26 Juin 2026
Quand on se lance dans une série comme The Polygamist, on sait exactement dans quel type d'engrenage on met les pieds. Cette première saison, dense avec ses 22 épisodes d'une trentaine de minutes, installe tout de suite une ambiance lourde. Ici, les relations humaines ne tiennent qu'à un fil. Tout est fragile, instable, et la moindre discussion peut virer au drame. Les scénaristes ont misé sur une recette classique mais redoutable : des secrets bien gardés, des trahisons en cascade et des rapports de force constants au sein d'une famille ultra-influente. Dès le départ, l'intrigue se concentre sur Jonasi Gomora, un homme d'affaires puissant dont la vie pro et les histoires privées s'emmêlent de façon dangereuse.
PDG autodidacte, Jonasi Gomora se construit un empire et une vie privée complexe qui menacent de s'écrouler sous le poids de ses choix quand les femmes de sa vie, épouses et maîtresses, obligent l'homme derrière le pouvoir à se regarder en face.
En public, l'homme est irréprochable, puissant et respecté. En coulisses, c'est une tout autre histoire. Sa vie personnelle est un chaos permanent, rythmé par des liaisons multiples et des clashs familiaux à répétition. Finalement, la série devient une vraie plongée dans les conséquences de ses actes, montrant comment ses choix égoïstes détruisent ou transforment les femmes qui partagent sa vie. Le choix du format se ressent fortement sur la structure de l'histoire. Avec autant d'épisodes, la série adopte un rythme particulier. Au lieu de construire une tension progressive qui monte jusqu'au final, chaque épisode fonctionne presque comme un mini-drame indépendant.
On assiste à une sorte de cycle permanent : une vérité éclate, une grosse dispute éclate, le couple se sépare temporairement, puis l'un tente de reconquérir l'autre avant que le manège ne recommence. Cette construction privilégie l'efficacité immédiate et le choc visuel au détriment parfois de la cohérence à long terme. Les rebondissements s'enchaînent à toute vitesse, quitte à bousculer un peu la logique de l'évolution des personnages. C'est accrocheur sur le moment, mais cela crée aussi une impression de répétition. On a parfois le sentiment de revoir le même conflit se rejouer, simplement sous un angle légèrement différent. Heureusement, la série peut compter sur des personnages féminins marquants pour porter le récit.
Au centre de ce typhon familial, il y a Joyce Gomora. C'est l'épouse officielle, celle qui doit porter le masque de la réussite sociale. Joyce passe la saison à essayer de sauver les meubles et de maintenir une illusion de normalité face aux incartades de son mari. Son parcours est touchant parce qu'il montre une femme en lutte constante entre le besoin de garder la tête haute et l'envie de tout exploser sous le coup de la douleur. Face à elle, Matipa apporte une énergie totalement différente. Elle n'est pas juste là pour subir. Son ambition professionnelle se mêle à une quête d'ascension sociale agressive, notamment au sein de l'entreprise de Jonasi. La série gère plutôt bien ces moments où les sentiments se heurtent de plein fouet aux stratégies de pouvoir et d'argent.
Ces femmes ne se contentent pas de regarder Jonasi agir, elles bousculent ses plans, révèlent ses faiblesses et reprennent le contrôle dès qu'elles le peuvent. Jonasi reste malgré tout le centre névralgique de toute cette histoire. C'est lui qui provoque chaque crise, consciemment ou non. Ce qui est intéressant, c'est que l'écriture n'essaie pas de le rendre sympathique ou de lui trouver des excuses faciles. On nous montre un homme complexe, piégé par ses propres contradictions et ses désirs excessifs. Ses décisions ont un effet domino destructeur sur tout son entourage. Le titre de la série joue d'ailleurs sur une certaine ambiguïté. Plus qu'une polygamie assumée et organisée au sens traditionnel, le scénario montre surtout une accumulation de liaisons cachées et d'infidélités crasses.
On navigue en permanence dans le flou concernant ses vraies motivations. La mise en scène fait le choix de ne pas trop creuser sa psychologie profonde, préférant se focaliser sur les dégâts visibles que ses actes causent au quotidien. Visuellement, la série s'appuie sur des décors soignés pour appuyer son propos. Les bureaux high-tech, les villas somptueuses et les tenues impeccables servent de rempart. Ce cadre luxueux renforce l'idée de la façade sociale : l'apparence compte autant, sinon plus, que la vérité. La réalisation s'amuse d'ailleurs à casser ce vernis en opposant les réceptions officielles très lisses aux affrontements sauvages qui éclatent dès que les portes des salons privés se referment.
L'écriture ne fait pas vraiment dans la dentelle. Pour tenir sur la longueur, l'intrigue multiplie les sous-intrigues de manière parfois excessive. On se retrouve avec un réseau très dense de secrets secondaires qui viennent se greffer sur le conflit principal. Chaque épisode doit apporter sa dose de drama, ce qui charge un peu trop la mule par moments. Les dialogues manquent aussi parfois de sous-texte. Les personnages disent exactement ce qu'ils ressentent, hurlent leurs vérités et exposent leurs plans machiavéliques à voix haute. Si cela permet de suivre l'histoire sans jamais se perdre, cela retire une part de mystère et de finesse aux relations.
Tout est posé sur la table, brut de déchargement. Au final, ce marathon de 22 épisodes s'avère être une expérience contrastée. La longueur de la saison engendre inévitablement des moments de surplace où l'on a l'impression que l'histoire fait du surplace. Pourtant, le rythme ne faiblit jamais vraiment grâce à l'enchaînement non-stop des événements. On termine la saison avec une sensation de fatigue émotionnelle, un peu comme si on avait traversé une tempête familiale aux côtés des Gomora. C'est précisément ce que cherche la série : bousculer le spectateur, le garder scotché à son écran par le biais de rebondissements incessants, même si certains semblent un peu forcés.
Note : 5.5/10. En bref, cette première saison de The Polygamist s'impose comme un divertissement solide pour les amateurs de drames familiaux intenses et soap-opera. Sans chercher à faire de la grande philosophie ou de la mise en scène minimale, la série remplit son contrat en offrant une plongée sans concession dans un nid de vipères doré. Portée par des personnages féminins forts et un anti-héros détestable à souhait, la série pose des bases chaotiques pour la suite. Reste à savoir si la famille Gomora pourra survivre à une telle accumulation de mensonges sans totalement imploser.
Disponible sur Netflix
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