Dear England (Mini-series, épisodes 1 et 2) : le foot au scalpel de la psychologie anglaise

Dear England (Mini-series, épisodes 1 et 2) : le foot au scalpel de la psychologie anglaise

Le football anglais traîne une malédiction qui dépasse largement le cadre du sport. C’est cette idée tenace d'avoir inventé le jeu, mais de passer sa vie à perdre aux tirs au but sous le poids d'une pression nationale étouffante. Adaptée de la pièce de théâtre de James Graham, la mini-série Dear England s'attaque de front à ce traumatisme en racontant l'arrivée de Gareth Southgate à la tête des Three Lions. Après les deux premiers épisodes, le constat est clair : le ballon rond n'est ici qu'un prétexte pour disséquer l'identité, le doute et le rapport à l'échec de tout un pays.

 

Alors que l’équipe de foot d’Angleterre traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire, Gareth Southgate prend les commandes avec la volonté de faire oublier son triste record de pire équipe au monde aux tirs au but. Ancien joueur marqué par ses propres échecs, Southgate sait qu’il doit affronter les fantômes du passé pour briser une longue série d’échecs. Dans une nation qui a accumulé les désillusions, il tente l’impossible : réconcilier l’Angleterre avec la victoire.

La série s’ouvre sur un fantôme qui hante encore les mémoires outre-Manche : le penalty raté par Southgate lui-même lors de l’Euro 1996. En mêlant de vraies images d’archives et une reconstitution portée par Joseph Fiennes, le premier épisode pose immédiatement le décor. On comprend tout de suite la charge mentale qui pèse sur cet homme. Southgate n'est pas le manager à poigne ou le leader charismatique auquel le cinéma nous a habitués. La série insiste sur sa réserve, sa politesse presque excessive, et surtout sur son projet fou : changer la mentalité d'un groupe avant même de penser à changer de tactique. Il faut dire que le chantier est immense. 

 

À son arrivée, l'équipe d'Angleterre ressemble plus à un assemblage de clans rivaux, où les joueurs défendent d'abord les couleurs de leur club (Manchester, Liverpool, Chelsea) avant de penser au maillot national. C'est là qu'intervient Pippa Grange, une psychologue du sport incarnée par Jodie Whittaker. Son rôle devient vite le cœur battant du récit. À travers des sessions de parole un peu déstabilisantes ou des stages de cohésion chez les militaires, la série montre comment Southgate et Grange tentent de créer un vrai sentiment d'appartenance. Ce qui touche dans ce début de série, c'est sa manière de filmer la vulnérabilité des athlètes. 

On oublie souvent que derrière les salaires mirobolants se cachent des gamins terrifiés par la critique et le regard des médias. Le monologue de Southgate sur son raté de 1996 est l’un des moments les plus forts de ce démarrage. Ce n’est pas un discours de vestiaire standard pour motiver les troupes, c'est une confession honnête sur la façon dont une seule seconde peut flinguer une réputation pour le reste d'une vie. Visuellement, Dear England assume son ADN théâtral, et c'est un choix qu'il faut accepter. Les scènes de football ne cherchent pas le réalisme pur d'un match diffusé le samedi après-midi. Les décors sont parfois minimalistes, presque abstraits, notamment lors des séances de tirs au but plongées dans le noir. 

 

Cela peut surprendre, mais ce parti pris esthétique permet de se focaliser sur ce qui compte vraiment : les visages, la sueur et la panique qui s'empare des joueurs. Du côté des acteurs, Joseph Fiennes propose un Gareth Southgate ultra-étudié. Par moments, on frôle un peu l’imitation mécanique, avec ses tics de langage et sa posture si reconnaissable. Mais la mayonnaise prend parce qu'il arrive à rendre ce sélectionneur profondément humain, un homme habité par ses propres doutes qui essaie d'imposer un management bienveillant dans un milieu qui l'est rarement. Le deuxième épisode change de braquet et gagne en intensité. 

On fait un bond dans le temps après la Coupe du Monde 2018. L'effet de surprise est passé, l'Angleterre a repris goût à l'espoir, et c'est précisément là que les ennuis commencent. La lune de miel est terminée, il ne s'agit plus seulement de "bien figurer" ou de reconstruire, il faut gagner des titres. Cette transition fait basculer la série dans quelque chose de plus sombre. Le management de Southgate perd de son idéalisme. On voit les premiers arbitrages douloureux, les joueurs laissés sur le carreau et le retour de flamme d'une presse tabloïd impitoyable. Le coût émotionnel de la haute performance est parfaitement retranscrit. La série ne recule pas non plus devant les sujets qui fâchent. 

 

Le racisme dans les stades, le déferlement de haine sur les réseaux sociaux et la politisation des joueurs traversent l'écran. Dear England montre bien comment cette équipe est devenue le miroir des fractures de la société britannique post-Brexit. Parfois, les dialogues se font un peu trop explicites, comme si la série tenait absolument à ce que l'on comprenne sa métaphore sociale, mais le duo Fiennes-Whittaker fonctionne assez bien pour maintenir le cap. Les acteurs qui jouent les footballeurs, notamment celui qui interprète un Harry Kane calme et appliqué, s'en sortent d'ailleurs très bien sans tomber dans la caricature. 

 

Note : 7/10. En bref, ces deux premiers épisodes s’avèrent captivants car ils traitent le football comme un objet culturel majeur, et non comme un simple divertissement. Dear England parle de notre besoin de reconnaissance et de la peur de ne pas être à la hauteur. Sans réinventer la fiction sportive, la série séduit en prenant le temps de regarder ses personnages respirer, loin des clichés habituels du genre. Un début très encourageant, qui donne envie de voir comment cette reconstruction psychologique va tenir le choc face à la réalité du terrain.

Prochainement en France

 

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