Critiques Séries : Proud. Saison 1. Episode 4.

Critiques Séries : Proud. Saison 1. Episode 4.

Proud // Saison 1. Episode 4. #1.4.

 

Depuis le lancement de Proud, on suit Filip pas à pas dans sa toute nouvelle vie. Le premier épisode posait le décor de son quotidien festif, le deuxième gérait le choc brutal du deuil, et le troisième le plongeait dans les débuts chaotiques de la parentalité. Ce quatrième chapitre ralentit le rythme pour aller plus loin. Cette fois, les problèmes ne viennent plus seulement de ses propres erreurs ou de ses élans impulsifs. Il doit faire face à un monde extérieur qui doute ouvertement de sa capacité à devenir le tuteur de Tosia. Ce que j'aime depuis le début avec cette série, c'est qu'elle ne cherche pas à rendre son héros parfait ou immédiatement attachant. 

 

Cet épisode continue sur cette lancée, mais il corse l'addition en ajoutant des barrières extérieures. Proud prend de l'ampleur sans perdre ce qui fait sa force : raconter une histoire simple, humaine et sans chichis. L'évolution de Filip se dessine plus nettement maintenant. Les changements se font par petites touches, loin des grands élans mélodramatiques, mais la prise de conscience est bien là. Son quotidien n'a plus grand-chose à voir avec celui du pilote. Les soirées à rallonge passent au second plan, et il commence à capter ce que signifie gérer un appart et une routine. Le point fort, c'est que cette transition n'a rien d'un miracle. Filip garde ses défauts, ses réactions à vif et ses maladresses qui lui compliquent souvent la tâche. 

Mais on sent que le bien-être de Tosia pèse désormais dans chacune de ses décisions. C'est fluide, crédible, et ça s'inscrit parfaitement dans la trajectoire dessinée depuis le départ. L'un des gros points forts de cet épisode, c'est la confrontation avec le parcours du combattant administratif. Jusqu'ici, la série se focalisait surtout sur le choc émotionnel de cette paternité improvisée. Là, elle nous rappelle cruellement que la bonne volonté ne suffit pas toujours quand la machine administrative s'en mêle. Sans jamais tomber dans le pathos ou la démonstration lourde, Proud montre comment des préjugés bien ancrés se traduisent concrètement dans la vie des gens. 

 

Une nouvelle tension s'installe : le défi n'est plus seulement d'apprendre à s'occuper d'une enfant au jour le jour, mais de prouver à des inconnus derrière un bureau qu'il en est capable. Ça donne tout de suite une autre dimension à l'histoire. Ce qui me plaît dans cette production, c'est sa façon de toucher à des sujets sociétaux sensibles sans donner l'impression de réciter un tract. L'orientation sexuelle de Filip fait partie de son histoire et influence son parcours, mais la série ne fait pas l'erreur de le résumer uniquement à ça. Cet épisode dose parfaitement son propos. Les regards extérieurs ou les bâtons dans les roues qu'on lui met rappellent le contexte lourd dans lequel il évolue. Pourtant, l'accent reste mis sur le vécu intime des personnages plutôt que sur de longs discours moralisateurs.

On comprend les obstacles sans qu'on ait besoin de nous les expliquer pendant dix minutes. Au final, ce sont les scènes du quotidien entre Filip et Tosia qui deviennent les moments les plus captivants de la série. Il n'y a pas de grands éclats ni de déclarations d'amour larmoyantes. Tout passe par des petits détails : un rituel qui s'installe, un regard complice en déjeunant, un silence partagé sur le canapé. Cette simplicité marche à fond. Elle permet de mesurer le chemin parcouru depuis le début où Filip paniquait à la moindre responsabilité. Même si la situation reste précaire et que tout peut s'effondrer, le lien qui se tisse entre eux est indéniable et apporte un vrai supplément d'âme au récit.

 

Cet épisode 4 lâche un peu l'accélérateur. Les scènes explosives ou les excès des débuts laissent place à une ambiance beaucoup plus intimiste. Ce choix va sûrement diviser une partie du public qui préférait le côté imprévisible des premiers épisodes. De mon côté, je trouve ce ralentissement hyper logique. La mise en scène s'adapte à la reconstruction de Filip. Les dialogues prennent leur temps, les silences s'installent et les tensions se règlent par des échanges plutôt que par des rebondissements artificiels. C'est posé, réfléchi, et ça consolide l'histoire. Ignacy Liss crève toujours l'écran dans le rôle principal. Il réussit à faire passer les doutes profonds de Filip d'un simple regard, sans en faire des tonnes. Sa complicité avec la jeune actrice qui joue Tosia fonctionne à merveille, portée par une vraie justesse de ton.

 

Note : 8/10. En bref, cet épisode montre que Proud voit plus loin que le simple drame familial. La série s'ouvre sur le monde et rappelle que la bonne volonté se heurte parfois à un système rigide. Le jeune homme insouciant est toujours là, mais il laisse la place à un adulte qui essaie sincèrement de bien faire. Même si l'intrigue avance moins vite, ce choix de privilégier l'humain renforce la structure de la saison et prépare la suite de manière solide. Une belle réussite qui trouve son équilibre parfait entre émotion, évolution personnelle et constat social.

Disponible sur HBO max

 

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