30 Juin 2026
La Bataille de Gaulle - Partie 2 : J’écris ton nom // De Antonin Baudry. Avec Simon Abkarian, Niels Schneider, Anamaria Vartolomei et Thierry Lhermitte.
Avec La Bataille de Gaulle - Partie 2 : J’écris ton nom, Antonin Baudry met le point final à son énorme diptyque consacré au Général et à la France libre. Ce deuxième volet reprend pile là où on s'était arrêté. On plonge direct dans les années charnières 1943 et 1944, une période intense qui mélange combats sur le terrain, grosses négociations diplomatiques et organisation de la Résistance dans l'ombre. Si le premier film prenait un peu son temps pour poser le décor, cette suite passe clairement la seconde. Le réalisateur trouve enfin le bon équilibre entre le grand spectacle, les coulisses de la politique et l’émotion pure. Autant le dire tout de suite, c’est difficile d’apprécier pleinement ce film sans avoir vu la première partie.
Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.
Les deux longs-métrages forment un seul et unique bloc, une grande fresque historique coupée en deux morceaux. Si vous débarquez sans avoir les bases du premier opus, vous risquez de vous perdre un peu face à la tonne de personnages et au rythme qui s'accélère d'un coup. Par contre, si vous avez suivi le début de l'aventure, cette conclusion prend tout son sens et gagne une vraie force. Ce qui fait la réussite de ce film, c’est qu'il ne se focalise pas uniquement sur la figure ultra-connue de Charles de Gaulle. Évidemment, le Général reste la boussole du récit, mais le scénario choisit d'ouvrir les fenêtres pour laisser de la place à d'autres figures majeures. Jean Moulin, le général Leclerc ou encore le général Giraud sortent de l'ombre et s'imposent à l'écran.
Le film décortique très bien les relations compliquées, parfois hyper tendues, entre De Gaulle, Roosevelt et Churchill. Ça remet les pendules à l'heure : la Libération ne s'est pas jouée uniquement avec des fusils, mais aussi autour de tables de négociation cruciales. Le réalisateur n'hésite pas non plus à montrer les failles et les doutes du camp français. Entre les rivalités d'ego, les guerres d'influence et le casse-tête pour unifier les différents réseaux de Résistance, le film évite le piège de l'imagerie simpliste. Cette plongée dans les tensions internes donne une vraie profondeur politique à l'histoire. On ne regarde pas juste un enchaînement de batailles, on comprend enfin la mécanique humaine derrière les événements. Visuellement, le spectacle est au rendez-vous.
Les reconstitutions de Paris sous la botte allemande, les affrontements brûlants dans le désert ou le chaos des derniers combats pour libérer la capitale en mettent plein les yeux. Antonin Baudry maîtrise sa caméra et alterne habilement entre l'action pure et les moments de calme, plus intimistes, sans jamais casser le fil de sa narration. Parmi les moments forts, la progression des résistants dans les rues de Paris avant l'arrivée des blindés de la 2e DB prend aux tripes. Le film utilise le fameux poème de Paul Éluard, et ça fonctionne super bien. L’émotion arrive de manière totalement naturelle, sans violons inutiles ni pathos forcé. C’est là qu’on comprend l'objectif du réalisateur : il ne veut pas juste filmer la grande Histoire avec un grand H, il veut raconter le parcours de ces hommes et de ces femmes ordinaires qui ont tout risqué pour la liberté.
Les scènes de combat, bien que spectaculaires, restent toujours lisibles à l’écran, ce qui est assez rare pour être souligné. Les passages dans le désert marquent les esprits et renforcent cette impression de suivre une vraie campagne militaire au long cours. Le casting porte littéralement le film sur ses épaules. Simon Abkarian campe un De Gaulle toujours aussi droit et inflexible, mais il apporte ici une nuance essentielle : de l'humanité. On découvre les fêlures derrière la carapace de l'homme d'État, ce qui évite de tomber dans la simple imitation de discours historiques. Face à lui, Niels Schneider amène une énergie folle en général Leclerc. Ses scènes font clairement partie des plus mémorables du film.
Félix Kysyl livre une prestation impeccable en Jean Moulin, tandis qu'Anamaria Vartolomei incarne avec une grande sobriété le courage de la Résistance de l'intérieur. La vraie surprise vient de Thierry Lhermitte, qu'on n'attendait pas du tout dans ce registre sérieux. Son interprétation du général Giraud met parfaitement en lumière les désaccords profonds qui secouaient le commandement français. L'émotion traverse tout le long-métrage et donne de vrais frissons à l'approche de la libération de Paris. Le réalisateur réussit à toucher le public en misant sur la retenue des acteurs et la simplicité des dialogues. C’est aussi un bel hommage aux soldats de l'ombre, aux combattants des armées d'Afrique et à tous ceux que les manuels oublient parfois un peu trop vite.
Tout n'est pas irréprochable pour autant. Les effets spéciaux numériques piquent parfois les yeux, surtout pendant certaines batailles aériennes qui manquent un peu de réalisme. Certains dialogues tombent aussi un peu trop dans l'explication de texte, et quelques longueurs politiques auraient pu être évitées pour resserrer le récit. De plus, la fin arrive de manière un peu abrupte après la liesse de la Libération, donnant un petit sentiment de précipitation. Pourtant, malgré ses 2h40, le film passe à une vitesse folle grâce à un montage dynamique qui voyage constamment entre les différents fronts.
Note : 7/10. En bref, La Bataille de Gaulle - Partie 2 : J’écris ton nom rappelle intelligemment que derrière les statues et les dates historiques, il y avait des vivants avec leurs doutes et leurs sacrifices. C’est un projet de cinéma ambitieux, populaire et solide, qui mérite amplement d'être vécu sur grand écran.
Sorti le 26 juin 2026 au cinéma
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