Legends (2026) (Saison 1, épisodes 5 et 6) : fin de saison qui peine encore à trouver son équilibre

Legends (2026) (Saison 1, épisodes 5 et 6) : fin de saison qui peine encore à trouver son équilibre

On arrive au bout de cette première saison de Legends avec les épisodes 5 et 6, deux chapitres censés faire monter la sauce avant le grand final. Le trafic d'héroïne passe à la vitesse supérieure, les alliances volent en éclats et les personnages se prennent enfin le retour de bâton de leurs décisions passées. Sur le papier, le programme donne envie. Dans les faits, cette dernière ligne droite met surtout en lumière les gros défauts que la série traîne comme un boulet depuis ses débuts. L'épisode 5 choisit de bousculer la routine en délocalisant une bonne partie de l'histoire au Pakistan.

 

 Après le fiasco d’Istanbul, Hakan reprend les commandes du business et file direct à Karachi pour dealer l'importation de deux tonnes d’héroïne. Ce changement de décor fait du bien à l'écran, l’ambiance change radicalement et on respire un autre air. Le hic, c’est que le scénario coince toujours quand il s'agit de rendre le tout crédible. On nous vend depuis le départ une guerre de l'ombre hyper tendue entre la douane britannique, des flics pourris et des cartels puissants. Sauf qu'à l'écran, les mecs avancent au radar, sans aucune logique professionnelle. Prenez Guy, l'infiltré : il jongle entre sa couverture de criminel et sa vie de famille avec une décontraction déconcertante. 

 

La série essaie bien de nous montrer à quel point sa double vie le bouffe de l'intérieur, notamment à travers sa relation avec Sophie, mais ça ne prend pas complètement. Les scènes de salon à la maison tombent souvent à plat, déconnectées du danger de mort qui plane théoriquement sur ses épaules. Ce voyage au Pakistan montre aussi un gros souci de gestion des effectifs. Pas mal de personnages font le déplacement mais se retrouvent à jouer les figurants. Don et Bailey passent la moitié de l'épisode à regarder les trains passer sans avoir le moindre impact sur ce qui se joue sous leurs yeux. Ça étire inutilement le récit, et on s’ennuie un peu alors que la série aurait dû appuyer sur l’accélérateur pour resserrer l'intrigue.

Heureusement, le débarquement d'Afridi apporte un vrai coup de fouet. Il impose direct un style beaucoup plus sauvage et violent que les méchants de pacotille croisés auparavant. Ses répliques sur l'histoire de la région, les vieilles invasions et le contrôle des routes commerciales donnent un peu d'épaisseur à l'univers criminel de la série. C'est plutôt bien vu d'ancrer le trafic d'aujourd'hui dans une géopolitique plus ancienne, même si les dialogues basculent parfois dans le cours magistral un peu lourd. Le vrai point fort de l’épisode reste Aziz. Coincé depuis le début entre son devoir familial et ses envies de liberté, le jeune homme se retrouve au pied du mur quand Hakan lui balance, sans trembler, qu’il doit rester au Pakistan pour gérer le business avec Afridi. 

 

Cette cassure et cette relation toxique père-fils s'avèrent bien plus captivantes que la plupart des intrigues secondaires qui nous ont bouffé du temps d'antenne jusqu'ici. Du côté de Londres, Kate et Erin continuent de gratter le vernis pour débusquer la corruption policière liée à Carter. Cette partie du récit tient mieux la route car elle mise sur la paranoïa et le bluff plutôt que sur des fusillades génériques. L’arrivée d’Arthur Goodwin donne un visage parfait à cette pourriture interne. On se dit d'ailleurs que la série aurait mieux fait de creuser cette piste plus tôt au lieu de s’éterniser sur les préparatifs logistiques interminables du trafic. Le sixième épisode s'ouvre juste après que la trahison d’Eddie a éclaté au grand jour. 

 

Carter capte enfin qu’il a une taupe dans son équipe qui balance tout aux douanes, et la tension grimpe d'un coup. Pour une fois, on sent l'urgence et le danger réel. Eddie devient d'ailleurs le personnage le plus vibrant de cette fin de saison. Sa haine contre Carter n'est plus seulement une affaire de business ou de truands, elle est viscérale depuis que la drogue a tué son fils. En face, l'équipe des douanes est en roue libre complète après avoir paumé la cargaison. Guy et Bailey passent leur temps à s'écharper et à se rejeter la faute. C’est le genre de frictions internes qu'on aurait aimé voir s'installer bien plus tôt. Ça donne enfin un peu de relief et d'humanité à ces agents qui fonctionnaient jusqu'ici comme des robots.

Le retour de Guy chez lui exploite une thématique classique mais efficace : le fait qu'on ne décroche jamais vraiment d’une infiltration. Même quand il essaie de retrouver une vie normale, le poison de la paranoïa est là. Quelques plans bien sentis dans le métro ou dans la rue illustrent parfaitement ce sentiment d'insécurité permanente. C’est là que la série touche au but sur le plan émotionnel. La dernière ligne droite de l'épisode se focalise sur le convoi de la drogue vers les côtes anglaises. Le montage croise les trajectoires de Carter, Hakan, Guy et des flics. Ce télescopage d'intérêts divergents crée un vrai suspense. Dommage que les scénaristes ressentent toujours le besoin d'en rajouter des caisses. 

 

L'histoire du bateau, de la tempête et du transfert de cargaison au milieu des vagues ressemble à un vieux truc artificiel pour créer du drama là où la simple confrontation humaine suffisait largement. Le final s’en sort quand même mieux que la moyenne grâce à des choix clairs. Pas de pirouette magique ou de twist foireux de dernière minute : les arrestations de Carter, Aziz et Hakan bouclent proprement les arcs narratifs. Le rideau tombe mais laisse un goût étrange. Guy est de retour chez lui, mais ses yeux racontent qu'il est brisé. Cette conclusion réussit à montrer que les traumatismes de l'infiltration durent bien plus longtemps que la mission elle-même.

 

Au bout du compte, cette première saison de Legends me laisse un avis partagé. Ces deux derniers épisodes prouvent que la série en avait sous le capot, mais qu'elle a souffert d'une narration trop éparpillée et de personnages qui ont mis trop de temps à s'affirmer. Si les dynamiques autour d'Aziz, Eddie et Carter sauvent le meuble, le show s'est trop souvent perdu en route. La base était solide, le monde des agents infiltrés et des réseaux internationaux offre toujours du bon matériel, mais à vouloir trop en faire et à viser le spectaculaire à tout prix, Legends a sacrifié sa crédibilité et le développement de ses héros. Une conclusion correcte, oui, mais qui n'efface pas les ratés de rythme qui nous ont escortés pendant toute la saison.

 

Note : 5.5/10. En bref, ces deux derniers épisodes font grimper la tension grâce à une délocalisation au Pakistan et à des confrontations plus directes, mais ils confirment les faiblesses d'écriture et de réalisme de la série. Si les relations humaines et le final sauvent les meubles, l'ensemble reste trop dispersé et souffre de gros problèmes de rythme.

Disponible sur Netflix

 

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