22 Mai 2026
Witchboard // De Chuck Russell. Avec Jamie Campbell Bower, Madison Iseman et Aaron Dominguez.
Chuck Russell, connu pour avoir marqué les années 80 avec Freddy - Chapitre 3 : les griffes du cauchemar et The Blob (excellent film !), puis les années 90 avec The Mask, tente un retour au cinéma d’horreur avec Witchboard (2025), une sorte de remake libre du film culte de Kevin Tenney sorti en 1986. Annoncé comme un comeback vers ses racines sanglantes et délirantes, le film se retrouve coincé entre ambition et maladresse, avec des passages qui fonctionnent et d’autres qui tombent complètement à plat. Premier constat : oubliez la fameuse planche de Ouija.
Emily, son fiancé Christian et un groupe d'amis ouvrent un café bio en réaménageant une vieille maison dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans. Emily découvre une ancienne planche d'ouija, utilisée autrefois pour convoquer les esprits...
Sans doute pour se différencier des multiples films déjà centrés sur l’objet, Witchboard introduit un nouveau joujou occulte. Une planche circulaire en bois, couverte de symboles, sur laquelle on fait osciller un doigt momifié suspendu à une ficelle. La promesse est simple : poser une question, obtenir une réponse… mais attention au prix à payer. L’idée est bonne sur le papier. Elle permet au film de se distinguer de ses prédécesseurs, tout en conservant l’attrait classique du “jouet maléfique” qui conduit à la catastrophe. Malheureusement, l’exploitation reste souvent limitée à des effets convenus ou à des scènes trop explicatives.
Le film démarre fort avec une séquence située dans la France du XVIIe siècle : une guérisseuse, Naga Soth (Antonia Desplat), est surprise par un évêque fanatique (David La Haye). Haches, sang, mains tranchées, ambiance de bûcher… Ce début promettait un vrai film d’horreur viscéral. Puis l’action se déplace dans la Nouvelle-Orléans contemporaine. Emily (Madison Iseman), ex-addict en rémission, s’installe avec son mari Christian (Aaron Dominguez), un chef qui rêve d’ouvrir son restaurant. L’arrivée du pendulum board bouleverse vite leur quotidien, surtout quand Brooke (Mel Jarnson), ex de Christian et archéologue séduisante, montre à Emily comment utiliser l’objet.
Jusque-là, ça tient la route. Mais très vite, le récit s’étire. À vouloir mélanger drame intime, romance contrariée, satire du monde culinaire et horreur surnaturelle, Witchboard se perd dans ses ambitions. Les 112 minutes du film paraissent longues, avec des passages qui donnent l’impression de meubler plutôt que d’entretenir la tension. Le film ne manque pourtant pas de fulgurances. Certaines morts évoquent l’esprit de Destination Finale, avec des accidents sanglants qui transforment une simple cuisine en zone de massacre. D’autres séquences plongent dans des visions gothiques, où Emily voit les persécutions de Naga Soth et où l’histoire bascule dans un passé cruel.
Ces moments rappellent que Russell sait encore manier le gore et l’imagerie frappante. Mais ils restent trop isolés dans un ensemble qui peine à garder un rythme. Côté casting, le résultat est contrasté. Madison Iseman assure le rôle principal avec une certaine conviction, mais elle est mal servie par un scénario qui lui demande surtout de passer de l’angoisse à l’obsession de manière répétitive. Aaron Dominguez, en mari protecteur, manque de nuances et finit par devenir un simple contrepoids sérieux au chaos ambiant. À l’inverse, Jamie Campbell Bower semble s’amuser comme jamais. Antiquaire extravagant, organisateur de soirées décadentes, flanqué de triplées gothiques, il incarne l’excès que le film aurait dû embrasser pleinement.
Ses scènes apportent une énergie campy qui tranche avec le ton trop sage des autres personnages. Quand il est à l’écran, Witchboard trouve un souffle délirant et amusant. Le vrai problème de Witchboard, c’est son ton. Chuck Russell hésite : parfois, il joue la carte du film d’horreur classique, sombre et dramatique ; parfois, il lorgne vers la comédie horrifique volontairement excessive. Résultat, le film ne sait jamais sur quel pied danser. Les dialogues souffrent du même mal : entre tirades pseudo-poétiques et répliques qui tombent à plat, difficile de s’attacher aux personnages. Certaines scènes, comme une simple recherche Google qui révèle des secrets occultes, paraissent ridicules alors qu’elles sont jouées avec un sérieux écrasant.
Les amateurs de gore trouveront quelques séquences amusantes, mais les effets numériques manquent souvent de finition. Le sang numérique, trop propre, casse l’impact de certaines scènes. Quand Russell privilégie les effets pratiques ou les maquillages, ça fonctionne mieux. Malheureusement, ce n’est pas assez fréquent pour compenser la froideur du reste. La dernière partie du film part complètement en roue libre. Entre visions hallucinées, festin cauchemardesque et révélations absurdes, le film assume enfin une certaine folie. C’est probablement la partie la plus divertissante, mais aussi la plus maladroite, avec des scènes qui frôlent le ridicule.
Un mélange de plaisir coupable et de frustration, car on se dit que Witchboard aurait pu être ce délire assumé du début à la fin. Witchboard (2025) se présente comme le retour de Chuck Russell à ses racines horrifiques, mais reste une œuvre trop inégale pour convaincre pleinement. Quelques séquences efficaces, une ambiance gothique par moments, et Jamie Campbell Bower en roue libre sauvent l’expérience du naufrage total. Mais les longueurs, les dialogues bancals et les effets numériques ratés alourdissent le tout. Ce remake a des idées intéressantes mais échoue à en tirer quelque chose de vraiment marquant.
Note : 5/10. En bref, regardable, parfois amusant, mais loin d’un vrai renouveau pour Russell. Un film qui oscille entre nostalgie et maladresse, et qui plaira peut-être aux amateurs de plaisirs coupables horrifiques, sans marquer durablement.
Sorti le 22 mai 2026 directement en VOD
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