20 Mai 2026
Vouloir adapter Man on Fire après le film culte de Tony Scott avec Denzel Washington, c'était un pari franchement risqué. Pourtant, Netflix tente le coup en transformant cette histoire de vengeance en une série plus large, plus politique, et surtout plus ancrée dans la réalité d'aujourd'hui. Après avoir regardé les deux premiers épisodes de cette saison 1, on sent que le show cherche à tracer sa propre route, même si tout n'est pas encore parfait. Pour commencer, la série change radicalement d'ambiance en posant ses valises à Rio de Janeiro, abandonnant le Mexique du film de 2004. Ce changement de décor fait un bien fou.
Autrefois mercenaire hautement qualifié des forces spéciales, connu pour avoir survécu aux situations les plus désespérées, Creasy est aujourd'hui tourmenté par un syndrome de stress post-traumatique intense. Déterminé à vaincre ses démons personnels, il se lance sur le chemin de la guérison. Mais avant même qu'il ait pu s'adapter à cette nouvelle vie, il se retrouve à nouveau dans le feu de l'action, se battant plus fort que jamais.
On plonge dans une ville électrique, en pleine période électorale, où la tension sociale est palpable à chaque coin de rue. Visuellement, le réalisateur Steven Caple Jr. s'amuse à filmer le contraste entre les quartiers ultra-modernes et la réalité des zones plus populaires. On se retrouve plongé dans une ambiance qui rappelle les thrillers paranoïaques du début des années 2000, où le danger ne vient pas seulement des criminels de rue, mais des liaisons dangereuses entre la politique, la sécurité privée et les groupes armés. Au milieu de ce chaos, on découvre un John Creasy bien différent de celui qu'on connaissait. Ici, il n'est pas juste un homme fatigué ou blasé par la vie. Il est en miettes.
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Traumatisé par une ancienne mission de la CIA qui a fini en bain de sang, il gère comme il peut son stress post-traumatique entre les cauchemars, les médocs et l'alcool. Yahya Abdul-Mateen II s'en sort d'ailleurs très bien dans le rôle. Là où Denzel Washington imposait un calme olympien et un contrôle absolu, Yahya joue un Creasy beaucoup plus à fleur de peau, nerveux et instable. C'est un choix intelligent pour le format série, car cela donne de la matière pour raconter sa reconstruction sur la longueur. Le premier épisode prend le temps d'installer le décor. Creasy débarque à Rio pour aider son ancien pote Rayburn à sécuriser des sites sensibles avant l'élection présidentielle.
Mais les choses dérapent très vite. Un attentat frappe la famille de Rayburn et fait basculer toute l'histoire. C'est là que Poe, la fille adolescente de Rayburn, entre en scène. Témoin clé de l'attaque, elle devient la cible à abattre. La relation qui se noue entre Creasy et Poe est clairement le point fort de ce début de saison. La série évite le piège des sentiments sortis de nulle part ou du syndrome du sauveur instantané. Leurs premiers échanges sont froids, maladroits, presque forcés, ce qui rend leur rapprochement beaucoup plus réaliste. Poe n'est pas la gamine sans défense habituelle ; elle a son caractère, elle est impulsive, et ce duo dysfonctionnel fonctionne vraiment bien à l'écran.
Le deuxième épisode passe à la vitesse supérieure et enchaîne les scènes d'action. Après une tentative ratée de renvoyer Poe aux États-Unis, le convoi puis l'avion se font attaquer. On comprend vite, en même temps que Creasy, que les institutions brésiliennes sont corrompues jusqu'à la moelle et que la menace vient de l'intérieur. Côté action, la mise en scène reste nerveuse mais toujours lisible. Pas d'explosions hollywoodiennes à outrance pour l'instant, la série préfère une violence brute, sèche et réaliste, ce qui colle parfaitement à l'ambiance générale. Au milieu de toute cette paranoïa, le personnage de Valeria Melo apporte une vraie respiration.
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Présentée d'abord comme une simple chauffeuse, elle prend de l'épaisseur et offre un regard plus humain sur la vie à Rio, loin des complots militaires et politiques. Sa complicité naissante avec Creasy permet de souffler un peu entre deux scènes de tension. Bien sûr, tout n'est pas encore parfait dans ces deux premiers épisodes. La série souffre parfois de dialogues un peu trop explicatifs qui coupent le rythme, comme si elle avait peur que le spectateur se perde dans l'intrigue. De plus, certains rebondissements sont assez téléphonés. Si vous êtes un habitué des thrillers politiques, vous devinerez assez vite qui cache quoi, car les indices sont parfois un peu trop visibles.
Un autre point qui pourra diviser est le rythme de la progression de Creasy. Il ne se transforme pas en machine à tuer redoutable dès le deuxième épisode. Il hésite, il fait des erreurs, il se fait parfois déborder par la situation. C'est excellent pour l'épaisseur psychologique du personnage, mais ceux qui s'attendent à un festival d'action non-stop risquent de trouver le temps un peu long. Au final, ce début de saison de Man on Fire pose des bases solides. La série navigue pour l'instant entre le drame psychologique intime et la grosse machination politique. Le duo principal porte l'histoire avec brio et l'ambiance de Rio de Janeiro donne une vraie identité visuelle au projet.
Il ne reste plus qu'à espérer que la suite de la saison saura densifier son complot sans perdre ce qui fait le sel de ces premiers épisodes : cette relation fragile et touchante entre un homme brisé et une gamine traquée au milieu d'un monde où l'on ne peut faire confiance à personne.
Note : 6.5/10. En bref, en déplaçant son action à Rio, cette adaptation de Man on Fire délaisse la simple vengeance explosive pour construire un thriller politique plus sombre, porté par un Yahya Abdul-Mateen II convaincant en homme brisé. Malgré quelques longueurs et des ficelles un peu grosses, l'alchimie naissante entre Creasy et sa jeune protégée donne envie de démêler les fils de ce complot brésilien.
Disponible sur Netflix
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