27 Juin 2026
In the Hand of Dante // De Julian Schnabel. Avec Oscar Isaac, Jason Momoa et Martin Scorsese.
Adapter Dante Alighieri au cinéma, c’est le genre de projet qui pose directement son homme. Avec In the Hand of Dante, le réalisateur Julian Schnabel n'a clairement pas choisi la facilité. Son idée de départ est ultra-alléchante : connecter le Moyen Âge de l’auteur de la Divine Comédie avec une intrigue moderne sombre, faite de trafics de manuscrits précieux et de règlements de comptes mafieux. Sur le papier, le pitch donne franchement envie. On imagine déjà un thriller littéraire poisseux et mystique. Malheureusement, une fois devant l’écran, l’excitation retombe assez vite pour laisser place à une grosse confusion.
Nick Tosches, un écrivain, apprend qu'un manuscrit de La Divine Comédie de Dante, volé au Vatican, est réapparu à New York. Incapable de passer à côté de cette opportunité, Nick décide de tenter d'authentifier ce manuscrit et de mener l'enquête sur ses origines, son parcours et celui de son auteur.
Le principal problème vient de cette structure narrative qui repose sur deux époques bien distinctes. D’un côté, on suit le parcours de Dante dans l'Italie médiévale, au milieu des complots politiques et religieux de son temps. De l’autre, on se retrouve de nos jours aux côtés de Nick Tosches, un écrivain un peu paumé qui se fait embarquer dans une sale affaire de vol de manuscrit. Le film passe constamment de l'une à l'autre. Si l'intention de créer un miroir entre passé et présent est louable, le résultat fatigue rapidement. Ce va-et-vient permanent flingue le rythme. Dès qu’on commence enfin à rentrer dans une époque et à s’attacher aux enjeux, le montage nous projette ailleurs, et il faut tout reconstruire.
Ce déséquilibre ne concerne pas seulement le temps, il touche aussi le ton du film. La partie moderne utilise à fond les codes du polar noir avec ses mafieux et ses flics, tandis que la partie historique s'installe dans quelque chose de beaucoup plus lent, presque théâtral. Les deux styles ne cohabitent jamais vraiment et se tirent constamment dans les pattes. Pourtant, Julian Schnabel a sorti l'artillerie lourde pour son casting. On retrouve à l'affiche Oscar Isaac, Gerard Butler, Gal Gadot, Jason Momoa, John Malkovich, et même Martin Scorsese qui vient faire un petit coucou dans un second rôle. Un tel alignement de stars laissait espérer une direction d'acteurs solide, mais les performances se révèlent très inégales.
Oscar Isaac fait de son mieux pour porter l'intrigue contemporaine sur ses épaules, mais son personnage manque cruellement de relief, ce qui rend son jeu un peu monolithique. À l'inverse, Gerard Butler en fait des caisses dans le registre de la brute épaisse, sans aucune nuance. Au milieu de ce tumulte, seul Jason Momoa s'en sort vraiment bien en jouant la carte de la retenue, ce qui fait un bien fou dans un film qui sature déjà de partout. Quant à Gal Gadot, elle hérite d'un rôle tellement secondaire qu'elle n'a jamais l'espace nécessaire pour exister à l'écran. Au-delà du casting, le film souffre d'un énorme trop-plein de paroles. In the Hand of Dante est un film extrêmement bavard. Les personnages passent leur temps à s'expliquer l'intrigue, à reformuler les mêmes infos et à débattre pendant de longues minutes.
On sent une volonté d'apporter une vraie profondeur intellectuelle au récit, mais cela produit surtout un effet de lourdeur assez pénible. Plusieurs scènes donnent l'impression de tourner en rond et étirent le film pour rien, ce qui plombe une tension dramatique déjà fragile. C'est d'autant plus dommage que visuellement, il y a de superbes propositions. Schnabel soigne ses images et installe deux ambiances esthétiques très fortes. La texture crasseuse et lumineuse de l'Italie médiévale tranche radicalement avec la froideur urbaine du New York moderne. Visuellement, c'est parfois sublime, presque pictural. Mais la beauté des plans ne suffit pas à sauver un scénario qui prend l'eau. La mise en scène privilégie trop souvent le joli coup d'éclat visuel au détriment de la fluidité de l'histoire.
Enfin, on en vient au cœur du sujet : Dante lui-même. Finalement, l'auteur italien sert davantage de prétexte que de véritable moteur à l'histoire. Sa Divine Comédie est traitée comme un simple objet de valeur que tout le monde s'arrache, un "MacGuffin" classique de cinéma, sans que la portée philosophique ou poétique de son œuvre ne soit réellement exploitée. Le film parle énormément de l'œuvre, mais ne l'incorpore jamais de façon organique ou vibrante dans son récit.
Note : 3.5/10. En bref, In the Hand of Dante est une œuvre indiscutablement généreuse et pleine d'ambition, mais qui s'effondre sous le poids de ses propres intentions. Trop dense, trop bavard et cassé par un montage bizarroïde, ce thriller historique et moderne peine à embarquer le spectateur sur la durée. On salue l'audace visuelle et le casting cinq étoiles, mais on ressort de la salle avec le sentiment d'avoir vu un immense gâchis, une œuvre surchargée qui a oublié de raconter son histoire simplement.
Sorti le 24 juin 2026 directement sur Netflix
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