30 Juin 2026
My Summer with Irene // De Carlo Sironi. Avec Noée Abita, Maria Camilla Brandenburg et Claudio Segaluscio.
Découvrir un film qui promet de la liberté, de l'amitié adolescente et des paysages ensoleillés, c'est toujours un petit plaisir de cinéma. Sur le papier, My Summer with Irene avait tout pour plaire. On y suit Clara, une jeune fille plutôt timide et renfermée, qui croise la route d'Irène, une tornade de spontanéité. Ensemble, sur un coup de tête, elles décident de fuir leur quotidien pour s'offrir une escapade en Sicile. Le décor est planté, l'intention est belle, mais le résultat à l'écran s'avère malheureusement un peu trop distant pour totalement convaincre. Tout commence par cette rencontre entre deux personnalités radicalement opposées.
Italie 1997. Clara et Irene, 17 ans, s’enfuient ensemble sur une île de Sicile pour vivre leur été en toute liberté, et se cacher d’une réalité qu’elles veulent oublier.
Clara passe son temps à observer, presque en retrait, tandis qu'Irène fonce tête baissée et l'entraîne dans son aventure sans vraiment lui demander son avis. C'est une dynamique classique du cinéma d'apprentissage, mais elle fonctionne souvent très bien. On s'attend alors à voir naître une complicité fusionnelle, une de ces amitiés fortes qui changent une vie en l'espace de quelques semaines. Pourtant, le réalisateur Carlo Sironi choisit de laisser cette relation à l'état de projet, sans jamais creuser le lien qui unit réellement ses deux héroïnes. Le film installe très vite un rythme particulièrement lent, fait de longs silences, de regards perdus dans le vide et de moments suspendus.
Si vous aimez le cinéma purement contemplatif, cette approche esthétique a de quoi vous séduire. Mais pour que la magie opère, il faut que l'émotion passe à travers l'écran. Ici, le spectateur reste souvent à la porte. À force de vouloir faire de la poésie visuelle, le récit oublie de nous impliquer émotionnellement dans ce que traversent ces deux adolescentes. Ce manque d'accroche vient en grande partie de l'écriture. Clara et Irène gardent une part de mystère pendant une bonne partie de l'histoire. Conserver des zones d'ombre chez des personnages peut être une excellente idée pour intriguer le public, mais dans ce cas précis, cela crée surtout une barrière. Les dialogues se font rares, les conversations restent en surface et on a bien du mal à s'attacher à elles ou à comprendre ce qui les anime profondément.
Le réalisateur privilégie de brefs instants de vie volés plutôt qu'une véritable construction narrative, ce qui finit par lasser. C'est d'autant plus dommage que le point de départ du film cache une sensibilité évidente. Les deux filles partagent une réalité douloureuse liée à la maladie, un sujet lourd que le scénario traite heureusement avec une grande pudeur. Il faut saluer ce choix de Carlo Sironi : il refuse catégoriquement de tomber dans le mélodrame larmoyant ou les violons faciles. Cette retenue apporte une vraie sincérité par moments, mais elle montre aussi ses limites en freinant l'impact émotionnel de scènes qui auraient dû nous bouleverser. Visuellement, le long-métrage est irréprochable.
La Sicile est filmée comme un écrin de lumière magnifique, offrant un contraste saisissant avec la fragilité intérieure des deux héroïnes. Les plages désertes, les petites routes écrasées par la chaleur et les villages méditerranéens hors du temps forment une succession de tableaux superbes. La photographie est soignée et flatte la rétine à chaque plan. De plus, l'action se déroule à la fin des années 1990, ce qui apporte une discrète touche de nostalgie rétro, notamment à travers l'utilisation d'une petite caméra Hi8. L'ambiance générale est particulièrement enveloppante. Du côté du casting, les deux jeunes actrices font du bon travail avec ce qu'on leur donne. Noée Abita et Maria Camilla Brandenburg incarnent ces adolescentes avec une sobriété remarquable. Leur jeu passe par les yeux, par les expressions du visage plutôt que par les mots.
C'est tout à fait cohérent avec la proposition artistique globale, mais cela renforce malheureusement cette impression générale de froideur et d'éloignement. La narration minimaliste reste le point le plus clivant du projet. Les scènes s'enchaînent sans réelle progression ni montée en tension. On a parfois l'impression de regarder un album photo de vacances plutôt qu'un film de cinéma. On aperçoit parfois de jolis moments de complicité ou un vent de liberté éphémère qui nous font entrevoir le grand film qu'aurait pu être My Summer with Irene. Malheureusement, ces éclats de vie s'éteignent aussi vite qu'ils sont apparus. C'est évidemment un parti pris artistique assumé de vouloir capturer une simple sensation, un souvenir d'adolescence un peu flou avant le retour à la dure réalité.
C'est une démarche tout à fait respectable, mais elle risque de laisser sur leur faim les spectateurs qui ont besoin d'une intrigue solide et de personnages vibrants. Quelques séquences parviennent tout de même à toucher juste en nous rappelant discrètement le prix de chaque instant vécu par Clara et Irène. Sous cette apparente simplicité se devine une jolie réflexion sur la jeunesse et les rencontres imprévues. Malgré tout, l'absence de véritable enjeu dramatique pèse lourdement sur la seconde moitié du film. Le récit donne le sentiment de faire du surplace et la lenteur du rythme accentue cette sensation d'immobilité. On regarde le temps passer, les scènes s'étirer sans nécessité, et décrocher devient alors inévitable.
Note : 4.5/10. En bref, My Summer with Irene mise tout sur son atmosphère au détriment de son histoire. Si sa délicatesse, son esthétique soignée et son refus du spectaculaire sont de vraies qualités, le manque de relief de son scénario empêche de ressentir une véritable empathie. Cette chronique estivale possède une indéniable douceur, mais elle conserve un goût d'inachevé. Pour ma part, j'aurais aimé un peu plus de vie, de spontanéité et de chaleur pour être pleinement conquis.
Sorti le 24 juin 2026 au cinéma
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