visuelle au projet, même si certains filtres colorés ou effets visuels pourront sembler un poil excessifs. L'économie du film se rappelle pourtant parfois à notre bon souvenir, brisant un peu la magie. La portion de l'histoire censée se dérouler à New York manque par exemple totalement de crédibilité. Les décors sonnent faux et on peine à croire à cette grande métropole américaine, ce qui nuit à l'immersion.
Par moments, le côté cinéma indépendant expérimental prend le dessus sur la narration, et certaines scènes semblent exister uniquement pour leur bizarrerie graphique plutôt que pour faire avancer l'histoire. Vendu comme une comédie romantique noire, Timestalker déçoit un peu sur le terrain de l'humour. Les éclats de rire se font rares et les gags fonctionnent de manière très irrégulière. Si l'absurde fait mouche au début, la lassitude s'installe à cause du manque de renouvellement des situations. Le film hésite constamment entre les genres, refusant de choisir une direction claire. Ce n'est jamais tout à fait une histoire d'amour, jamais vraiment une satire sociale, et pas non plus un pur film de science-fiction.
Cette indécision permanente crée une distance froide entre le spectateur et l'écran. Alice Lowe tente bien d'intégrer des thématiques fortes comme le patriarcat, la dépendance affective ou le libre arbitre face au destin. Ces pistes de réflexion restent malheureusement trop superficielles. Le dernier tiers du film risque d'ailleurs de laisser une partie des spectateurs sur le côté. Le récit s'embrouille, multiplie les métaphores visuelles et les scènes symboliques sans réussir à leur donner un sens concret. De nombreuses questions restent en suspens et certains choix scénaristiques tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. Au final, malgré ses défauts évidents de rythme et d'écriture, Timestalker reste une proposition de cinéma singulière qu'on oublie pas facilement.
Alice Lowe livre une œuvre sincère, profondément personnelle et joyeusement bizarre, bien loin des productions hollywoodiennes calibrées. Le film possède un vrai charme grâce à son concept initial, son actrice principale habitée et une ambiance visuelle marquante qui détonne dans le fantastique actuel. Il est simplement dommage que l'exécution ne soit pas tout à fait à la hauteur de l'ambition. La narration tourne en rond, l'humour s'étiole et le film finit par lasser à force de répéter sa formule. Timestalker plaira sans doute aux amateurs de curiosités cinématographiques indépendantes et d'humour noir à l'anglaise. Pour les autres, cette boucle temporelle risquera surtout de sembler un peu longue et confuse. Une œuvre imparfaite, qui laisse le sentiment frustrant d'un excellent potentiel à moitié exploité.
Note : 4/10. En bref, Timestalker séduit par son concept original de réincarnation amoureuse et l'énergie débordante d'Alice Lowe, le tout enveloppé dans une esthétique soignée malgré un petit budget. Malheureusement, le film s'essouffle rapidement à cause d'une structure narrative trop répétitive et d'un humour inégal qui finissent par laisser une impression d'inachevé.
Prochainement en France en SVOD
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