Critiques Séries : Criminal Minds: Evolution. Saison 4. Episode 1.

Critiques Séries : Criminal Minds: Evolution. Saison 4. Episode 1.

Criminal Minds: Evolution // Saison 4. Episode 1. Now and Then.

 

Après une saison passée totalement étouffée par l'ombre d'Elias Voit, Criminal Minds: Evolution entame sa quatrième saison — ou la A9e pour les puristes qui comptent depuis les débuts sur CBS — avec une ambition claire : souffler un peu. Ce premier épisode, sobrement intitulé Now and Then, tente une manœuvre délicate en revenant à une formule plus traditionnelle, celle de l'enquête bouclée de la semaine, tout en essayant de ne pas lâcher les fils rouges qui traînent depuis des années. Le résultat est un entre-deux bizarre, parfois hyper efficace, parfois un peu lourd. L'histoire reprend un an après le dénouement de la traque de la Disciple et la mise hors d'état de nuire de Voit. 

 

La première chose qui saute aux yeux, c'est l'état d'épuisement de l'équipe. Le BAU ne va pas bien, ou du moins, il fatigue. David Rossi est encore complètement hanté par ses démons et ses face-à-face avec Voit, Emily Prentiss craque sous la pression politique et l'hystérie des médias, tandis que Tara Lewis s'entête à passer ses journées en cellule pour interroger leur pire ennemi. C'est là tout le paradoxe de ce début de saison. La série affiche une volonté farouche d'avancer et de passer à autre chose, mais elle reste désespérément aimantée par son grand méchant. Ce choix va clairement diviser. Elias Voit est partout, même quand il n'est pas à l'écran. 

Alors oui, Zach Gilford est toujours aussi magnétique et flippant dans le rôle, mais on commence à ressentir une vraie lassitude. À force de tirer sur la corde, l'intrigue donne l'impression de faire du surplace. On tourne en rond dans les couloirs de la prison, et on se demande si les scénaristes ont encore des choses à dire sur lui ou s'ils ont juste trop peur de s'en séparer. Heureusement, l'épisode se rattrape en redonnant vie à ce qui faisait le sel de la série originale : le travail d'équipe sur le terrain. Voir les agents se séparer pour mener l'enquête redynamise immédiatement un show qui s'était un peu enfermé dans des huis clos psychologiques ces derniers temps. 

 

Luke et Tyler font le job à l'extérieur, JJ apporte un soutien indispensable à une survivante, pendant que Rossi et Prentiss grattent le passé pour dénicher l'origine des crimes. Cette construction chorale redonne du rythme et évite de s'ennuyer, rappelant les meilleures heures du BAU. Pour autant, l'enquête du jour n'est pas irréprochable. En s'attaquant à des sujets aussi graves que les violences sexuelles et l'emprise psychologique, l'écriture manque franchement de finesse. On a parfois l'impression que la série cherche le choc visuel gratuit plutôt que la vraie tension psychologique. Criminal Minds a toujours été sombre, mais elle brillait par son analyse fine du comportement humain. 

Ici, plusieurs séquences lorgnent carrément vers le thriller horrifique pur et dur, délaissant le profilage pur au profit d'une ambiance glauque. C'est le grand virage pris depuis le passage sur Paramount+ avec l'étiquette Evolution. La réalisation est plus soignée, plus cinématographique, presque poisseuse, avec une photo qui rappelle le cinéma d'horreur rétro des années soixante-dix. Visuellement, c'est vraiment réussi et ça donne une vraie identité visuelle au show. Le problème, c'est que cette débauche de style se fait parfois au détriment de la cohérence. Certaines réactions de personnages secondaires ou de victimes semblent totalement artificielles, dictées par le besoin de faire avancer le script plutôt que par une logique humaine. 

 

Les dialogues, par moments, sonnent un peu faux. Là où l'épisode touche juste, c'est dans sa gestion de l'humain et des blessures intimes de ses héros historiques. Le deuil de JJ, qui doit avancer sans Will, donne lieu à des moments suspendus très touchants. Les scènes de déménagement, son duo indéboulonnable avec Garcia, tout cela rappelle que la force de cette franchise réside avant tout dans l'attachement qu'on a pour ces personnages qu'on suit depuis deux décennies. Ces respirations font un bien fou au milieu de toute cette noirceur. On ne peut pas s'empêcher de noter, encore et toujours, que l'absence de Spencer Reid crée un grand vide. 

Les interventions de Reid permettaient d'apporter une caution intellectuelle, des anecdotes culturelles ou des pas de côté qui aéraient les scripts. Aujourd'hui, les conversations tournent en boucle autour des traumatismes personnels et des statistiques pures sur les tueurs en série, ce qui rend l'ambiance globale assez lourde et uniforme. Même en revenant à un format d'enquête classique, la dynamique de groupe sonne un peu creuse sans lui. Le vrai point fort de ce retour reste la figure de la survivante. Toute la partie centrée sur ses souvenirs et sa reconstruction est d'une grande justesse. La caméra se pose enfin, devient plus intime, plus sobre, et laisse parler l'émotion brute plutôt que l'horreur. 

 

C'est exactement dans ce genre de moments que Criminal Minds se souvient de ce qu'elle est au fond : une série sur les victimes autant que sur les monstres. De plus, le rebondissement final concernant les ravisseurs apporte une vraie touche de perversité bienvenue qui relance l'intérêt de l'intrigue au moment où l'on craignait que tout devienne trop prévisible.

 

Note : 5.5/10. En bref, ce lancement de la saison 4 laisse une impression partagée mais globalement positive. On sent une vraie prise de conscience des limites du format ultra-feuilletonnant de ces dernières années et un désir sincère de renouer avec les fondamentaux. L'équilibre n'est pas encore parfait, la série traînant encore le boulet de ses intrigues passées et de son obsession pour Voit, mais l'effort est là. Reste à voir si la suite confirmera ce retour aux sources ou si Criminal Minds: Evolution restera prisonnière de sa propre noirceur moderne.

Prochainement sur Paramount+

 

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