29 Juin 2026
La Bataille de Gaulle - partie 1 : L’Âge de Fer // De Antonin Baudry. Avec Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur, Niels Schneider et Benoît Magimel.
S'attaquer à la figure de Charles de Gaulle au cinéma est toujours un exercice un peu glissant. On a vite fait de tomber dans le piège du biopic classique, un peu froid, qui coche sagement les cases de la page Wikipédia. Avec La Bataille de Gaulle - Partie 1 : L'Âge de Fer, le réalisateur Antonin Baudry prend heureusement un chemin bien plus intéressant. Au lieu de nous dérouler toute la vie du Général, il resserre son intrigue sur une période charnière, celle qui va de 1940 à 1942. C'est l'histoire de la naissance de la France Libre qu'il choisit de mettre en scène, à travers une œuvre qui navigue constamment entre les scènes de guerre, la diplomatie de coulisses et des moments beaucoup plus intimes.
Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.
La grande force du long-métrage, c'est justement de descendre de Gaulle de son piédestal. Le scénario ne cherche pas à dessiner une icône intouchable ou un héros sans failles. On découvre un homme profondément seul, souvent isolé dans ses choix, qui doit sans cesse batailler pour convaincre des alliés sceptiques. Porter le poids de l'avenir d'un pays sur les épaules alors que tout s'écroule autour de soi, c'est le vrai sujet du film. Cette vulnérabilité donne une vraie épaisseur au personnage principal et évite le piège du portrait figé ou trop solennel. Quand le nom de Simon Abkarian a été annoncé pour le rôle principal, pas mal de monde s'est posé des questions. L'acteur n'a pas forcément la ressemblance physique évidente que l'on attendrait.
Pourtant, la magie opère très vite à l'écran. Il ne cherche jamais à faire de l'imitation ou de la parodie. Son travail repose sur la posture, les regards, les silences et cette voix si particulière. Simon Abkarian parvient à faire exister l'homme derrière le mythe, montrant à la fois sa rigidité légendaire et ses moments de doute profond, notamment dans des scènes intimistes très réussies. Le film a aussi la bonne idée de ne pas s'enfermer dans un tête-à-tête exclusif avec son personnage principal. L'intrigue s'ouvre régulièrement sur d'autres figures de l'époque, ce qui permet de redonner de l'air au récit et de mieux comprendre la complexité de cette période de la Seconde Guerre mondiale.
Cela apporte un rythme vraiment bienvenu et rappelle que l'aventure de la France Libre ne s'est pas faite en solo, mais grâce à une foule de personnalités dont certaines ont malheureusement été un peu oubliées par les manuels scolaires. Parmi les sommets du film, la relation entre de Gaulle et Winston Churchill vaut clairement le détour. Leurs échanges sont un pur régal d'écriture. C'est tendu, c'est plein de non-dits, parfois teinté d'une ironie très fine, et cela montre parfaitement le rapport de force permanent entre les deux hommes. Churchill n'est pas montré comme le grand sauveur inconditionnel, mais comme un allié pragmatique qui défend ses propres intérêts. C'est cette nuance qui rend leurs confrontations captivantes à suivre.
Le scénario prend aussi le temps d'éclairer des zones d'ombre de l'histoire que le grand public connaît moins. On plonge dans les coulisses compliquées de la diplomatie américaine ou dans les tensions majeures autour des colonies françaises. Même si le film s'autorise parfois quelques raccourcis pour que l'histoire reste fluide, l'ensemble reste hyper accessible et très clair, sans jamais perdre le spectateur en route. Techniquement, cette première partie affiche une ambition visuelle qui fait plaisir à voir, surtout pour une production française. Les décors, le soin apporté aux costumes et le travail sur la lumière favorisent une immersion immédiate. Les scènes de combat, en particulier celles qui se déroulent en Afrique du Nord, sont impressionnantes par leur échelle.
On sent que le projet a bénéficié de moyens financiers importants, même si la réalisation globale reste assez classique et n'essaie pas de réinventer la poudre. Antonin Baudry choisit de privilégier le fond plutôt que la forme ou le spectaculaire à tout prix. Les batailles ne sont pas là pour faire joli ou pour aligner les explosions gratuites, elles servent toujours à raconter un enjeu stratégique précis ou le sacrifice des soldats. C'est ce qui permet au film de garder un excellent équilibre entre le grand spectacle de guerre et le thriller politique. Les seconds rôles viennent épauler cette réussite avec beaucoup de justesse. Qu'il s'agisse de Benoît Magimel, de Mathieu Kassovitz ou du comédien britannique Simon Russell Beale, chacun apporte une vraie présence, même lors d'apparitions plus courtes.
Les figures historiques ne donnent jamais l'impression de faire de la figuration ou de défiler de manière artificielle. Tout n'est pas parfait pour autant. Le film dure près de deux heures quarante, et il faut avouer que le rythme retombe un peu lors de certains passages très axés sur les détails politiques. Rien de dramatique, mais un montage un poil plus serré aurait sans doute dynamisé le milieu du film. De plus, le fait de couper cette histoire en deux parties crée forcément une frustration. On sent bien que ce volet installe les pions pour la suite, et le générique de fin arrive alors que le récit est en plein élan. Quelques libertés historiques feront tordre le nez aux puristes, mais elles restent légères et servent l'intensité dramatique globale.
Note : 7/10. En bref, La Bataille de Gaulle - Partie 1 : L'Âge de Fer relève le défi haut la main. C'est un film de cinéma grand public, intelligent, solide et porté par un casting impeccable. Cette première étape donne surtout une immense envie de découvrir la suite, et prouve que le cinéma français a encore les épaules pour porter de grandes fresques historiques.
Sorti le 3 juin 2026 au cinéma
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