15 Juin 2026
Le premier épisode d’une série, c’est quitte ou double. Soit on vous brosse dans le sens du poil pour vous retenir, soit on prend des risques. Avec le lancement de sa saison 1, Proud choisit clairement la deuxième option. La série ne cherche pas à nous plaire tout de suite, et c’est plutôt courageux. À la place, on nous jette au visage un personnage principal plein de défauts, agaçant par moments, carrément irresponsable par d’autres. L'histoire s’installe tranquillement, en nous faisant comprendre que derrière les paillettes se cachent des fêlures beaucoup plus profondes. En fin de compte, ce premier épisode m’a donné l’impression de commencer un voyage intime avec un mec paumé, bien plus qu'une simple fiction centrée sur les thématiques LGBTQ+.
Filip, un jeune modèle gay impulsif et sûr de lui, mène jusqu’ici une vie sans responsabilités et vit comme si rien ne pouvait ébranler son monde. Son manque de confiance en lui est masqué par une arrogance, un charme et le succès dans sa carrière de mannequin. Mais tout change lorsqu’une tragédie familiale survient et bouleverse complètement son existence. Soudain, Filip est confronté à un défi inattendu : prendre soin d’un enfant. Il doit alors essayer de préserver sa liberté et son style de vie tout en assumant une responsabilité qui lui est étrangère.
Filip, notre héros, n'a rien du bon gars traditionnel auquel on a envie de s'identifier. C'est un mannequin qui passe sa vie en boîte, enchaîne les excès et prend des décisions franchement discutables. Dès les premières minutes de l'épisode, la caméra insiste bien sur ce quotidien superficiel. Le plaisir immédiat passe avant tout, et les responsabilités attendront bien le lendemain. C'est le genre de profil qui peut vite agacer, et j'ai eu un peu de mal avec lui au départ. Mais la série est plus fine qu'elle n'en a l'air. Derrière ce comportement de gamin gâté, on commence à deviner une vraie complexité. Les scénaristes font le choix de ne pas tout nous expliquer d'un coup.
Le passé de Filip nous est donné au compte-gouttes, et il faut accepter de n'avoir qu'une vision floue de ce qui l'a amené là. Ce choix de narration va forcément en bloquer certains, mais ça évite de tomber dans le piège de la psychologie de comptoir où chaque action est lourdement justifiée. Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est cette volonté de ne pas rendre Filip sympathique d'entrée de jeu. D'habitude, les séries se dépêchent de donner une bonne excuse à leur héros pour qu'on l'aime bien malgré ses conneries. Ici, rien du tout. Le mec enchaîne les erreurs, fait galérer son entourage et passe son temps à fuir dès que les choses deviennent sérieuses. On le regarde foncer dans le mur, presque impuissant. Heureusement, sa relation avec sa sœur apporte une bouffée d'oxygène.
Au milieu des engueulades, on sent qu'il y a un vrai lien, une affection solide qui s'est forgée dans un passé familial visiblement douloureux. Ces moments plus calmes contrastent bien avec le bruit et la fureur de la vie nocturne de Filip. Cela permet de poser le rythme et de respirer un peu entre deux soirées arrosées. Les personnages secondaires ne sont pas en reste et aident à rendre cet univers crédible. Des figures comme Olek ou Kiki ne sont pas là juste pour faire de la figuration autour du héros. Même s’ils n'ont pas énormément de temps à l'écran dans ce pilote, ils affichent déjà un caractère bien trempé. On sent qu'ils ont leur propre vie, leurs propres problèmes, et on a envie d'en découvrir plus sur eux dans la suite de la saison.
Côté réalisation, Proud se démarque en adoptant un style très visuel qui fait plus penser à du cinéma qu'à une production télé classique. Qu'il s'agisse de l'ambiance des boîtes de nuit, du décor des appartements ou des gros plans très serrés sur les visages, tout est fait pour créer une atmosphère immersive. Le réalisateur ne cherche pas à faire de l'esbroufe, il filme juste le réel avec une belle sensibilité. J'ai aussi aimé la place accordée à l'humour. Beaucoup de scènes jouent sur un comique de situation un peu gênant ou sur de la comédie physique. Ça marche super bien et ça permet de détendre l’atmosphère, car on sent bien que le drame n'est jamais très loin. Ce mélange des genres sauve l'épisode d’un ton qui aurait pu devenir trop lourd ou moralisateur.
Après, tout n'est pas parfait. Au début, le portrait de Filip cumule pas mal de clichés sur le milieu de la nuit : la drogue, l'alcool, l'autodestruction. Il faut être patient pour voir apparaître les premières nuances derrière cette panoplie de fêtard superficiel. Si vous aimez les personnages attachants dès les cinq premières minutes, vous risquez de rester sur le carreau. Pourtant, c’est exactement ce que je trouve intéressant. J'ai l'impression que la série prend son temps pour mieux déconstruire ce cliché par la suite. Proud réussit aussi à intégrer des sujets de société importants, comme l'homoparentalité ou le poids des préjugés, sans jamais donner de leçon ni se transformer en tract militant. Les thèmes arrivent naturellement dans les discussions de tous les jours, ce qui rend les enjeux plus humains.
La fin de l’épisode change d’ailleurs la donne. Sans en faire trop, les dernières minutes installent une tension pesante qui modifie notre regard sur tout ce qu'on vient de voir. Ce qui ressemblait au départ au portrait d'un jeune homme fuyant la réalité prend une tournure beaucoup plus sérieuse et intrigante. Proud choisit de prendre son temps plutôt que de précipiter les choses pour rassurer le public, et c'est un très bon point pour la crédibilité de l'histoire. Certes, ce premier épisode a quelques ratés. Quelques lignes de dialogue manquent de naturel et certaines scènes insistent un peu trop lourdement sur les pires aspects de Filip, ce qui peut sembler répétitif. Mais malgré ces petits défauts, la curiosité est là. On a envie de savoir jusqu’où ce personnage va aller.
Note : 7/10. En bref, ce début de Proud est vraiment positif. La série pose des bases saines, refuse la facilité et prépare le terrain pour quelque chose de fort sur le plan émotionnel. Ce pilote ne cherche pas à tout expliquer d'un coup, mais il fait parfaitement son boulot en nous donnant envie de lancer immédiatement l'épisode suivant.
Disponible sur HBO max
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