Critiques Séries : Proud. Saison 1. Episode 5.

Critiques Séries : Proud. Saison 1. Episode 5.

Proud // Saison 1. Episode 5. #1.5.

 

Depuis qu’elle a commencé, la série Proud prend son temps pour décortiquer le personnage de Filip. Épisode après épisode, on a l'impression de lui retirer ses couches de protection. L’homme un peu branché, léger et insouciant qu’on a découvert au tout début de la saison semble déjà très loin. Avec ce cinquième épisode, la série passe clairement à la vitesse supérieure. Elle balance son héros face à un mur assez violent : ce n'est pas parce qu'on décide de s’en sortir et de faire les choses bien que le monde autour décide de nous faire de l’espace. Après un quatrième épisode qui insistait pas mal sur la lourdeur de l’administration et sur les jugements extérieurs, cette suite logique creuse le même sillon, mais en y ajoutant une sacrée dose d’émotion. 

 

En regardant cet épisode, j'ai vraiment eu l'impression que le sujet principal n'était plus seulement la difficulté d'élever un enfant à l'improviste, mais plutôt l'épuisement mental de devoir sans arrêt prouver qu’on est légitime. Ce qui frappe le plus ici, c'est cette idée de combat permanent où les efforts ne paient pas tout de suite. Filip essaie de changer depuis plusieurs semaines. Il range sa vie, prend ses responsabilités, cherche à poser un cadre rassurant pour sa nièce Tosia. Pourtant, dès qu’il fait un pas en avant, un nouvel obstacle surgit pour le renvoyer deux pas en arrière. C'est frustrant, et c'est fait exprès. J’ai beaucoup aimé le fait que la série refuse la facilité du déclic magique. 

Là où d'autres fictions auraient choisi de nous rassurer avec une progression linéaire et encourageante, Proud choisit d'accumuler les galères, souvent à cause de facteurs que Filip ne contrôle même pas. Cela donne un poids énorme à tout ce qui se joue depuis le départ. Le gros morceau de cet épisode, c'est aussi la confrontation avec le passé. On se doutait bien que les anciennes habitudes de Filip allaient finir par poser problème, et c'est exactement ce qui se passe. Il réalise qu’il est presque impossible de se défaire de l'étiquette que les autres vous ont collée sur le dos. Ses erreurs d'avant, ses potes de l'époque et sa réputation deviennent des barrières aussi dures à franchir que ses problèmes actuels. 

 

C’est un choix d'écriture très juste. Le changement ne se fait pas d'un coup de baguette magique, et même quand on est sincère dans sa démarche, le poids des actes passés reste là. Cette lucidité donne énormément de crédibilité au parcours du héros. Heureusement, au milieu de cette tempête, sa relation avec Tosia s'installe définitivement comme le cœur de la série. Leur complicité grandit avec une pudeur qui fait du bien. J’apprécie toujours autant le fait que la série évite les violons et les grandes effusions de larmes. Les scènes les plus fortes se jouent dans les petits riens du quotidien, des déjeuners sur le pouce, des silences complices, des regards. On est loin des grands discours hollywoodiens. Ce sont juste deux êtres qui apprennent à se faire confiance. 

Quand on repense au Filip du premier épisode, totalement paumé et incapable de gérer son propre planning, le contraste est saisissant et super gratifiant pour le spectateur. L’ambiance générale est d'ailleurs beaucoup plus pesante que d'habitude. L'épisode respire la fatigue et la tension. Chaque solution semble créer un nouveau problème, au point qu’on a parfois l'impression de voir Filip grimper une montagne interminable. Dans une autre série, cette accumulation de drames aurait pu sembler artificielle ou excessive, mais ici, elle colle parfaitement à la trajectoire de la saison. C’est ce qui rend le courage du personnage principal aussi touchant : il continue d'avancer alors que tout le pousse à abandonner.

 

La critique sociale reste fine. Proud parle de préjugés, notamment liés à l'homosexualité de Filip, mais elle a le bon goût de ne jamais enfermer son personnage dans cette unique case. Les difficultés qu’il traverse sont globales. Elles parlent de classe sociale, d'argent, d'image publique et de dynamique familiale. C’est cette richesse qui évite le piège du ton moralisateur. Si on prend un peu de recul, Proud a totalement changé de visage depuis son pilote. On a démarré avec des scènes de fête, de l'humour piquant et une énergie un peu chaotique, pour arriver aujourd'hui à un drame intime, profond et un peu sombre. Cette transition s'est faite en douceur, sans trahir l'ADN de la série. L'épisode 5 montre que l'histoire s'intéresse désormais aux sacrifices et aux responsabilités plutôt qu'aux excès.

 

Note : 8.5/10. En bref, pour moi, c'est une vraie réussite. Sans forcément multiplier les coups de théâtre, cet épisode consolide tout ce qui fait le sel de la série. Filip reste un héros imparfait, qui fait de mauvais choix et se fait souvent dépasser, mais on a viscéralement envie qu'il s'en sorte. Ce virage plus émotionnel qu'explosif confirme que Proud est une grande série sur la reconstruction, et cela donne terriblement envie de voir jusqu'où Filip ira pour protéger sa place auprès de Tosia.

Disponible sur HBO max

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article