23 Juin 2026
Que ma volonté soit faite // De Julia Kowalski. Avec Maria Wróbel, Roxane Mesquida et Wojciech Skibinski.
Que ma volonté soit faite signe le grand retour de Julia Kowalski au long-métrage. C'est une proposition forte, qui bouscule franchement les habitudes du cinéma français contemporain. On se retrouve ici à la frontière de plusieurs mondes : un drame paysan brut, un film fantastique poisseux et un récit d'initiation adolescente assez sauvage. Le film creuse des sujets complexes comme le désir étouffé, la peur de la différence et le poids écrasant des non-dits dans un village totalement isolé. C’est le genre d’œuvre devant laquelle on ne sait pas toujours sur quel pied danser, mais qui ne laisse jamais indifférent. L'ambition saute aux yeux.
La jeune Nawojka, qui vit avec son père et ses frères dans la ferme familiale, cache un terrible secret : un pouvoir monstrueux, qu'elle pense hérité de sa défunte mère, s'éveille chaque fois qu'elle éprouve du désir. Lorsque Sandra, une femme libre et sulfureuse originaire du coin, revient au village, Nawojka est fascinée et ses pouvoirs se manifestent sans qu’elle ne puisse plus rien contrôler.
Alors oui, tout n’est pas réglé comme du papier à musique, le rythme traîne parfois en route, mais il y a dans ce projet un truc devenu rare chez nous : une vraie signature de cinéma, un parti pris graphique et sensoriel affirmé. L'histoire nous plonge dans le quotidien de Nawojka, une adolescente coincée dans une exploitation agricole avec son père et ses frères, au milieu d'une communauté rurale d’origine polonaise repliée sur elle-même. La gamine cache un secret lourd à porter : une sorte de don ou de malédiction bizarre qui se réveille dès que ses émotions deviennent trop intenses pour son propre corps. Tout bascule quand Sandra revient s'installer au village.
Libre, indépendante, elle se fout royalement du qu'en-dira-t-on. Pour Nawojka, c'est un choc. Elle est immédiatement fascinée par cette femme qui incarne tout ce qu'on lui interdit d'être. Au contact de Sandra, la jeune fille commence à explorer ses propres désirs, mais elle réalise aussi que son pouvoir étrange s’accentue et prend des proportions inquiétantes. Julia Kowalski installe une ambiance lourde dès les premiers plans. On sent l'humidité, la boue des champs, la pesanteur des silences. Les regards des voisins se font vite menaçants. Ce village devient un personnage oppressant à part entière, un lieu fermé où la moindre anomalie est perçue comme une menace pour le groupe.
En regardant la trajectoire de Nawojka, on pense inévitablement à Carrie de Stephen King. On y retrouve ce même cocktail de puberté difficile, de frustration et de manifestations surnaturelles qui servent de soupape de sécurité. Sauf que le film ne se contente pas de copier les classiques. Il ancre son histoire dans un réalisme social paysan très concret. On parle de crises agricoles, de bêtes malades, de dettes et de traditions religieuses rigides. Ce mélange entre fantastique et chronique rurale donne au film une identité à part qu'on croise rarement sur nos écrans. Le point fort du long-métrage, c'est clairement son atmosphère. La réalisatrice préfère nous faire ressentir les choses plutôt que de tout expliquer par de longs dialogues.
On navigue constamment dans une zone grise entre réalité brute, hallucination et pur surnaturel. Visuellement, la photo granuleuse donne un côté poisseux aux images, et le travail sur le son installe un malaise persistant qui grimpe doucement sous la peau. Le film aborde de front la peur du corps des femmes et la façon dont une communauté se ligue contre quelqu'un pour évacuer ses propres angoisses. Plus le récit avance, plus on glisse vers une sorte de chasse aux sorcières des temps modernes. C’est dans cette montée en tension psychologique que le film trouve ses meilleurs moments, avec quelques séquences franchement troublantes. Si le film tient debout malgré ses défauts, c'est en grande partie grâce à Maria Wróbel.
Elle est incroyable dans le rôle de Nawojka. C'est une performance physique, intense, tout en intériorité au début, puis explosive. Elle donne une vraie crédibilité humaine à cette gamine débordée par ce qui lui arrive. À ses côtés, Roxane Mesquida apporte son magnétisme habituel dans le rôle de la troublante Sandra. Leur duo électrique fait des étincelles et nourrit l'essentiel de la tension dramatique. Autour d'elles, les seconds rôles complètent bien ce tableau d'un monde rude et sans concessions. Tout n'est pas parfait pour autant. L’intrigue a tendance à s'éparpiller en cours de route. Le scénario ouvre pas mal de pistes sans forcément prendre le temps de les refermer, ce qui peut laisser sur sa faim.
Le rythme souffre aussi de quelques longueurs au milieu du film, où les scènes s'étirent un peu trop inutilement. En privilégiant les symboles et l'expérience sensorielle à une narration carrée, Julia Kowalski prend le risque de perdre une partie du public qui cherche une histoire linéaire avec des réponses claires. Ce ne sera pas du goût de tout le monde, le rythme est lent et l'atmosphère pesante demande un peu de patience. Mais pour les amateurs de cinéma de genre français audacieux et atmosphérique, c'est une curiosité qui mérite amplement qu'on s'y arrête.
Note : 6.5/10. En bref, Que ma volonté soit faite reste un film imparfait mais hautement recommandable pour sa singularité. Son mix d'horreur psychologique et de drame de la terre lui permet de sortir du lot. L'ambiance visuelle fonctionne à plein régime et la révélation Maria Wróbel vaut clairement le coup d'œil.
Sorti le 3 décembre 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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