12 Mai 2026
On attendait de voir si cette deuxième saison de La Meneuse allait enfin passer la vitesse supérieure. Après une première salve d’épisodes qui posait les bases d’un univers entre parquet de basket et bureaux feutrés, la série revient sur Netflix avec la ferme intention de rester fidèle à elle-même. Le problème, c’est que rester fidèle à soi-même, quand on a des défauts de fabrication, ça finit par se voir. Si vous avez aimé l’ambiance un peu électrique et le chaos des Gordon l’année dernière, vous ne serez pas dépaysés. Mais si vous espériez que la série gagne en profondeur, préparez-vous à une légère pointe de frustration.
L'histoire reprend exactement là où on l'avait laissée, ou presque. Isla Gordon est toujours à la tête des Los Angeles Waves, et elle passe toujours 80 % de son temps à essayer de prouver qu’elle n’est pas là par pur népotisme. C’est un peu le cœur du réacteur, mais c’est aussi ce qui commence à coincer. On a l’impression que les enjeux n’ont pas bougé d’un iota. La pression est là, les doutes aussi, mais le disque raye un peu. Dix épisodes, c’est court, et pourtant, on a parfois le sentiment de faire du surplace. La série nous ressort la même recette : une crise interne, une maladresse d’Isla, une engueulade familiale, et on recommence.
C’est efficace pour passer le temps un dimanche après-midi, mais en termes d’évolution narrative, on repassera. On attendait un déclic, un vrai changement de paradigme pour Isla ou pour la franchise, mais les scénaristes semblent avoir eu peur de bousculer un équilibre qui, selon eux, fonctionne bien. C’est le grand paradoxe de La Meneuse. On nous vend une série sur les coulisses d’une équipe de NBA (ou plutôt son équivalent fictif), mais le sport n’est qu’un prétexte. Si vous cherchez de l'analyse tactique ou une immersion brute dans le quotidien des athlètes, vous allez être déçus. Les matchs ne sont là que pour servir de décor aux drames personnels des Gordon.
La saison 2 pousse d'ailleurs le curseur encore plus loin vers la chronique familiale. L’intrigue se concentre massivement sur les rapports de force entre Isla et son frère Cam. Le retour de ce dernier dans le jeu vient dynamiter ce qu’Isla essayait de construire. C’est intéressant, certes, mais cela transforme la série en une sorte de Succession version light et californienne. On s'intéresse plus aux parts de l'entreprise et aux héritages qu'au score final sur le tableau d'affichage. Le souci, c’est que cette focalisation sur la famille laisse sur le carreau les personnages qui auraient pu apporter un vrai vent de fraîcheur : les joueurs. Les intrigues liées aux athlètes sont traitées par-dessus la jambe.
On nous balance une rivalité ou un scandale médiatique, on l'effleure pendant deux scènes, et pouf, ça disparaît pour laisser place à une énième discussion dans le salon des Gordon. C'est dommage, car il y avait là une matière incroyable pour parler de la pression du sport de haut niveau. Heureusement, il y a Kate Hudson. On peut reprocher beaucoup de choses à l’écriture, mais l'actrice est impeccable. Elle donne à Isla Gordon cette énergie débordante, à la fois agaçante et touchante. Ce qui sauve le personnage, c’est son humanité : elle se plante, elle prend des décisions foireuses sous le coup de l’émotion, et elle essaie de ramasser les pots cassés avec une maladresse qui la rend réelle.
Dans cette saison 2, on explore un peu plus sa difficulté à gérer sa vie privée. Les frontières entre le boulot et l'intime sont totalement poreuses, et c'est là que la série marque quelques points. Malheureusement, les intrigues amoureuses qui lui sont confiées manquent cruellement de subtilité. On sent que certaines relations sont là uniquement pour créer du rebondissement facile, sans que le spectateur n'ait vraiment le temps de s'attacher aux prétendants ou de croire à l'alchimie. Côté comédie, c’est un peu les montagnes russes. La Meneuse veut être percutante, rapide, avec des dialogues qui fusent à la Aaron Sorkin, mais n’est pas Sorkin qui veut.
Parfois, ça tombe juste : les piques entre Isla et sa mère Sandy sont savoureuses et sentent le vécu. Il y a une authenticité dans la toxicité de cette famille qui fait sourire parce qu’on y reconnaît tous un petit quelque chose. Mais à côté de ça, beaucoup de vannes tombent à plat. On sent que la série essaie d'être cool et connectée à l'actu, mais ça sonne parfois un peu forcé. Mention spéciale tout de même à l’arrivée de Norm, le nouveau coach. Son flegme et son côté désabusé apportent un contrepoint nécessaire à l’hystérie ambiante. Il est le seul à sembler avoir les pieds sur terre dans ce cirque permanent, et chacune de ses apparitions fait du bien au rythme de l’épisode.
Le vrai reproche qu’on peut faire à cette suite, c’est son manque d’audition. Tout est calibré pour être bingeable. C’est fluide, ça se regarde sans réfléchir, mais ça ne laisse aucune trace. Dès qu'un conflit devient vraiment sérieux ou qu'un personnage risque de vraiment tout perdre, le scénario trouve une porte de sortie un peu trop facile pour revenir au statu quo. On effleure des sujets passionnants comme le sexisme dans le business sportif, le poids de l'image de marque ou la santé mentale des joueurs, mais on ne fait que les effleurer. C’est comme si la série avait peur d'être trop sombre ou trop sérieuse, alors elle préfère se réfugier derrière une pirouette humoristique ou une résolution de conflit express.
Si vous avez dévoré la saison 1 et que vous cherchez juste une série sympa pour décompresser, allez-y les yeux fermés. Vous y trouverez exactement ce que vous êtes venus chercher : du soleil californien, des beaux appartements, des répliques cinglantes et une Kate Hudson au top de sa forme. Par contre, si vous attendiez que La Meneuse devienne la grande satire du sport qu'elle aurait pu être, vous resterez probablement sur votre faim. C’est une suite correcte, mais qui manque de courage. Elle se repose sur ses acquis et sur le charisme de ses interprètes plutôt que de chercher à se renouveler. On passe un bon moment, mais on oublie les enjeux sitôt le générique de fin du dernier épisode passé.
Note : 5.5/10. En bref, une suite qui assure le service minimum. C’est efficace, c’est rythmé, mais ça manque cruellement de prise de risque pour devenir indispensable.
Disponible sur Netflix
Netflix n’a pas encore renouvelé La Meneuse (ou Running Point en VO) pour une saison 3. Cependant, l’avenir de la série n’est pas forcément radieux. La saison 1 avait fait de très bons scores alors que la saison 2 a vu l’audience chuter de près de 40%. (Source : Netflix & Chiffres).
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