20 Juin 2026
Never Change! // De Marty Schousboe. Avec John Reynolds, Sofia Black D'Elia et Carmen Christopher.
Avec un pitch pareil, Never Change! avait de quoi piquer ma curiosité. Imaginez un groupe de trentenaires obligés de retourner sur les bancs du lycée pour valider une année scolaire foirée à cause d'une catastrophe survenue des années plus tôt. Sur le papier, le potentiel comique saute aux yeux. Entre la crise de la trentaine, la nostalgie des années lycée et le choc des générations avec les ados d'aujourd'hui, il y avait de quoi signer une satire hyper efficace sur les difficultés de l'âge adulte. Malheureusement, la promesse de départ s'effondre assez vite. Dès les premières minutes, le film annonce la couleur : ce sera excessif, provocateur et totalement absurde.
En 2005, la promotion de terminale du lycée North Meadows a vu son année écourtée à cause d’une tornade qui a détruit la moitié de l’établissement. Aujourd’hui, dans la trentaine, ils sont obligés de terminer le lycée une bonne fois pour toutes.
Le réalisateur balance une pluie de situations loufoques, de dialogues crus et de vannes qui cherchent l'effet de surprise à tout prix. Le problème, c'est que ce running gag visuel et verbal devient vite épuisant. On sent que le film confond accumulation de bizarreries et efficacité comique. Chaque scène tente de surenchérir sur la précédente sans aucune logique interne. Au lieu de nous plonger dans un univers déjanté mais cohérent, le long-métrage donne surtout l'impression d'enchaîner des sketchs écrits sur un coin de table. Côté scénario, on suit plusieurs profils forcés de cohabiter avec des ados pour décrocher leur diplôme.
Il y a la trentenaire fraîchement divorcée qui cherche un second souffle, le daron nostalgique de ses années de bringue, l'adulte coincé dans un corps d'ado qui refuse les responsabilités, et l'ex-cadre dynamique en plein burn-out. Le gros point noir, c'est que le film veut donner du temps d'antenne à tout le monde. Résultat, aucun personnage n'a vraiment l'espace pour exister. Le récit saute d'une intrigue à l'autre, coupant court aux élans des uns et des autres avant même qu'on s'attache à eux. Cette dispersion gâche le visionnage. Les personnages traversent les scènes sans évoluer. Pire encore, certains disparaissent pendant de longues minutes pour réapparaître sans que cela n'apporte quoi que ce soit à l'histoire.
Pour une comédie chorale, ce manque de développement est super frustrant. Derrière leurs délires, ces adultes bloqués dans leur passé auraient pu être touchants, mais le film choisit systématiquement la farce lourde plutôt que la subtilité. L'humour de Never Change! repose presque entièrement sur le malaise et la provocation. C'est un genre difficile qui demande une vraie maîtrise. Le cinéma nous a déjà prouvé qu'on pouvait rire de personnages détestables ou ridicules, mais ici, la mayonnaise ne prend pas. Les vannes tombent à plat, plombées par des dialogues inutilement vulgaires et des comportements trop irrationnels pour être drôles.
À force de vouloir choquer et surprendre, le film devient paradoxalement hyper prévisible et répétitif. On ressent aussi un gros problème de rythme, probablement lié à une trop grande liberté laissée aux acteurs. Beaucoup de séquences sentent l'improvisation à plein nez. Si cela apporte parfois un peu de fraîcheur, cela donne surtout l'impression que personne n'a fait de tri au montage. Des scènes s'étirent en longueur sans raison, cassant la dynamique globale. Même quand un sourire pointe le bout de son nez, il est immédiatement étouffé par une nouvelle vague de gags ratés. La réalisation ne vient malheureusement pas relever le niveau.
Visuellement, le film ressemble à n'importe quelle production standard calibrée pour les plateformes de streaming. La mise en scène manque cruellement d'identité et de personnalité, ce qui renforce l'idée d'un projet emballé à la va-vite. Pourtant, le film effleure de bonnes idées par moments. Ce retour forcé à l'adolescence aurait pu amener une jolie réflexion sur les regrets, les choix de vie et la peur de vieillir. Dans sa dernière ligne droite, le scénario tente d'ailleurs d'injecter un peu de sincérité. Les personnages commencent enfin à se poser les bonnes questions sur leur vie. Mais ces éclairs de lucidité arrivent trop tard et manquent de profondeur pour bousculer le spectateur.
Ce grand écart entre émotion tardive et grand n'importe quoi crée une vraie confusion. On ne sait plus si on regarde une satire délirante ou une chronique douce-amère. Les acteurs font ce qu'ils peuvent avec ce qu'on leur donne. On sent que le casting a du potentiel et un vrai sens du timing, mais les personnages restent trop caricaturaux pour marquer les esprits. Au final, Never Change! est une comédie qui mise tout sur son excentricité en oubliant de consolider ses fondations. Les amateurs d'humour absurde et d'ovnis cinématographiques y trouveront peut-être leur compte le temps d'une soirée. Pour les autres, le film laissera un goût d'inachevé.
C'est d'autant plus frustrant qu'avec un pitch aussi original, il y avait la place pour une excellente critique de notre société. Le film a préféré choisir la facilité du burlesque, quitte à perdre en chemin tout ce qui faisait son intérêt.
Note : 3.5/10. En bref, Never Change! est une comédie qui mise tout sur son excentricité en oubliant de consolider ses fondations. Les amateurs d'humour absurde et d'ovnis cinématographiques y trouveront peut-être leur compte le temps d'une soirée. Pour les autres, le film laissera un goût d'inachevé.
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