16 Octobre 2026
La Chaleur // De Stéphane Demoustier. Avec Hadrien Hussein, Tristan Richard et Martina La Manna.
Un été au camping, le soleil qui tape fort, les premières soirées entre potes et les histoires de cœur qui démarrent. C’est le décor de départ de La Chaleur. Mais très vite, la carte postale estivale vire au drame. Avec ce nouveau long-métrage, Stéphane Demoustier s'attaque à ce moment charnière de l'adolescence où les émotions prennent toute la place et où une mauvaise décision peut ruiner une existence. Après avoir marqué les esprits avec La Fille au bracelet et Borgo, le réalisateur change encore de cap en adaptant le roman de Victor Jestin paru en 2019.
Il fait anormalement chaud sur les plages des Landes et Marouane, 17 ans, passe sa dernière journée au camping avec une angoisse : le corps qu’il a enseveli la veille sur la plage va-t-il apparaitre au grand jour ? Marouane se demande par ailleurs s’il n’est pas en train de tomber amoureux de la charmante Giulia.
Le film navigue entre la chronique pour ados, l’éveil du désir et le thriller psychologique poisseux, avec une mise en scène qui cherche surtout à faire grimper l’inconfort. L'histoire se concentre sur Marouane, un jeune mec en vacances dans les Landes avec ses parents. Pendant que la bande de jeunes profite de la plage et du soleil, un événement brutal vient tout balayer : la mort accidentelle d'Oscar. Pris de panique, Marouane choisit la pire option possible. Au lieu d'appeler les secours ou d'avertir un adulte, il décide d'enterrer le corps dans le sable. Dès cet instant, le séjour n'a plus du tout la même allure. Alors que la vie suit son cours autour de lui, que les verres s’enchaînent en soirée et que ses potes cherchent à draguer, Marouane doit avancer avec ce secret destructeur.
La famille d'Oscar commence à s'inquiéter, les recherches se mettent en place dans le camping et l'étau se resserre. Sur le papier, l'accroche fonctionne très bien. Opposer l'insouciance totale des vacances d'été à la gravité d'un tel drame offre une base de scénario solide. Le problème, c'est que cette bonne idée de départ a du mal à tenir la distance. S'il y a bien un point sur lequel le film réussit son coup, c'est sur son ambiance. Stéphane Demoustier exploite à merveille le décor étouffant du camping. La lumière y est presque violente, écrasante, et transforme les grands espaces en une sorte de piège à ciel ouvert. Les moments de silence et les plans étirés pèsent souvent plus lourd que les répliques. Le soleil, qu'on associe d'ordinaire au lâcher-prise et à la liberté, devient ici une source constante de stress.
Tout le monde continue de s'amuser autour du héros, alors que son monde à lui s'écroule en silence. C'est ce contraste permanent entre la fureur de vivre des vacances et l'isolement total du jeune homme qui donne au film sa couleur particulière. Mais cette recherche constante d'atmosphère finit aussi par plomber le rythme. À force de regarder Marouane déambuler sans but, le regard vide, incapable d'aligner trois mots, le récit s'encrasse. Le film veut nous faire ressentir le poids immense de la culpabilité, mais il demande énormément de patience au spectateur. Ici, le suspense ne vient pas vraiment du risque de voir le crime démasqué par une enquête classique.
Il repose presque entièrement sur la psychologie du personnage, sur ses blocages et sur sa manière absurde de vouloir continuer ses vacances comme si de rien n'était. C’est un parti pris intéressant, mais il ne crée pas toujours la tension espérée. Marouane est le cœur battant du récit. Le jeune Hadrien Hussein incarne cet ados complètement complètement dépassé par la situation, qui se mure dans une solitude extrême. Son attitude distante exprime bien sa détresse, mais elle le rend aussi très difficile d'accès. Dans un thriller psychologique, garder une part de mystère autour du personnage principal est souvent une bonne chose. Sauf qu'ici, le film n'arrive pas vraiment à transformer ce mutisme en suspense.
Je me suis surpris à décrocher de ses errances, simplement parce que je n'arrivais plus à comprendre ce qui se passait dans sa tête. Heureusement, ses interactions avec les autres jeunes apportent un peu de relief. Son pote Noé ramène de la légèreté avec ses histoires de drague et son envie de profiter du moment. De son côté, la jeune Giulia réveille chez Marouane un désir naissant, alors même que la situation devient intenable pour lui. Culpabilité et pulsions adolescentes se télescopent, et c'est probablement là que le récit touche aux sujets les plus intéressants. Dommage que ce face-à-face manque parfois de finesse. Plusieurs dialogues tombent un peu à plat et certaines situations sonnent faux, ce qui empêche l'émotion de vraiment prendre.
Le choix de caster des comédiens peu connus apporte une vraie fraîcheur et une belle spontanéité, mais le jeu reste assez inégal d'une scène à l'autre. Le film cherche un équilibre délicat entre retenue et intensité, sans toujours y parvenir. Au final, La Chaleur ne s'aborde pas comme un thriller rythmé et calibré. Le réalisateur préfère resserrer le temps et scruter les dégâts psychologiques chez son protagoniste. Ce style très contemplatif pourra séduire les amateurs de récits d'ambiance et de portraits d'adolescents sombres. Pour ma part, je reste un peu sur ma faim. Le point de départ était assez fort pour maintenir une tension constante, mais le scénario finit par tourner en rond. Le film hésite entre la chronique estivale classique et le drame noir, sans réussir à fusionner les deux de manière totalement convaincante.
Note : 4.5/10. En bref, La Chaleur affiche une belle personnalité visuelle et une vraie proposition de cinéma, mais il peine à transformer l'essai. Stéphane Demoustier signe une réflexion intéressante sur la faute et la fin de l'innocence, portée par une mise en scène soignée. Malheureusement, la lourdeur des dialogues et les baisses de rythme finissent par installer une vraie distance. Après la réussite de ses précédents projets, j'en attendais un peu plus. C'est un film singulier, pas sans intérêt, mais qui manque cruellement d'impact.
Sorti le 8 juillet 2026 au cinéma - Disponible en VOD
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