20 Juin 2026
On cherche tous la prochaine série policière capable de nous tenir en haleine tout un week-end. Sur le papier, la première saison de Nemesis cochait toutes les cases du thriller efficace. Huit épisodes, un flic obsédé par une vieille affaire et un criminel brillant qui a toujours un coup d'avance. Le pitch classique du chat et de la souris, parfait pour les amateurs de braquages et de duels psychologiques. Pourtant, après avoir dévoré l'intégralité de cette saison, mon avis reste particulièrement mitigé. Le show propose du grand spectacle, mais il oublie parfois de construire une histoire solide.
Coltrane Wilder, un expert en droit criminel, croise le chemin d'Isaiah Stiles, un brillant détective de police. Ce qui commence comme une série visant à subvertir le genre du hold-up à chaque tournant, avec des enjeux palpitants, des dynamiques familiales et de l'action explosive, donne en fait naissance à une exploration de ce qui nous motive, nous soutient et finit par nous détruire.
Dès le départ, la série annonce la couleur. Ici, on ne perd pas de temps avec les détails. L'intrigue avance à cent à l'heure, privilégiant l'action pure et les rebondissements permanents à une véritable construction narrative. Ce choix de mise en scène donne une impression de précipitation assez déroutante. Les personnages sautent d'une galère à une autre sans que l'on puisse vraiment digérer ce qui vient de se passer. On sent que la production a voulu éviter à tout prix les longueurs, mais cela se fait malheureusement au détriment de la logique et de la crédibilité du récit. Le grand point fort de la série, c'est son face-à-face central.
L'histoire repose entièrement sur l'affrontement entre l'inspecteur Isaiah Stiles, un flic obstiné, et Coltrane Wilder, le cerveau criminel derrière une série d'attaques majeures. Cette rivalité fonctionne plutôt bien et sauve clairement la saison du naufrage. Les deux hommes se cherchent, se devinent et se provoquent à distance. Ce jeu de miroirs apporte une tension bienvenue et donne une vraie dynamique aux épisodes. C'est le moteur principal de la série, et on prend un certain plaisir à suivre leurs échanges. Le problème, c'est que ce duel ne suffit pas à masquer les grosses ficelles de l'écriture. Plus la saison avance, plus les scénaristes abusent des facilités scénaristiques.
L'inspecteur Stiles a des intuitions géniales qui tombent du ciel, et les coïncidences heureuses se multiplient pour faire progresser l'enquête. Voir des personnages clés débarquer pile au bon moment ou résoudre des énigmes complexes en trois secondes devient vite agaçant. Si on accepte de débrancher son cerveau, ça passe. Mais si on cherche une enquête policière rigoureuse, on décroche rapidement. Cette superficialité touche aussi le développement des personnages. En dehors du duo principal, personne n'existe vraiment. La série tente bien d'intégrer des drames personnels, des histoires de famille ou des tensions de couple pour donner de l'épaisseur à tout ce beau monde, mais ces tentatives tournent court.
Dès qu'une scène intime s'installe, elle est balayée par une nouvelle explosion ou une course-poursuite. Les traumatismes des protagonistes ne servent finalement que de prétextes pour relancer l'action, sans jamais enrichir leur psychologie. Cette gestion du rythme pose question. Vouloir maintenir le spectateur sous pression est une bonne idée, mais le manque de pauses finit par saturer l'écran. À force de vouloir enchaîner les moments forts sans aucun temps mort, la série désamorce son propre impact émotionnel. Les scènes de deuil ou de trahison, qui auraient dû nous serrer le cœur, sont expédiées en deux minutes chrono pour passer au braquage suivant.
C'est dommage, car un peu plus de calme aurait permis de mieux s'attacher aux personnages. Visuellement, la réalisation s'inspire ouvertement des thrillers urbains américains. On retrouve les codes habituels avec de grandes scènes d'action, des fusillades et des filtres de caméra modernes. Le résultat est assez inégal. Si certaines séquences de poursuite s'en sortent honorablement, d'autres manquent cruellement de réalisme et font un peu cheap. On sent l'ambition derrière la caméra, mais les moyens ne suivent pas toujours, ce qui rompt parfois l'immersion. Le casting risque lui aussi de diviser. Si les deux acteurs principaux s'en sortent bien et affichent une belle énergie, les rôles secondaires sont à la peine.
Les dialogues sonnent parfois très faux, avec des répliques mécaniques qui manquent cruellement de naturel. Pour ne rien arranger, la version française accentue ce côté artificiel. Le doublage est parfois à côté de la plaque, et je ne saurais trop vous conseiller de tenter la version originale si vous voulez donner une vraie chance à la série. Le scénario souffre également d'une surcharge d'intrigues secondaires. À force de vouloir multiplier les fausses pistes, les alliances secrètes et les trahisons de dernière minute, l'histoire devient confuse. On a parfois l'impression que les créateurs cherchent le choc immédiat, le fameux cliffhanger de fin d'épisode, plutôt que la cohérence globale.
À vouloir trop en faire, on finit par s'emmêler les pinceaux et par perdre le fil conducteur de l'enquête principale. Nemesis n'est pas un désastre pour autant. C'est un divertissement pop-corn qui se regarde très vite. Le format de huit épisodes permet de binge-watcher la saison sans s'ennuyer une seule seconde. La structure est pensée pour vous donner envie de cliquer sur l'épisode suivant, et chaque fin de chapitre apporte son lot de questions. Si vous cherchez juste une série rythmée pour décompresser après une longue journée, le contrat est rempli. Les amateurs de polars sombres, de psychologie complexe et d'enquêtes pointilleuses devront en revanche passer leur chemin.
La série survole ses thèmes majeurs comme la corruption ou les secrets de famille sans jamais les approfondir. Au final, cette première saison de Nemesis ressemble à un immense huitième de finale qui refuse de ralentir. Le potentiel était là, la rivalité de départ était prometteuse, mais l'exécution manque de maturité. Un projet divertissant, mais qui s'oublie malheureusement aussi vite qu'il se regarde.
Note : 5/10. En bref, porté par un duel d'acteurs efficace et un rythme effréné, Nemesis s'avère être un divertissement pop-corn qui se laisse regarder sans ennui. La série pèche cependant par une écriture superficielle et une accumulation de facilités scénaristiques qui sacrifient la cohérence de l'enquête au profit de l'action pure.
Disponible sur Netflix
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