Critique Ciné : The New West (2026)

Critique Ciné : The New West (2026)

The New West // De Kate Beecroft. Avec Porshia Zimiga, Tabatha Zimiga et Scoot McNairy.

 

Avec The New West, la réalisatrice Kate Beecroft nous embarque direct dans les plaines du Dakota du Sud. On est plongé au cœur des ranchs et de la poussière, dans une Amérique rurale qui semble vivre en décalage complet avec le reste du monde. Le pitch est plutôt accrocheur : on suit Tabatha, une propriétaire de ranch qui galère financièrement et qui a décidé de transformer son domaine en refuge. Elle y accueille des chevaux abandonnés, mais aussi des ados un peu paumés qui cherchent un sens à leur vie. Sur le papier, le mélange entre western moderne et drame social donnait vraiment envie. 

 

Tabatha vit dans son ranch au cœur des Badlands, les grandes plaines du Dakota du sud. Malgré des difficultés financières, elle accueille des adolescents rebelles et leur transmet sa passion pour les chevaux, qu’elle dresse avec eux, leur enseignant la magie et la grâce du rodéo. Ensemble, ils réinventent l’Ouest américain. Un jour, un éleveur d’un comté voisin propose à Tabatha de lui racheter son ranch...

 

Pourtant, une fois le générique de fin passé, je reste sur une impression assez partagée. Ce qui frappe dès les premières minutes, c'est l'esthétique du film. Visuellement, c’est une claque. Les Badlands offrent un décor naturel incroyable et Beecroft sait comment les mettre en valeur. On a droit à des couchers de soleil magnifiques, des grands espaces à perte de vue et des scènes de chevaux filmées au ralenti qui sont vraiment superbes. Par moments, on croirait presque voir une pub de luxe pour l’aventure américaine. La photo est soignée, contemplative, et sur un grand écran, ça fonctionne totalement. 

 

On se laisse porter par cette ambiance calme et cette lumière particulière. Le revers de la médaille, c’est que le film a parfois l’air de s’oublier dans ses propres paysages. On sent que la réalisatrice aime cet endroit, elle y a d'ailleurs vécu plusieurs années avant de tourner, et ça se voit. Elle filme le quotidien avec une précision presque documentaire. Beaucoup de gens à l'écran jouent d'ailleurs leur propre rôle, ce qui donne des moments de vie très justes. Une discussion banale autour d’un enclos ou l’ambiance d’une vente aux enchères apportent une vraie dose d’authenticité. 

 

J’ai trouvé assez malin d'intégrer des vidéos TikTok tournées par les jeunes du ranch : ça ancre le film dans notre époque et ça crée un contraste marrant avec le côté immuable de l’élevage de chevaux. C'est là que le bât blesse : le film hésite constamment entre le documentaire pur et la fiction scénarisée. On ne sait jamais trop sur quel pied danser. D’un côté, on a des tranches de vie très naturelles, et de l’autre, des scènes de drame qui tombent un peu comme un cheveu sur la soupe et qui sonnent beaucoup plus artificielles. Ce mélange "hybride" peut être génial quand il est maîtrisé, mais ici, il rend la narration un peu décousue. On perd le fil de l'histoire à force de passer d'un style à l'autre.

 

C’est dommage, parce que le personnage de Tabatha est vraiment solide. C’est une femme forte, un peu brute, qui essaie de survivre dans une économie qui ne veut plus d’elle. Elle refuse de voir son ranch comme un simple business et s’accroche à ses valeurs de protection animale et humaine. Sous sa carapace, on devine une femme épuisée par le deuil et les dettes. C'est une figure de résistance intéressante, mais j'aurais aimé que le film creuse davantage ses failles au lieu de rester parfois trop en surface. Le thème de la liberté est aussi central. Les chevaux et les gamins cabossés que Tabatha recueille partagent ce même point commun : ils ne rentrent pas dans les cases. 

 

Le film arrive parfois à nous toucher grâce à cette sincérité-là, sans en faire trop. Mais le scénario finit par manquer de carburant. L’intrigue autour du rachat du ranch par un riche Texan manque de relief ; on sent que c’est là uniquement pour créer un semblant d’enjeu dramatique. Le rythme est d’ailleurs assez inégal. La première partie traîne en longueur et certains personnages apparaissent ou disparaissent sans qu'on comprenne vraiment leur importance dans la vie de Tabatha. En regardant The New West, difficile de ne pas faire la comparaison avec le travail de Chloé Zhao, comme The Rider ou Nomadland. On y retrouve la même fascination pour les marginaux et les grands espaces. 

 

Mais là où Zhao réussit à créer une émotion viscérale et naturelle, Beecroft semble parfois simplement appliquer une recette du cinéma indépendant sans vraiment y injecter sa propre voix. Elle effleure des sujets passionnants, comme l'impact des réseaux sociaux sur les traditions rurales, mais elle ne va jamais au bout de son idée. Côté acteurs, c’est un peu les montagnes russes. Les non-professionnels s’en sortent bien parce qu’ils ne jouent pas vraiment, ils "sont" tout simplement. À l'inverse, certaines scènes plus écrites paraissent forcées. Même Scott McNairy, qui est pourtant un super acteur, semble un peu sous-exploité dans un rôle secondaire qui ne lui donne pas grand-chose à défendre.

 

Note : 5.5/10. En bref, The New West est un film plein de bonnes intentions, sincère et visuellement irréprochable. C’est une expérience agréable si vous aimez l’ambiance mélancolique des plaines américaines et les récits contemplatifs. Mais malgré ses qualités, il lui manque ce petit truc en plus, cette tension ou cette émotion profonde qui transforme une jolie balade cinématographique en un film vraiment mémorable. Une curiosité qui se regarde avec plaisir, mais qui risque de s'effacer assez vite de la mémoire.

Sorti le 6 mai 2026 au cinéma

 

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