1 Juin 2026
On arrive enfin au bout de Dear England, et le virage que prennent ces deux derniers épisodes est vraiment intéressant. Au début, la série se concentrait surtout sur la reconstruction d'une équipe brisée et sur la méthode Southgate pour redonner le sourire aux Three Lions. Mais avec les épisodes 3 et 4, on change complètement d'ambiance. Le sujet n'est plus seulement de savoir comment redonner confiance à des joueurs traumatisés par le passé. On touche à quelque chose de beaucoup plus brut : qu'est-ce qui se passe quand un projet magnifique, basé sur des valeurs humaines fortes, se cogne violemment au mur de la réalité et à l'obligation absolue de gagner ?
L'épisode 3 commence par remuer le couteau dans la plaie en revenant sur le traumatisme absolu de Gareth Southgate, à savoir son penalty raté pendant l'Euro 1996. Ce qui est fort, c'est que la série ne fait pas du surplace en montrant ça. Elle s'en sert pour faire comprendre que cette cicatrice n'a jamais vraiment fermé. C'est une ombre qui plane sur la moindre de ses décisions tactiques ou managériales. Plus le temps passe, plus on sent ce souvenir peser sur ses épaules, conditionnant sa vision du rôle de sélectionneur et sa façon de gérer le groupe. À travers ce prisme, la série pose une vraie question sur le sport de haut niveau, une histoire de quelques centimètres qui basculent d'un côté ou de l'autre.
/image%2F1199205%2F20260601%2Fob_9a0318_vlcsnap-2026-06-01-13h30m02s111.png)
Un ballon qui tape le poteau et qui rentre, ou qui fuit le cadre, et c'est toute une carrière qui change de trajectoire. On passe du statut de héros national à celui de coupable idéal en une seconde. Dear England démonte très bien ce mécanisme psychologique et montre comment le public et les médias construisent des récits parfois totalement injustes. Une victoire crée une légende intouchable, tandis qu'une défaite balaye instantanément des mois de travail honnête pour ne laisser place qu'à des jugements définitifs et cruels. Cette bascule devient flagrante et douloureuse après la finale perdue de l'Euro 2021.
L'épisode plonge dans le vif du sujet en montrant une équipe non seulement dévastée par l'échec sportif, mais aussi confrontée à un climat d'une violence extrême en dehors du terrain. Le racisme dégueulasse et les torrents de boue reçus par certains joueurs sur les réseaux sociaux viennent rappeler une triste réalité. Le football n'est jamais juste un jeu, il est le miroir des tensions et des failles d'une société tout entière. C'est là que la pression autour de Southgate devient presque étouffante. Pendant des années, tout le monde louait sa bienveillance, son approche moderne de la psychologie et l'ambiance saine qu'il avait réussi à installer. Mais dès que les lignes du palmarès restent vides, ces exactes mêmes qualités se retournent contre lui.
/image%2F1199205%2F20260601%2Fob_81391f_vlcsnap-2026-06-01-13h02m44s832.png)
Ce qui passait pour de la force et de l'empathie est soudain pointé du doigt comme de la mollesse ou un manque de hargne. La série montre parfaitement cette fissure dans le plan initial, l'idée reçue qu'un bon climat de groupe suffit pour soulever des trophées internationaux commence à voler en éclats. Il faut avouer que ce troisième épisode est parfois un peu trop gourmand. Il essaie de brasser énormément de choses en même temps, entre les crises politiques de la Grande-Bretagne, l'évolution du football moderne et les remous sociaux. Tout ce contexte est intéressant et donne du relief, c'est vrai, mais cela se fait parfois au détriment de l'émotion pure et du développement des personnages, qu'on perd un peu de vue au milieu du décor.
Heureusement, l'épisode 4 redresse la barre en se recentrant à 100 % sur Southgate et sur la fin de son cycle. On revient au cœur du dilemme ultime de tout entraîneur : faut-il s'entêter à aligner les plus grandes stars et les talents individuels les plus fous, ou faut-il s'accrocher à un collectif soudé quitte à se priver de certains génies ? Southgate a longtemps juré par le collectif et l'équilibre humain, mais face à l'urgence d'écrire l'histoire, on le voit vaciller et changer de méthode. Les choix deviennent froids, des têtes tombent, de nouveaux visages arrivent dans l'espoir de trouver la formule magique pour franchir la dernière marche. Cette partie finale propose des moments d'une grande justesse humaine.
/image%2F1199205%2F20260601%2Fob_0a9ce7_vlcsnap-2026-06-01-12h55m33s713.png)
On comprend bien que derrière les schémas tactiques et les listes de joueurs, il y a des trajectoires de vie, des sacrifices et des amitiés brisées. Joseph Fiennes est d'ailleurs impeccable dans ce sprint final. Il joue un Southgate usé, marqué physiquement et mentalement par des années passées sous l'œil des caméras et le jugement permanent d'un pays entier. La fraîcheur et l'optimisme des débuts ont laissé la place à une immense fatigue émotionnelle. La conclusion de Dear England évite le piège du mélo ou de la glorification excessive. Elle montre simplement comment la quête absolue de la victoire peut pousser un homme à écorner ses propres principes.
Ce n'est pas jugé comme une trahison, mais filmé comme une conséquence inévitable de la machine essoreuse qu'est le football moderne. Au bout du compte, la série dépasse largement le cadre du ballon rond pour livrer une réflexion globale sur la peur de l'échec, le poids des attentes et la difficulté de rester fidèle à soi-même quand tout le monde hurle autour de vous. C'est une chronique touchante et lucide sur les espoirs massifs qu'une nation projette sur onze joueurs, avec son lot de doutes, de sacrifices et de profondes désillusions.
Note : 7/10. En bref, cette fin de mini-série délaisse la reconstruction bienveillante de l'équipe pour filmer la violente collision entre un projet humain et l'obligation absolue de gagner. Dear England dépasse alors le simple cadre du football pour livrer une chronique touchante et lucide sur la peur de l'échec et le poids étouffant des attentes d'une nation.
Prochainement en France
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog