Hacks (Saison 5, 10 épisodes) : l'heure du bilan pour Deborah et Ava

Hacks (Saison 5, 10 épisodes) : l'heure du bilan pour Deborah et Ava

Le rideau tombe sur Hacks. Après plusieurs années passées à disséquer les coulisses du stand-up et du show-business, la série tire sa révérence avec une cinquième saison de dix épisodes. Pas question ici de réinventer la poudre ou de tenter un virage à 180 degrés qui n'aurait aucun sens. Cette ultime salve d'épisodes se concentre sur ce qui a toujours fait le sel du show : un sens de la formule qui fait mouche, des personnages d'une richesse rare et, surtout, ce duo électrique entre Deborah Vance et Ava Daniels. La saison précédente s'était achevée sur des choix narratifs un peu risqués, laissant flotter un parfum d'incertitude sur l'avenir de nos deux héroïnes. 

 

On pouvait légitimement se demander comment les scénaristes allaient recoller les morceaux. La réponse ne se fait pas attendre. Dès le départ, cette saison 5 remet l'église au milieu du village et se recentre immédiatement sur l'ADN profond de la série. C'est l'histoire de deux femmes que tout oppose, mais qui ne peuvent pas vivre l'une sans l'autre. Depuis le tout premier épisode, la relation entre Deborah et Ava ressemble à un immense grand huit émotionnel. On passe en un claquement de doigts de l'admiration pure et simple à la rivalité la plus toxique, le tout saupoudré d'une dépendance mutuelle assez fascinante. Dans cette dernière saison, leur lien prend une trajectoire beaucoup plus mûre, sans pour autant perdre son piquant légendaire.

 

Deborah se retrouve face au plus grand défi de sa vie professionnelle : sculpter son héritage. Après avoir connu les sommets, mordu la poussière, puis orchestré son propre retour en grâce, elle refuse catégoriquement de laisser ses derniers échecs définir sa carrière. Cette quête de reconnaissance ultime sert de fil conducteur à toute la saison et donne une impulsion fantastique au récit. En face, Ava n'est plus la petite autrice idéaliste et un peu paumée des débuts. Elle a pris du galon, de l'assurance, et elle sait enfin ce qu'elle vaut. Les scénaristes ont toutefois eu la bonne idée de ne pas transformer la jeune femme en une héroïne parfaite et invincible du jour au lendemain. 

 

Ava doute encore, elle commet des erreurs et s'enfonce parfois dans ses propres contradictions. C'est précisément ce qui rend son évolution si humaine et crédible. Ce qui frappe dans ces derniers épisodes, c'est la fluidité des interactions. Les disputes et les piques assassines sont toujours bien présentes, pour notre plus grand plaisir, mais le sous-texte a changé. On sent que le respect mutuel a pris le dessus sur la rancœur. Elles se connaissent par cœur, s'acceptent avec leurs failles, et cette complicité crève l'écran. Si la série a parfois pu donner l'impression de ronronner par le passé, cette saison finale retrouve l'énergie folle de ses débuts. Le rythme est soutenu, mais les créateurs prennent le temps de développer chaque enjeu. 

 

On avance avec un but précis, sans jamais ressentir l'urgence un peu artificielle de boucler l'histoire à la va-vite. L'absence de nostalgie larmoyante fait un bien fou. Deborah court après un nouveau sommet professionnel, tandis qu'Ava tente de s'imposer définitivement dans un milieu qui ne fait pas de cadeaux. Ce double mouvement permanent empêche la série de regarder fixement dans le rétroviseur. La grande force de Hacks réside aussi dans sa galerie de personnages secondaires. Les scénaristes ne les oublient pas en chemin et leur offrent de vrais moments de gloire. Qu'il s'agisse de Jimmy et Kayla, toujours aussi drôles et improbables, de Marcus ou de DJ, chacun trouve sa juste place dans le récit. 

 

Ils ne servent pas uniquement de faire-valoir pour meubler le temps d'antenne, ils apportent un éclairage indispensable sur les thématiques globales de la série, comme la solitude du pouvoir ou la difficulté de concilier vie privée et ambition dévorante. Hacks est une série intelligente qui aborde des sujets profonds, mais elle n'oublie jamais sa nature profonde : c'est une pure comédie. Cette cinquième saison enchaîne les situations absurdes, les dialogues ciselés au millimètre et les moments de comédie purement visuelle. Certains segments osent même une légèreté totale avant de basculer à nouveau vers des moments beaucoup plus intimes.

 

Cette science de l'équilibre est une véritable démonstration de force. Les scènes d'émotion fonctionnent si bien parce qu'elles surgissent au milieu d'un univers profondément drôle et cynique. On évite ainsi les pièges du mélodrame facile et les grands discours moralisateurs. La série traite du vieillissement, de la célébrité à l'ère des réseaux sociaux, des coulisses souvent ingrates de la création et des mutations technologiques d'une industrie en crise. Tout cela est fait avec finesse, sans jamais alourdir le texte ni transformer les personnages en porte-parole d'une cause. Une saison finale implique forcément de jeter quelques coups d'œil en arrière. 

 

Hacks s'en sort admirablement bien en évitant le piège du fan service gratuit. Les références aux saisons précédentes s'intègrent parfaitement à l'intrigue globale. Certains arcs narratifs que l'on croyait oubliés trouvent une conclusion logique, et le retour de visages connus permet de boucler la boucle de manière organique. On réalise alors à quel point chaque étape de ces cinq années de narration était connectée. La série ne cherche pas à choquer ou à multiplier les rebondissements de dernière minute, elle mise tout sur la cohérence de son univers. Impossible de clore cette critique sans saluer la performance du duo central. Jean Smart insuffle à Deborah Vance une énergie et une nuance incroyables. 

 

Elle parvient à rendre cette diva odieuse, touchante, vulnérable et terriblement attachante, parfois dans la même scène. Hannah Einbinder confirme de son côté qu'elle est bien plus qu'une simple réplique face à une légende d'Hollywood. Son jeu s'est densifié au fil des années, lui permettant de passer du sarcasme le plus total à une détresse silencieuse avec une aisance déconcertante. Leur alchimie reste le moteur principal du show et ne montre aucun signe de fatigue après cinq ans de collaboration intensive. Finir une série est un art difficile. Beaucoup se prennent les pieds dans le tapis en voulant trop en faire. Hacks choisit la sobriété et le respect total de ses spectateurs. 

 

Les derniers épisodes prennent le temps d'analyser les retombées de chaque décision prise par les personnages. L'émotion pointe le bout de son nez, mais elle reste toujours juste, jamais forcée. Sans rien dévoiler des toutes dernières minutes, la fin donne un sentiment de continuité assez poétique. Les portes ne se referment pas brutalement sur un clap de fin définitif. On comprend simplement que les personnages entament une nouvelle page de leur existence, et que notre voyage à leurs côtés s'arrête ici.

 

Note : 9.5/10. En bref, cette cinquième saison de Hacks remplit son contrat au-delà des espérances. C'est une conclusion d'une grande cohérence pour un show qui a toujours privilégié l'humain et l'écriture fine. Drôle, piquante et terriblement juste, la série s'en va par la grande porte en nous rappelant pourquoi on l'a tant aimée.

Disponible sur HBO max

La saison 5 de Hacks est la dernière de la série. 

 

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