La ville nous appartient (Saison 1, 8 épisodes) : une guerre de succession prenante mais trop timide

La ville nous appartient (Saison 1, 8 épisodes) : une guerre de succession prenante mais trop timide

Avec ses huit épisodes, La ville nous appartient (ou The City is Ours en VO) nous plonge direct dans l'ambiance lourde et grise d'un réseau criminel de Liverpool. Entre les rivalités de clans, le trafic de drogue et les ego qui s'entrechoquent, la série prend le temps d'installer un face-à-face qui s'annonce explosif. Franchement, pendant les deux tiers de la saison, la formule marche super bien. La tension monte marche après marche. Le problème, c’est que le final donne un gros coup de frein qui laisse un arrière-goût un peu frustrant. Dès le départ, le show choisit de ne pas presser les choses. Pas d'explosions gratuites ou de rythmes survitaminés juste pour faire du spectacle. 

 

Quand Michael tombe amoureux de Diana, il entrevoit pour la première fois de sa vie un avenir au-delà de ses activités criminelles : il importe de la cocaïne avec son ami Ronnie en Angleterre depuis des années. Lorsqu'une cargaison disparaît, il comprend que leur empire est menacé. D’autant que Jamie, le fils de Ronnie, compte bien succéder à son père et évincer Michael...

 

L'intrigue prend le temps de poser les bases de la famille Phelan, de cartographier les alliances et de montrer qui tient vraiment les ficelles. Au centre du jeu, on trouve Ronnie, le patriarche. Le mec crève l'écran à chacune de ses apparitions. Son autorité ne vient pas seulement des flingues ou de la peur qu'il inspire, mais d'un vrai charisme de vieux briscard et d'un respect mutuel avec ses troupes. C'est clairement le personnage le plus solide et le plus magnétique de toute la bande. Le vrai moteur de l'histoire s'enclenche quand Ronnie commence à passer la main. Forcement, son départ imminent ouvre l'appétit des lieutenants. D'un côté, on a Michael, son bras droit historique et ultra-fidèle. De l'autre, Jamie, le fils biologique bien décidé à récupérer l'héritage. 

 

Cette guerre froide donne lieu à de super scènes de face-à-face où chacun avance ses pions sans déclencher une guerre ouverte. Cette gestion de la pression est super efficace et donne envie d'enchaîner les épisodes les uns après les autres. Pour Michael, les scénaristes ont tenté de construire un profil complexe. C'est un homme tiraillé entre son allégeance à la famille et son envie d'ailleurs avec sa compagne, Diana. Sur le papier, l'idée de lui donner cette double facette est bonne pour bousculer les clichés du genre. Dans les faits, je n'ai pas totalement mordu à l'hameçon. Pendant une bonne moitié de la saison, Michael gère le business sans trop d'états d'âme. Il a l'air de vouloir grimper l'échelle et de prendre le contrôle.

 

Du coup, son changement de cap dans la dernière ligne droite sort un peu de nulle part. Est-ce que le simple fait de se faire doucement tasser par Ronnie suffit à expliquer son envie soudaine de tout plaquer ? Pour moi, la transition est trop brutale. Il manque deux ou trois scènes clés pour qu'on comprenne vraiment son déclic psychologique, plutôt que de devoir l'accepter comme un fait accompli du jour au lendemain. Le couple Michael et Diana est au cœur de cette saison. Leurs discussions autour d'un projet de famille sont censées apporter un peu d'humanité et faire contraste avec la violence du business. Pourtant, la mayonnaise ne prend pas vraiment. Ces moments calmes permettent de souffler entre deux deals, mais ils ne transmettent pas de vraie émotion. 

 

L'alchimie entre les deux acteurs est un peu plate, ce qui rend difficile le fait de vibrer pour leur histoire d'amour. Le vrai point fort de La ville nous appartient, c'est plutôt sa vision des liens du sang. Derrière les affaires d'argent, la série montre des gens piégés dans une paranoïa constante, incapables de faire confiance à leurs propres frères ou cousins. Les pires coups bas ne viennent pas des gangs rivaux, mais du salon familial. Cet angle transforme le thriller classique en un drame familial assez sombre et prenant.

Côté acting, rien à redire, le casting fait le job pour nous garder accrochés. Si Ronnie gère ses scènes d'une main de maître, le personnage de Jamie apporte un côté imprévisible et instable qui fait du bien au rythme. 

 

Même quand l'écriture commence à patiner, les comédiens croient en leur texte et sauvent la mise. C'est vraiment la dernière partie de la saison qui me pose problème. Après avoir fait grimper le thermomètre pendant des heures, on s'attend logiquement à ce que tout explose. Sauf que la série choisit de retenir ses coups au moment crucial. Les trahisons s'enchaînent, les menaces fusent, mais les conséquences concrètes manquent à l'appel. À plusieurs reprises, on frôle le point de non-retour, et puis la situation se dégonfle sans que personne ne paye vraiment l'addition. Forcément, ça gâche un peu toute la tension accumulée. La mort de Ronnie aurait dû être le grand électrochoc de la saison. 

 

C'est un vrai tournant qui rebat les cartes et qui laissait espérer une fin d'année explosive. Manqué. Les deux derniers épisodes s'embourbent dans des hésitations. Les confrontations tant attendues sont sans cesse repoussées. On a l'impression que les personnages passent leur temps à se regarder dans le blanc des yeux et à se promettre des vengeances qui n'arrivent jamais. C'est ma grosse frustration sur cette saison 1 : l'histoire refuse de trancher. Trop d'intrigues restent en suspens, comme si la priorité absolue était de garder tout le monde en vie pour assurer la commande d'une saison 2. Une fin ouverte ne me dérange pas si les arcs principaux trouvent une vraie conclusion. 

 

Ici, on a juste l'impression que quelqu'un a appuyé sur pause au milieu d'une scène. Alors oui, La ville nous appartient a de vraies qualités. L'ambiance grise de Liverpool est top, la mise en scène est sobre sans être ennuyeuse et les acteurs sont au niveau. Mais ce manque de courage sur le final empêche la série de passer un cap. C'est une saison solide pour passer le temps, mais qui rate l'occasion de devenir mémorable.

 

Note : 6/10. En bref, portée par une ambiance lourde et un casting impeccable, cette première saison installe une excellente guerre des clans dans les rues de Liverpool. Dommage que les derniers épisodes refusent de trancher, laissant le spectateur sur une fin trop ouverte qui manque cruellement d'impact.

Disponible sur Canal+

La ville nous appartient (ou The City is Ours en VO) est renouvelée pour une saison 2.

 

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