Las Corrientes (DVD)

Las Corrientes (DVD)

Disponible depuis le 21 juillet chez Blaq Out, Las Corrientes marque le retour de la réalisatrice suisse-argentine Milagros Mumenthaler. Porté par la comédienne Isabel Aimé Gonzalez Sola aux côtés d'Esteban Bigliardi et de Claudia Sanchez, le film explore les méandres du traumatisme enfoui et de la quête identitaire. Avec cette sortie physique en DVD, l'éditeur propose de découvrir une œuvre subtile et hypnotique, centrée sur le basculement intime d'une femme confrontée à ses propres résurgences du passé.

 

Ca parle de quoi ?

Lina, 34 ans, est une styliste argentine au sommet de sa carrière. En Suisse pour recevoir un prix prestigieux, elle se jette sans raison apparente dans un fleuve. De retour à Buenos Aires, elle garde le silence sur cet épisode. Pourtant, de façon presque imperceptible, quelque chose en elle a changé. Une peur de l'eau s'installe, insidieuse, et finit par paralyser son quotidien. Peu à peu, ce bouleversement intérieur fait remonter à la surface un passé qu'elle croyait à jamais enfoui.

 

Las Corrientes, la dérive psychologique signée Milagros Mumenthaler 

Avec Las Corrientes, Milagros Mumenthaler s'immerge de nouveau dans les territoires complexes de la psyché humaine et des non-dits familiers. Dès la séquence d'ouverture, la mise en scène s'impose par sa maîtrise plastique remarquable. La réalisation capte les décors avec une précision presque chirurgicale, transformant l'environnement de la protagoniste en le miroir de son intériorité. La photographie, d'une grande finesse, joue sur des teintes subtiles et une gestion de la lumière qui confèrent au cadre un aspect irréel et suspendu. Le travail sur le cadre et les plans fixes témoigne d'un parti pris artistique fort où le visuel prend le pas sur la démonstration narrative.

 

Le traitement du décor urbain de Buenos Aires participe pleinement à cette atmosphère singulière. La ville ne sert pas de simple toile de fond : elle s'anime d'une présence étrange, tantôt oppressante, tantôt vaporeuse. La cinéaste prend le temps de poser sa caméra, d'explorer les textures et de faire respirer les espaces. Cette approche sensorielle permet de créer un univers feutré, propice à l'introspection, où chaque détail formel semble pensé pour accompagner le malaise diffus qui traverse l'œuvre. Pourtant, cette grande élégance visuelle se heurte rapidement aux choix d'un scénario résolument elliptique. 

 

En refusant d'expliciter le traumatisme initial ou de poser un diagnostic clair sur la détresse de son héroïne, la narration prend le risque de s'enfermer dans un flou persistant. La dynamique du récit repose sur une accumulation de silences, de gestes suspendus et de scènes répétitives qui traduisent l'enfermement du personnage principal. Si cette stratégie de la suggestion possède une indéniable valeur théorique, elle génère au fil des minutes un sentiment d'immobilité narrative. Le film préfère juxtaposer des séquences contemplatives et des métaphores poétiques plutôt que de bâtir une progression dramatique traditionnelle. Les apparitions oniriques et les glissements vers le surréalisme tentent de traduire le trouble intérieur de Lina, mais ces motifs finissent par tourner en boucle. 

 

Cette omniprésence du symbole et cette volonté de ne jamais trancher finissent par étouffer la portée émotionnelle de l'histoire. En maintenant une étanchéité constante autour de son sujet, le traitement scénaristique installe une barrière dommageable qui prive le spectateur des repères indispensables pour s'investir pleinement dans le drame qui se joue. Au milieu de cette construction distante, la prestation d'Isabel Aimé González-Sola constitue l'ancrage majeur du métrage. L'actrice livre une performance d'une retenue exemplaire, faisant passer une palette de sentiments d'une grande complexité à travers l'immobilité de son visage et la sobriété de ses gestes. 

 

Sa capacité à habiter le silence et à incarner la fatigue psychique offre une réelle densité à ses apparitions, évitant au film de basculer dans une abstraction totale. Son engagement physique permet de ressentir concrètement la paralysie qui s'empare progressivement de son quotidien. En revanche, ce recentrage exclusif sur la figure centrale s'effectue au détriment de la distribution secondaire. Qu'il s'agisse de l'entourage familial ou des figures professionnelles, les personnages gravitant autour de Lina manquent cruellement de relief. Réduits à l'état de simples observateurs impuissants, ils ne bénéficient pas de l'espace nécessaire pour exister par eux-mêmes ni pour apporter une réelle contradiction dramatique. 

 

Le film se prive ainsi de zones d'interaction enrichissantes qui auraient pu dynamiser le récit. En somme, Las Corrientes se présente comme une proposition de cinéma audacieuse mais profondément clivante. Sa recherche formelle et la qualité de son interprétation principale forcent le respect, affirmant la personnalité artistique de sa réalisatrice. Cependant, l'excès de pudeur narrative et l'étirement du rythme finissent par nuire à l'impact global de l'œuvre.

 

Et le DVD ?

Édité avec soin par Blaq Out, le DVD de Las Corrientes s'impose comme une pièce de choix pour tous les amoureux de cinéma exigeant. Si le film de Milagros Mumenthaler divise par sa narration délibérément insaisissable, cette édition physique réalise quant à elle un parcours sans faute sur le plan technique, faisant honneur à la superbe direction artistique du métrage. Sur le plan de l'image, le transfert proposé au format 16/9 respecté (PAL) est d'une propreté exemplaire. La compression, parfaitement maîtrisée, permet de rendre justice à la photographie chirurgicale et envoûtante du film. Les teintes de Buenos Aires, la gestion des éclairages et la finesse des plans fixes ressortent avec une clarté et une stabilité remarquables. 

 

L'image conserve un grain naturel et une belle profondeur dans les contrastes, ce qui s'avère essentiel pour apprécier le soin apporté à la composition de chaque cadre. Côté audio, l'éditeur met les petits plats dans les grands en proposant une piste originale espagnole en Dolby Digital 5.1 (doublée d'une version Stéréo très équilibrée). L'apport du 5.1 sur un drame psychologique aussi feutré fait toute la différence : le travail sur les ambiances sonores, les bruits d'eau insidieux et les silences oppressants bénéficie d'une spatialisation immersive d'une grande précision. Les dialogues restent d'une intelligibilité irréprochable et les sous-titres français sont parfaitement calibrés.

 

En bonus, l'entretien exclusif avec la réalisatrice Milagros Mumenthaler apporte un éclairage passionnant et indispensable sur ses intentions de mise en scène et la genèse du projet. Blaq Out livre une copie technique irréprochable. Pour tous ceux qui souhaitent prolonger l'expérience sensorielle de Las Corrientes dans les meilleures conditions domestiques, ce DVD est une réussite totale à posséder absolument.

 

Caractéristiques techniques 

Réalisatrice : Milagros Mumenthaler

Acteurs : Isabel Aimé Gonzalez Sola, Esteban Bigliardi, Claudia Sanchez

Éditeur : Blaq Out - Édition : Standard - Durée : 100 minutes (1 h 40)

Format d'image : 16/9 — PAL — Couleur - Langues : Espagnol (Dolby Digital 5.1 / Stéréo) - Sous-titres : Français
Contenu : Le DVD du film

Bonus : Entretien avec la réalisatrice Milagros Mumenthaler

Disponible au prix public conseillé de 19,99€

 

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