15 Juin 2026
Créer un club de sport professionnel à partir de zéro, c'est une excellente idée sur le papier. C’est encore plus prometteur quand on décide d’en faire une série télé. Avec sa première saison de six épisodes, Ground Up se lance pile dans ce créneau. On plonge dans l'univers des comédies de bureau où la paperasse, les réunions à rallonge et les guerres d'ego prennent vite le pas sur le simple bon sens. Le décor ici, c'est le lancement d'une nouvelle franchise de football australien en Tasmanie. Une toile de fond parfaite pour disséquer les coulisses d'un projet qui mélange sport, gros sous et politique locale.
La Tasmanie a finalement reçu le feu vert pour intégrer une équipe dans l'AFL, mais il y a un hic. Les habitants doivent construire un nouveau stade, et tout le monde ne pense pas que cette dépense d'un milliard de dollars soit une bonne idée.
Le point de départ est vraiment solide et le milieu du sport se prête merveilleusement bien à la moquerie. Pourtant, même si on sourit devant des répliques bien senties et que les personnages finissent par devenir attachants, cette première saison laisse une drôle d'impression. On est clairement face à un programme léger, presque trop gentil, qui manque cruellement de mordant pour une vraie satire. Au milieu de tout ça, on suit Hugh Shen. C'est le gars chargé de piloter la création du club de A à Z. Et la liste des tâches est longue : trouver l'identité de l'équipe, dénicher des partenaires financiers, négocier avec les institutions et, le plus gros morceau, gérer la construction d'un stade dont le budget explose et fait grincer des dents.
Derrière cette mission déjà bien lourde se cache un immense labyrinthe administratif. Le moindre choix doit être validé par une armée d'intermédiaires, ce qui bloque la moindre avancée concrète. La grande force de la série, c’est qu'elle sait pointer du doigt l'absurdité de cette bureaucratie sans jamais tomber dans la grosse farce lourde ou la caricature facile. Les réunions entre les différents directeurs tournent souvent à des exercices de style assez savoureux. Chacun essaie de protéger sa place et d'utiliser un jargon bien corporate pour ne surtout pas prendre de responsabilité, ce qui fait tourner les dossiers en rond pendant des plombées.
Le duo principal porte plutôt bien l'histoire, notamment parce que leurs objectifs respectifs s'entrechoquent en permanence. D’un côté, Hugh court après ses ambitions personnelles et veut faire briller le projet. De l’autre, Destiny surveille les comptes de très près avec la ferme intention de bloquer les dérives financières. Leur relation n'est pas une guerre ouverte, mais plutôt une rivalité de couloir assez subtile. Cela permet d'apporter un peu de nuance et d'éviter les clichés habituels du gentil contre le méchant. La série s'amuse beaucoup avec les passages obligés du sport moderne. Les scènes de remue-méninges autour de la création de la chanson officielle de l'équipe, du choix de la mascotte ou de la stratégie de communication sont de bons moments.
Elles montrent super bien le décalage complet entre les discours officiels hyper sérieux et les préoccupations un peu ridicules des gens qui prennent les décisions. Côté dialogues, le rythme est rapide et l'écriture s'appuie à fond sur la mauvaise foi et la logique absurde. Beaucoup d'échanges font sourire doucement parce que les discussions tournent en boucle, même si ça ne va jamais jusqu'au grand éclat de rire. Heureusement, le rythme général reste dynamique. Les épisodes s'enchaînent sans aucun problème et on ne s'ennuie pas en chemin. Pour amener un peu de pure comédie, la série mise sur le personnage de Jameson. Complètement incompétent et gaffeur professionnel, il apporte la touche de légèreté indispensable.
Ses interventions permettent de détendre l'atmosphère quand l'ambiance devient trop sérieuse et il sert souvent de déclencheur aux crises entre les autres cadres de l'équipe. Le vrai problème de cette saison 1 vient finalement de son étiquette. On nous vend Ground Up comme une comédie pure, mais l'humour y est vraiment discret. La production préfère s'installer dans une ironie tranquille et mettre en lumière les failles du système plutôt que de construire de vraies scènes drôles avec des chutes mémorables. Cette retenue permanente crée une petite frustration au fil des épisodes. Les sujets de fond comme l'utilisation de l'argent public, la com politique, le business ou la gestion des fédérations sportives ont un potentiel comique énorme.
Malheureusement, la série choisit presque toujours l'observation polie plutôt que la grosse exagération satirique. On reste un peu sur notre faim, avec l'idée tenace que l'écriture aurait pu pousser les potards beaucoup plus loin. Le jeu très sobre de Sam Pang renforce ce sentiment de neutralité. Son interprétation ultra calme contraste nettement avec les personnages secondaires, qui se récupèrent les moments les plus vivants de la série. Si ce choix donne une vraie crédibilité au héros, il coupe aussi un peu l'élan comique de pas mal de scènes qui auraient mérité plus d'énergie. Malgré tout, l’ensemble garde une ligne directrice claire et agréable.
Ground Up ne cherche pas à faire de l'humour visuel ou des gags énormes. Elle préfère se baser sur les relations de pouvoir, les petites manigances humaines et la bêtise de l'administration qui entoure un projet de cette taille. L'évolution de l'intrigue est bien gérée tout au long des six épisodes. Plus l'histoire avance, plus les masques tombent. On découvre les intérêts cachés des uns et des autres, ce qui rend les discussions plus fluides et les situations nettement plus prenantes en fin de saison. Pour résumer, cette première saison de Ground Up est un divertissement tout à fait honnête, mais elle ne viendra pas révolutionner le monde de la comédie administrative.
L'écriture est assez bien ficelée pour tenir en haleine, le casting fait le boulot et plusieurs piques bien placées atteignent leur cible. Par contre, il ne faut pas s'attendre à une série hilarante qui enchaîne les moments cultes. On sourit souvent, mais on ne rigole pas aux éclats. L'intérêt principal est ailleurs : il se trouve dans ce regard un peu cynique porté sur les rouages administratifs et sur les contradictions du business du sport aujourd'hui. C'est une chronique satirique légère, idéale pour se vider la tête, qui remplit son contrat sans chercher à faire d'étincelles.
Note : 5.5/10. En bref, cette première saison de Ground Up est un divertissement tout à fait honnête, mais elle ne viendra pas révolutionner le monde de la comédie administrative. L'écriture est assez bien ficelée pour tenir en haleine, le casting fait le boulot et plusieurs piques bien placées atteignent leur cible. Par contre, il ne faut pas s'attendre à une série hilarante qui enchaîne les moments cultes. On sourit souvent, mais on ne rigole pas aux éclats.
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