20 Mai 2026
Après une première salve d'épisodes qui s'apparentait surtout à un divertissement du dimanche après-midi, idéal à regarder d'un œil distrait, la série Death Valley revient pour une deuxième saison. Le constat est rapide : la production galloise ne change pas grand-chose à sa recette. C'est peut-être d'ailleurs exactement son objectif. Toujours portée par son duo improbable formé par John Chapel et Janie Mallowan, la série continue de dérouler ses enquêtes comme un vieux rituel télévisuel rassurant. Elle avance tranquillement sur les rails qu’elle s’est elle-même imposés, sans jamais chercher à en dévier.
Ces six nouveaux épisodes reprennent l'histoire là où nous l'avions laissée. Janie a décroché sa promotion, mais elle garde cette maladresse sociale qui fait tout son charme. De son côté, John Chapel, l'ancienne star de télévision devenue consultant pour la police locale, semble prendre ses aises dans son costume d'enquêteur improvisé. Les scénaristes s'amusent d'ailleurs beaucoup avec cette dynamique. Chapel ne résout pas les enquêtes à la manière d’un détective traditionnel. En réalité, il aborde chaque affaire comme s'il répétait une pièce de théâtre. Pour lui, chaque suspect potentiel devient un personnage de composition et chaque révélation finale se transforme en une mise en scène dramatique.
Cette manière d'aborder l'enquête policière donne un ton très particulier à l'ensemble. Par moments, Death Valley s'apparente presque à une parodie affectueuse des séries policières britanniques classiques. Les déductions du duo s'avèrent parfois si théâtrales qu’elles flirtent ouvertement avec l’absurde. Pourtant, le show sait parfaitement ce qu’il fait. L'écriture ne cherche pas à cacher que les intrigues sont exagérées, que les rebondissements manquent parfois de naturel ou que certaines répliques servent uniquement de prétexte pour laisser Timothy Spall cabotiner à l’écran. C’est justement cette lucidité qui permet à la série de tenir la route.
Même si les enquêtes policières proprement dites s'avèrent globalement assez faiblardes, le tandem d'acteurs principaux parvient à sauver la mise à lui tout seul. Timothy Spall s'en donne à cœur joie dans la peau de cet acteur vieillissant et imbu de lui-même, incapable de passer cinq minutes sans évoquer sa gloire passée à la télévision. Son personnage s'exprime constamment comme s'il faisait face à une salle comble, qu'il soit en train d'interroger un suspect au fond d'une ruelle sombre ou de ramasser des déchets en gilet jaune fluo lors de travaux d'intérêt général. Un tel profil pourrait vite devenir agaçant, mais l'acteur y injecte une bonne dose d'autodérision qui rend le personnage supportable et même attachant.
En face, Gwyneth Keyworth conserve cette énergie un peu brouillonne qui rend son personnage de Janie très sympathique. La relation qui unit ces deux êtres reste le véritable moteur de l'histoire. Les enquêtes criminelles passent souvent au second plan derrière leurs joutes verbales, leurs piques bien senties et cette complicité bizarre qui grandit malgré leur agacement mutuel. Cette deuxième saison apporte en plus un peu de piment en développant les interactions entre Chapel et la mère de Janie, ce qui donne lieu à des moments de gêne plutôt réussis. Le revers de la médaille, c'est que la série conserve les défauts de ses débuts. Les affaires criminelles manquent cruellement de relief.
Qu'il s'agisse d'un meurtre sur un chantier communautaire, d'une rivalité entre chefs dans une station balnéaire ou d'une affaire au sein d'une communauté alternative, le spectateur a surtout l'impression de voir défiler de jolis décors pittoresques plutôt que de suivre de vrais mystères captivants. On devine l'identité des coupables bien trop vite, les motivations restent superficielles et les résolutions tombent souvent du ciel, portées par des intuitions magiques. Cependant, la série refuse de se prendre au sérieux, et c'est ce qui la sauve du naufrage. C'est aussi ce qui la sépare d’autres productions policières britanniques actuelles qui misent tout sur la noirceur, la psychologie lourde ou les drames sociaux.
Ici, le crime devient un simple décor. Le but affiché est de passer trois quarts d'heure dans un petit village du Pays de Galles en compagnie de personnages excentriques et de dialogues un peu fous. L'autodérision va parfois assez loin, puisque plusieurs personnages secondaires critiquent ouvertement les manies théâtrales de Chapel. Le show s'auto-analyse en direct. Il sait qu'il recycle des ficelles usées du genre cosy crime, mais au lieu de masquer ses faiblesses, il choisit de s'en amuser. Tout n'est pas parfait pour autant. Certains épisodes donnent l'impression de tourner en rond et le rythme général s'avère parfois un peu trop lâche. La réalisation manque globalement de personnalité visuelle : l'image est propre, mais elle s'oublie vite.
Malgré ces bémols, la saison se regarde sans effort. Death Valley assume son statut de divertissement léger, sans prétention. Elle ne veut pas révolutionner le genre, mais simplement offrir une routine confortable et un brin nostalgique. La série trouve sa place non pas dans le suspense, mais dans sa capacité à proposer une télévision simple, qui accepte son propre ridicule sans chercher à impressionner à tout prix. Au final, cette deuxième saison s’inscrit dans la digne lignée de la première. Le charme discret du tandem fonctionne assez pour donner envie d'aller au bout des six épisodes.
C'est typiquement le genre de programme idéal pour un dimanche de pluie, confortablement installé dans son canapé. Une série qui ne marquera pas l'histoire de la télévision, mais qui remplit parfaitement son contrat de divertissement sans prise de tête.
Note : 5/10. En bref, cette deuxième saison de Death Valley ne révolutionne rien et propose des enquêtes policières assez faibles, mais elle assume totalement son statut de divertissement léger et prévisible. Le show vaut avant tout pour son cadre gallois pittoresque et pour la formidable complicité de son duo d'acteurs, qui transforme ce polar un peu bancal en un rituel télévisuel confortable et plein d'autodérision.
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