Hit Point (Saison 1, 6 épisodes) : une série policière qui joue avec les codes du genre

Hit Point (Saison 1, 6 épisodes) : une série policière qui joue avec les codes du genre

Proposer six épisodes pour revisiter les codes du polar britannique, l’intention était séduisante. Prenez deux flics londoniens, jetez-les au cœur d’une sombre affaire de braquage qui dérape, puis floutez la ligne entre le bien et le mal. Le pitch donnait franchement envie. Sur le terrain, l’expérience s’avère nettement plus en montagnes russes, même si l’ensemble conserve suffisamment d’atouts pour qu’on ait envie de pousser jusqu’au générique final. Au centre du récit, on retrouve Leo (Nick Blood) et Bella (Saffron Hocking). Ce duo de détectives tranche agréablement avec les figures austères et plombées qu’on croise d’habitude dans le genre au Royaume-Uni. 

 

Deux détectives trentenaires, Leo et Bella, enquêtent sur un dangereux réseau criminel dans l’Ouest de Londres. Leur mission les plonge dans l’underworld londonien, où les loyautés sont incertaines et les trahisons fréquentes. Alors qu’ils suivent les indices, leurs vies personnelles et professionnelles se mêlent, mettant à l’épreuve leur relation naissante.

 

Entre eux, ça fuse : vannes bien senties, piques quotidiennes et une complicité immédiate qui apporte une vraie fraîcheur. C’est sans aucun doute la plus belle réussite de la série. Leo et Bella sauvent clairement les meubles. Leur dynamique insuffle un vent de légèreté dans une histoire qui aurait pu tomber dans le piège du déjà-vu. Saffron Hocking tire particulièrement son épingle du jeu. Elle donne à Bella une énergie communicative et une complexité bienvenue qui manquent cruellement à certaines scènes plus ternes. De son côté, Nick Blood fait parfaitement le job dès que l’action se focalise sur leur tandem plutôt que sur l’avancement pur du dossier. Là où le bât blesse, c’est dans l’écriture pure des répliques. 

 

Hit Point veut absolument jouer la carte de l’humour décalé et empile les blagues, surtout sous la ceinture. Quelques sorties font mouche, c’est vrai, mais l’accumulation finit par lasser et alourdir le propos. Un peu plus de retenue aurait permis aux personnages de respirer et à leurs échanges de gagner en impact. Tout commence par une attaque musclée : un véhicule blindé transportant un pactole se fait braquer par une équipe masquée. Leo et Bella débarquent sur l’affaire avec pour mission de remonter la piste. Au départ, l’intrigue avance en terrain connu. Puis, sans prévenir, la série commence à déplacer ses pionnes. Les deux flics ne traquent plus seulement des voyous : leurs propres mauvais choix viennent pourrir la situation de l’intérieur.

 

C’est là que le visionnage devient captivant. Sans prétendre réinventer la poudre, le scénario s’amuse à acculer ses protagonistes. Les dilemme moraux s’enchaînent, les répercussions tombent violemment et le duo doit gérer la casse dans l’urgence. Le problème reste la gestion de l’effort. Le rythme fait l’accordéon : certains passages traînent en longueur sans raison valable, quand d'autres accélèrent soudainement. Ces montagnes russes coupent l’élan, d'autant que certaines séquences bavardes n'apportent rien à la progression du schmilblick. Heureusement, la série sait garder des cartes dans sa manche. Hit Point refuse de tout livrer sur un plateau dès le départ. 

 

Plusieurs twists tombent au moment précis où l’on pense la série installée dans une routine pépère. Sans tout dévoiler, l’identité de certains intervenants et leurs intentions réelles obligent à revoir totalement sa copie sur les premiers épisodes. La série s’amuse avec nos certitudes et ça fonctionne. C’est aussi là que Peter Serafinowicz entre en scène. Sa présence apporte immédiatement un vrai relief. Même dans un rôle secondaire, le comédien impose sa patte et signe l'une des meilleures idées de distribution de cette saison. Visuellement, l'univers m'a davantage séduit que le script lui-même. La réalisation tente un mariage osé entre le polar britannique classique et la comédie absurde. 

 

La bande-son vient renforcer cet univers décalé et souligne plutôt bien les changements de ton. Cette hésitation permanente entre drame criminel poisseux et pure comédie ne gagne pas à tous les coups. Mais quand les deux ingrédients s'articulent correctement, l'ensemble a de la gueule. Et sans surprise, c’est dans les scènes partagées par Leo et Bella que la mayonnaise prend le mieux. Globalement, le travail sur la distribution tient la route. Même si quelques rôles secondaires versent franchement dans la caricature, ils finissent par s'intégrer à cette atmosphère si particulière. Après ces six épisodes, mon sentiment reste partagé. Hit Point s’appuie sur un départ solide, un duo principal hyper attachant et suffisamment de rebondissements pour garder le spectateur éveillé. 

 

La complicité entre Bella et Leo reste le gros point fort de la proposition, aidée par une réalisation et une musique qui affichent une vraie personnalité. Dommage que le travail de plume manque d'habileté. Les dialogues traînent parfois en longueur, l'humour devient pesant par moments et la narration manque parfois de cap. On ne ressort pas de là avec l'envie furieuse d'enchaîner les épisodes à la chaîne. Pour autant, le final ouvre grand la porte pour la suite. Une deuxième saison aurait matière à creuser le pétrin dans lequel s'engluent Leo et Bella, tout en répondant aux questions restées en suspens. 

 

Note : 5/10. En bref, Hit Point n'est ni le polar de l'année ni une purge à éviter. C'est un divertissement honnête qui vaut surtout pour ses acteurs et ses rares coups d'éclat. Reste à savoir si la suite saura resserrer les boulons pour transformer l'essai.

Prochainement en France

 

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