1 Septembre 2026
La fin d’Oak Street // De David Robert Mitchell. Avec Anne Hathaway, Ewan McGregor et Maisy Stella.
Une banlieue américaine des années 80, un couple en pleine crise et des dinosaures qui s’invitent dans les jardins sans crier gare. Sur le papier, La fin d’Oak Street avait de quoi intriguer. Quand on voit David Robert Mitchell à la réalisation et J.J. Abrams à la production, on comprend tout de suite où l'on met les pieds. L'intention est claire : ressusciter l'esprit du cinéma d'aventure familial des eighties, celui qui transforme un quotidien banal en zone de danger. Malheureusement, malgré un concept de départ plutôt réjouissant, le résultat final manque cruellement de punch. Pourtant, la promesse de départ fonctionne bien. On suit une famille ordinaire installée dans un lotissement paisible, jusqu'au moment où leur environnement bascule complètement.
Suite à un étrange événement cosmique, le quartier d’Oak Street se retrouve transporté en un lieu mystérieux. Les Platt, qui ne reconnaissent plus leur environnement familier, ne tardent pas à comprendre qu’il leur faut absolument rester unis s’ils veulent s’en sortir…
Du jour au lendemain, le quartier se retrouve propulsé dans un monde peuplé de créatures préhistoriques. La maison, la pelouse fraîchement tondue et le cul-de-sac résidentiel deviennent subitement un terrain de survie. Ce cocon rassurant se transforme en piège à ciel ouvert, et c'est franchement une bonne idée. Le film prend son temps pour présenter la famille Platt avant de lâcher les monstres. Denise, jouée par Anne Hathaway, a clairement mis ses ambitions entre parenthèses pour tenir le foyer à bout de bras. Face à elle, Greg, incarné par Ewan McGregor, accumule les mensonges et les soucis personnels. Leur mariage bat de l'aile, et le film s'attarde pas mal sur leurs tensions intimes.
Cette dynamique familiale aurait pu apporter une vraie valeur ajoutée, mais elle finit par alourdir le récit. Quand un vélociraptor rôde sur le trottoir, ce n'est plus vraiment le moment de régler ses comptes sur une tromperie passée. Vouloir utiliser une catastrophe fantastique pour ressouder un couple qui se déchire est un grand classique du genre, mais le scénario n'arrive pas à rendre cette évolution crédible. En revanche, la première partie reste visuellement très réussie. David Robert Mitchell maîtrise son ambiance. Il installe un décor léché, typique de l'Amérique des banlieues calmes, et s'amuse à fissurer cette image d'Épinal avant que le chaos ne s'installe.
Impossible de regarder La fin d’Oak Street sans penser immédiatement à Steven Spielberg. Le réalisateur assume totalement l'héritage, notamment dans la manière de filmer l'approche des monstres. On sent l'influence directe de films comme E.T., Jurassic Park ou Gremlins. La menace est d'abord suggérée : un feuillage qui bouge, une ombre menaçante derrière une baie vitrée, un grognement lointain. Ces moments d'attente créent une belle tension et comptent clairement parmi les meilleures scènes. De plus, la musique de Michael Giacchino vient renforcer cet aspect nostalgique avec une bande-son très orchestrale qui rappelle les grandes heures du cinéma d'aventure hollywoodien.
Le problème, c'est qu'à force de multiplier les clins d'œil aux maîtres du genre, le film oublie parfois de se construire une vraie identité. On passe une bonne partie du visionnage à repérer les références au lieu de se laisser embarquer par l'histoire. C'est lorsqu'il se concentre enfin sur l'action et la survie pure que La fin d’Oak Street devient vraiment plaisant. Voir cette famille improviser des tactiques pour traverser leur propre rue donne lieu à des séquences bien troussées. Une simple clôture en bois devient une muraille dérisoire, et le garage transforme la voiture familiale en dernier rempart. Dans ces moments-là, le film gagne en énergie. Les dinosaures apportent une vraie tension, et le terrain de jeu réduit de la banlieue fonctionne à merveille.
Visuellement, certaines créatures sont très réussies. Le film a d'ailleurs la bonne idée de ne pas sortir uniquement les espèces les plus archiconnues, ce qui offre quelques rencontres assez originales. Cependant, difficile d'échapper à la comparaison avec la franchise Jurassic Park. Là où Spielberg réussissait à insuffler un sentiment de gigantisme et une terreur viscérale, Mitchell reste plus timide. Les dinosaures sont là, mais on ressent rarement leur puissance brute et le danger réel qu'ils représentent. Le plus gros point noir du long-métrage réside dans son écriture. Le film hésite constamment entre plusieurs genres sans jamais choisir sa voie : aventure familiale, comédie noire, science-fiction, ou pur film de monstres.
On trouve par moments quelques idées assez cruelles et un humour noir très rafraîchissant, mais ces éclairs d'originalité sont vite désamorcés par des scènes beaucoup plus lisses. Le rythme pâtit de cette hésitation permanente. Plusieurs sous-intrigues sont abandonnées en cours de route, et les enfants de la famille méritaient bien mieux que d'être de simples figurants dans le décor. Le sentiment global est celui d'un scénario lissé par trop de réécritures. Cette faiblesse se confirme malheureusement dans le dernier acte. Alors que le récit laissait espérer une conclusion audacieuse ou sombre, le final choisit la voie de la facilité. Tout se résout un peu trop vite, de manière très conventionnelle, pour ramener le spectateur vers une zone de confort rassurante.
C'est dommage, car le film tenait là l'occasion de surprendre. La fin d’Oak Street reste un divertissement correct qui s'appuie sur un concept fort et une belle facture visuelle. Anne Hathaway et Ewan McGregor font de leur mieux pour apporter de la sincérité à ce couple au bord du gouffre, et certaines scènes de tension avec les dinosaures remplissent parfaitement leur rôle. Malheureusement, le film ne réussit jamais à dépasser le stade du simple hommage appuyé. En manquant de clarté dans son ton et en poussant trop loin la nostalgie spielbergienne, il passe à côté d'un sujet qui avait un vrai potentiel. Ça se laisse regarder sans déplaisir lors d'une soirée pop-corn, mais il ne faut pas en attendre grand-chose de plus.
Note : 5/10. En bref, La fin d’Oak Street propose une idée de départ réjouissante et quelques scènes de tension efficaces en transposant la menace préhistorique au cœur d'une banlieue rétro. Malheureusement, le film s'éparpille dans ses intentions et s'effondre dans un final trop timide, écrasé par des références spielbergiennes qu'il n'arrive jamais à dépasser.
Sorti le 12 août 2026 au cinéma
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