Critique Ciné : Pitfall (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Pitfall (2026, direct to SVOD)

Pitfall // De James Kondelik. Avec Richard Harmon, Alexandra Essoe et Randy Couture.

 

James Kondelik nous embarque avec Pitfall dans une forêt touffue où la moindre balade vire au cauchemar. Le point de départ reste classique mais prometteur : on plonge un petit groupe au milieu de nulle part et on lâche un chasseur qui connaît les lieux sur le bout des doigts. Entre le film de survie, le slasher et le drame familial, le terrain semblait idéal pour installer une vraie tension. Le souci, c’est que le long-métrage hésite continuellement sur la marche à suivre. Il passe tellement de temps à essayer de faire avancer son intrigue qu’il en oublie parfois de flanquer la frousse. Le visionnage reste divertissant, parfois même marrant dans ses excès, mais le script accumule vite les choix discutables au point de nous faire sortir du récit.

 

Après qu’un jeune homme se soit séparé de ses amis en forêt, il tombe dans un trou de 3 mètres de profondeur rempli de pieux, se transperçant la jambe et le laissant prisonnier.

 

Côté histoire, on suit Scott et Ashley, un frère et une sœur bien cabossés par un drame survenu des années plus tôt. Revenir dans cette forêt avec leurs proches devait leur servir de thérapie. Évidemment, la sortie au vert tourne court. Le groupe comprend bien vite qu'il n'est pas tombé là par hasard. Un type bien décidé à protéger son territoire traque la moindre personne qui s’y aventure. Et contrairement aux tueurs habituels qui poireautent sagement dans l'ombre, celui-ci exploite chaque bosquet, chaque arbre et chaque relief comme une arme. Au programme : matos improvisé, pièges camouflés, arcs, haches et courses-poursuites violentes sous les arbres. Ce décor naturel fonctionne super bien. 

 

L'isolement est total et cette impression que n'importe quoi peut surgir à tout instant maintient une petite pression constante. Le vrai problème vient des héros. Un survival horror s'appuie toujours sur la bêtise ou la panique de ses protagonistes. S'ils faisaient tous les bons choix dès le début, le film durerait dix minutes. Mais ici, le curseur est poussé un peu trop loin. Plusieurs réactions tombent à côté de la plaque et donnent l'impression d'être là uniquement pour faire avancer le script. Quand ta vie se joue à deux secondes près, adopter des comportements aussi illogiques détruit la crédibilité de la scène. Le film nous demande donc d'être particulièrement indulgents. Ça passe encore durant les passages violents qui redonnent un coup de peps à l'ensemble. 

 

Mais à force de voir la bande enchaîner les bêtises, l'angoisse laisse gentiment la place à l'énervement. C'est dommage, parce que le lien entre Scott et Ashley apportait un vrai plus. Avant même de distancer le tueur, les deux principaux protagonistes doivent gérer leurs propres démons. Le traumatisme qui les rongent remonte précisément à cette forêt, ce qui donnait une vraie légitimité à leur présence sur les lieux. Scott devient d'ailleurs le personnage le plus intéressant du film au moment où il se mange le fameux piège qui donne son titre au long-métrage. Coincé au fond de son trou, blessé et livré à lui-même, il gagne une profondeur qu'il n'avait pas au sein du groupe. C'est là que le réalisateur tente des choses intéressantes en matérialisant ses hallucinations, sa culpabilité et ses souvenirs. 

 

Le récit prend un virage plus intime et psychologique qui marche nettement mieux que les courses dans les bois. J'aurais vraiment aimé que cette piste soit creusée à fond. Ce mélange entre deuil et survie aurait pu donner une vraie personnalité à la production. Malheureusement, le scénario préfère vite se raccrocher aux ficelles classiques du genre. L'un des gros arguments du film reste la présence de Randy Couture. L'ancienne gloire du MMA incarne ce chasseur silencieux et impitoyable. Le choix de ne presque pas le faire parler est judicieux. Sa carrure, sa lourdeur et sa manière d'évoluer entre les arbres suffisent à poser une ambiance menaçante. Le long-métrage tente d'évoquer son passé et ses motivations, mais s'arrête en cours de route. 

 

C'est dommage, car s'il reste impressionnant en force brute, ces bribes de backstory donnaient envie d'en apprendre davantage sur sa logique. Richard Harmon apporte de son côté une touche de légèreté bienvenue. Son rôle permet de relâcher la pression avec quelques traits d'humour. Le reste de la distribution fait son travail sans briller, en collant sagement aux stéréotypes habituels. Si la narration manque parfois d'assurance, le film sait ce que le public vient chercher dans ce type de production : des éliminations brutales. Les scènes d'action sont visuelles et sanglantes. Le réalisateur tire bon parti des pièges disséminés dans le décor pour varier les plaisirs et proposer de belles mises à mort. 

 

C'est davantage la lisibilité des séquences qui pose souci. La géographie des lieux devient floue par moments et on a parfois la sensation désagréable que les personnages se téléportent d'un coin à l'autre de la forêt sans grande cohérence. Un défaut qui saute aux yeux dans la dernière ligne droite. Après un rythme plutôt posé, la dernière partie s'emballe d'un coup. Les révélations s'enchaînent à toute vitesse, les choix décisifs s'accumulent et le récit tente d'expédier à la fois le drame familial et la traque du tueur. L'ensemble manque cruellement d'air. Il aurait fallu quelques scènes de plus pour laisser respirer l'intrigue, donner du poids aux découvertes et permettre d'encaisser les coups du sort. 

 

Au lieu de ça, la conclusion déboule au galop et laisse une impression de travail bâclé. C'est sans doute ce qui empêche le projet de sortir du lot. En bref, Pitfall n'invente rien dans le paysage du survival, mais il contient assez de matière pour s'occuper un soir sans prise de tête. Le décor forestier fonctionne, Randy Couture fait le job en montagne de muscles et les exécutions plairont aux amateurs de gore. Je retiens surtout la parenthèse centrée sur Scott dans son trou. Ces séquences plus sombres et introspectives apportent un vrai relief au milieu du carnage. Reste que l'écriture manque de tenue. Les incohérences plombent l'immersion et ce final expédié laisse un goût d'inachevé. 

 

Note : 4/10. En bref, on se retrouve devant une série B honnête qui ravira les mordus de slashers peu exigeants, mais qui passe à côté d'un potentiel bien supérieur. Les ingrédients étaient là, il manquait juste une meilleure recette.

Sorti le 31 août 2026 directement en VOD

 

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